Intensification de la lutte contre le travail des enfants

Dar es Salaam- Tanzanie (PANA) -- Des milliers d'enfants tanzaniens se tournent vers le gouvernement et ses partenaires, notamment les agences des Nations Unies, pour les aider à changer le cours de leur vie.
Les enfants deviennent un symbole d'espoir pour l'adoption d'un programme visant à interdire, à restreindre et à réguler progressivement ce fléau social afin de l'éradiquer complètement du pays.
Lena Bakari (un nom d'emprunt), 15 ans, est l'un de ces enfants.
Avant d'être sauvée du monde de l'industrie du sexe dans lequel elle était employée dans sa région natale de Singuida, dans l'est de la Tanzanie, l'adolescente menait une vie de débauche qu'elle regrette à présent.
"Certains hommes m'ont malmenée.
D'autres ont refusé de me payer après nos rencontres", a-t-elle indiqué avec tristesse.
Issue d'une famille paysanne qui s'est disloquée, Lena est actuellement prise en charge dans le cadre d'un programme de réhabilitation mis en oeuvre par la Promotion de la Santé des Femmes de Kimanga ou KIWOHEDE, un ONG qui s'intéresse à la protection des enfants.
"Notre père nous a abandonnés, il vit maintenant dans une autre ville avec une autre femme", a ajouté Lena.
De nombreuses filles de son âge ou plus jeunes opèrent dans les régions du nord et du nord-ouest du pays, en particulier à Mwanza, Mara, Shinyanga, Tanga, Arusha, Kagera et Kilimanjaro, parfois comme travailleuses du sexe.
Une rapide évaluation faite par l'Organisation internationale du Travail (OIT), indique que les zones situées le long de la route principale dans les régions australes d'Iringa, Mbeya et Dodoma sont également touchées.
Selon cette évaluation, environ 74,4 pour cent des prostitués enfants ont un âge compris entre 14 et 17 ans, et sont surtout de sexe féminin.
Quelques garçons aussi exercent dans le même créneau.
Il est maintenant unanimement reconnu que la prostitution enfantine est la pire forme de travail forcé.
Les enfants, souvent des filles, sont en général attirés et recrutés par des trafiquants et parfois transférés à l'étranger.
Ces filles sont attirées par la promesse d'un emploi lucratif mais elles finissent très souvent dans des maisons de passe clandestines où elles sont abusées et exploitées.
Quoiqu'aucune analyse générale n'ait été faite au sujet de la situation du travail des enfants en Tanzanie, l'OIT note que les études préliminaires ont montré qu'entre 350.
000 et 400.
000 enfants exercent dans ce domaine, travaillent dans divers secteurs de l'économie, essentiellement dans le commerce, l'agriculture, les mines, le travail ménager et le secteur informel.
Sur les sites miniers, la coexistence entre les enfants et les adultes expose les premiers aux abus sexuels et, par conséquent, à un risque élevé d'être infecté par le VIH/SIDA et d'autres maladies sexuellement transmises.
L'OIT cite la constante détérioration des conditions de vie dans les zones rurales comme l'une des raisons de l'aggravation de ce problème du travail des enfants.
Après avoir quitté les zones rurales pour les zones urbaines afin de trouver un emploi et de meilleures conditions de vie, de nombreux enfants ne trouvent souvent que des emplois marginaux ou occasionnels.
Parfois, cette situation est motivée par la diminution des revenus familiaux.
L'OIT indique que les parents tanzaniens éprouvent de plus en plus de difficultés à satisfaire les besoins fondamentaux de leurs enfants, notamment leurs besoins scolaires.
Les difficultés économiques les amènent à prendre uniquement en charge la famille nucléaire, ce qui constitue une violation des normes et valeurs traditionnelles, qui consacrent l'union des membres de la famille élargie et du clan.
Au bout du compte, les enfants abandonnés et négligés finissent par quitter leurs maisons pour se faire employer en différents endroits.
L'épidémie du VIH/SIDA et les familles désagrégées - comme dans les cas de divorce, d'enfants nés en dehors du mariage, d'irresponsabilité des parents et des familles de grande taille - ont aussi forcé un certain nombre d'enfants à entrer prématurément dans le monde du travail.
La mort des parents et des soutiens de famille provoque généralement des difficultés et augmente le nombre d'orphelins obligés de se prendre eux-mêmes en charge, souvent dans des conditions difficiles, ajoute l'OIT.
Même si le gouvernement a défini un certain nombre d'importants repères stratégiques pour réduire le nombre important d'enfants travailleurs, leurs effectifs restent toujours considérables.
Le Programme international sur l'Elimination du Travail des Enfants (IPEC), qui requiert un très fort engagement politique, est un plan d'action international initié en Tanzanie en 1994.
Depuis lors, d'importants succès ont été enregistrés dans la lutte pour réduire la tendance au travail des enfants, notamment en suscitant une prise de conscience à plusieurs niveaux de l'existence de ce problème dans le pays.
En définitive, des centres de crise soutenus par l'OIT/IPEC ont été mis sur pied dans les villes pour fournir des services de conseil ainsi que d'autres services essentiels aux filles qui travaillent comme domestiques ou aux travailleuses du sexe.

30 avril 2001 22:20:00




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