Agence Panafricaine d'information

Les ex-rebelles de la CMA impliqués dans les attaques terroristes au Mali, selon un Rapport de l'ONU

Bamako, Mali (PANA)- Dans son rapport à mi-parcours, en date du 28 février dernier, le groupe d'experts des Nations unies  confirme ainsi que les ex-rebelles, notamment ceux de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), un des groupes armés du Nord signataires de l'Accord de paix et de réconciliation au Mali, issu du processus d'Alger, continuent de pactiser avec les groupes terroristes qui avaient été leurs alliés en 2012 pour occuper les régions du Nord du pays (Tombouctou, Gao et Kidal).

La CMA est constituée de groupes armés du Nord, indépendantistes, ayant signé l'Accord de paix et de réconciliation en mai-juin 2015 avec le gouvernement malien et la communauté internationale, en vue de parvenir à une paix définitive dans ce pays.

Le document de 43 pages transmis au Conseil de sécurité de l’ONU le 28 février dernier, obtenu par la presse malienne, souligne le retrait de la CMA de l’alliance des groupes armés destinée à combattre le terrorisme et à reprendre le contrôle du terrain perdu d’abord face au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et, ensuite, la "Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique".

Courant 2019, le général El Hadji Ag Gamou avait convié à Bamako les chefs des principaux groupes armés pour mettre cette alliance en place.

Après avoir adhéré à l’initiative, la CMA a poursuivi sa propre stratégie de coexistence avec les terroristes. Une façon pour la coordination d’étendre et de maintenir son emprise sur les plans politique et de la sécurité hors de la région de Kidal, dans l'extrême-nord, sans solliciter excessivement son appareil militaire, limité à environ 2500 hommes, note le rapport.

"C’est ainsi que dans la Commune de Talataye (Gao), la  CMA a imposé sa présence au  Mouvement pour le Salut de l'Azawad (MSA) après une série d’actes terroristes revendiqués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), qui ont contraint les fractions Daoussak, soutenant le Mouvement, à négocier et à accepter le retour des adeptes parmi elles", écrit le rapport.

Selon ce rapport, la CMA s’est adossée à ce même groupe et à la Province d’Afrique de l’ouest de l’État islamique pour étendre ses tentacules dans les régions de Tombouctou, de Gao et de Ménaka, où certains soutiens du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA), un mouvement pro-gouvernemental, ont été assassinés.

Les experts font également remarquer que la perte progressive de contrôle territorial et d’influence de la part du GATIA dans la région du Gourma, ainsi que de l’alliance GATIA/MSA dans les régions précitées, coïncide également avec une pression de plus en plus grande exercée sur les armées nationales (Mali, Burkina Faso et Niger).

L’axe Gao-Ansongo-Labézanga, voie commerciale majeure reliant Gao au Niger, traditionnellement contrôlée par des milices locales affiliées à la Coordination des mouvements et fronts patriotiques de résistance, serait à présent sous le contrôle de la "Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique". De quoi renforcer la capacité de nuisance de ce groupe terroriste dans la zone des trois frontières

A coup d’attaques barbares, ces terroristes ont contraint les Forces armées maliennes à abandonner certaines bases, souligne le rapport, expliquant que ces retraits ont "servi à justifier l’extension constante de la présence de la CMA dans le secteur de Gourma et la région de Ménaka ".

Les experts ajoutent que, dans le même temps, les chefs traditionnels et militaires Imghad et Daoussak ont été nombreux à changer d’allégeance en 2019, passant du GATIA et du MSA au Haut conseil de l’unité de l’Azawad (HCUA).

Ce dernier, dans des communiqués officiels, a ouvertement fait savoir "qu’adhérer au Haut-Conseil protégerait les populations contre le terrorisme".

Depuis 2015, la base de Foïta( vers Tombouctou) est suspectée de s’être mise en contact avec des groupes terroristes armés basés dans la forêt de Ouagadou, dans la zone de Méma (nord-est) et dans le centre du pays. Et de multiples sources ont rapporté aux experts qu’elle avait servi de base arrière ou apporté un soutien aux raids contre les bases des Forces armées à Nampala, Dioura et Soumpi (centre du Mali).

Le rapport révèle que Bah Ag Moussa, un ancien rebelle touareg, qui a mené l’attaque contre Dioura, aurait été accueilli plusieurs fois à Foïta. Aussi, Hamza Ag Iyad, le fils de Iyad Ag Ghali, se serait rendu fréquemment dans la zone de Nampala.

Le Groupe d’experts enquête, actuellement, sur la façon dont cette position a récemment servi de base arrière au cours d’attaques contre les forces militaires et de sécurité du Mali et du Niger.

Aussi, en juillet 2019, la CMA a mis en place un poste de contrôle sur la route RN20 à Inhagana, à 30 kilomètres à l’est d’In-Délimane.

Ce poste est sous le commandement d’un certain "Alwayjam", ex-membre du   Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'ouest (MUJAO), qui était soupçonné de commander un groupe ayant mené plusieurs attaques à In-Délimane, entre Ansongo et Menaka (nord).

Le groupe d’experts des Nations unies déclare que les postes avancés et les bases militaires à Tombouctou et à Ménaka de la CMA" illustrent clairement sa stratégie de coexistence avec les groupes terroristes et sont des vecteurs clefs de son expansion".

La CMA n’a toujours pas apporté de démenti à ces incriminations.

Approché par les journalistes de Studio Tamani, son président, Sidi Mohamed Ould Sidati, a annoncé la "mise en place d’une commission pour analyser le rapport".

-0- PANA GT/JSG/SOC 12mar2020