Vogage mouvementé sur la route nationale numéro 1

Mugamba- Burundi (PANA) -- La route nationale numéro 1 (RN1) reliant Bujumbura, la capitale burundaise, à la province de Bururi (sud), a connu une interruption du trafic automobile au niveau de la commune de Mugamba des heures durant ce week-end, suite aux affrontements dans la région entre l'armée régulière et les bandes rebelles.
Comme constaté sur place par le correspondant de la PANA dans une file d'attente de voyageurs, le fait ne sort pas de l'ordinaire dans un pays touché par la guerre civile depuis plus de sept ans, avec alternance d'embuscades au quotidien sur les principaux axes routiers, massacres des populations civils à grande échelle et incendies d'infrastructures socio-économiques.
Mais pour cette province du sud du Burundi, connue pour son hostilité aux activités de la rébellion à dominante hutu (ethnie majoritaire), particulièrement dans une grande commune fief de la minorité tutsi réputée guerrière, les bandes armées ont frappé un symbole, pouvait-on entendre dans les commentaires des voyageurs contrariés par l'incident.
"Les rebelles ne se fixent plus de limite d'action et tout porte à croire qu'ils ont voulu, par leur première attaque d'envergure depuis le début de la guerre civile en 1993 dans cette partie du sud burundais, démontrer qu'il peuvent porter les hostilités partout et quand bon leur semble", souligne notamment un voyageur au bord de la route, sous l'approbation bruyante des autres passagers.
"Je savais au départ de Bujumbura que les rebelles s'étaient signalés par des attaques dans la région, mais je ne m'imaginais pas qu'il pouvaient en arriver à perturber la circulation à un tel point dans une région aussi plate qu'un terrain de football où on a le temps de les voir venir pour les tenir éloignés", déplore le même voyageur, en ajoutant que d'habitude les bandes armées restent dans des localités montagneuses et forestières.
La même angoisse se lit sur les visages des paysans déplacés massivement par les combats, baluchons sur la tête, leurs troupeaux de vaches, de chèvres, de moutons, alignés sur d'interminables étendues le long de la RN1, allant dans les deux sens à la recherche d'un hypothétique point de chute plus sécurisé.
L'un des paysans, visiblement exténué par la longue marche de survie, confie à la PANA que "pareille misère remontre à la période de la première guerre civile au Burundi en 1972" pour les habitants du Mugamba.
"On pouvait au moins à l'époque tenir l'adversaire en respect à l'aide d'un simple bambou pointu, mais nous avons aujourd'hui en face des armes lourdes", déplore le paysan en attirant l'attention des autres villageois sur le bruit assourdissant des échanges de tirs entre les rebelles et les forces gouvernementales, provenant des montagnes et vallées de la région du Mugamba.
Plus loin, un groupe de fonctionnaires venus de Bujumbura à bord d'un bus de transport en commun loué pour les besoins d'une cérémonie de dot d'un de leur compère, bloque un camionnette de l'armée régulière venant dans l'autre sens où se déroulent les combats et obtiennent le feu vert pour continuer la route au bout de quatre heures d'attente d'une hypothétique accalmie dans les combats.
Leur démarrage en trombe entraîne derrière eux tout le reste du cortège des automobilistes, à la fois ravis de pouvoir s'acquitter enfin de leurs différentes obligations du week-end dans l'arrière-pays et angoissés à l'idée largement partagée par les voyageurs de tomber sur des groupes rebelles encore embusqués le long de l'axe routier bordé de forêts denses, particulièrement à la limite sud du Mugamba.
Dans le véhicule de transport en commun emprunté par le correspondant de la PANA, les passagers continueront à échanger sur des dizaines de kilomètres encore sur "l'exploit rebelle" qui a nargué les forces de l'ordre et les populations dans une région réputée inabordable pour les maquisards du principal mouvement rebelle des Forces pour la défense de la démocratie (FDD), opposé au régime en place au Burundi.
Le nouveau mode d'opération des rebelles n'échappe pas non plus à la conversation des passagers qui notent particulièrement le fait que les massacres collectifs des populations ont nettement diminué ces derniers mois dans les régions touchées par les attaques des bandes armées.
"Elles n'auraient jamais dû s'attaquer aux populations civiles", lance l'un des passagers, en estimant que la rébellion ne gagnera en considération que si ses actions sur le terrain des combats respectent un minimum de droits consacrés par les conventions internationales régissant la guerre, notamment le respect de la vie humaine.
Un autre passager confirme le changement d'attitude de la rébellion sur la base de son propre témoignage d'une attaque récente dans sa région natale de Gakwende, toujours dans la province de Bururi, où des "assaillants" ont investi la localité pour juste demander de l'argent aux paysans et s'en aller sans tuer personne.
Il relevé toutefois que le pillage des biens des paysans, l'incendie des maisons d'habitation, des infrastructures socio- économiques à grande échelle dans le pays n'améliorent pas l'image des rebelles.

23 avril 2001 11:44:00




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