Vers une « rencontre-test » entre l’opposition en exil et le médiateur Est africain dans la crise au Burundi

Bujumbura, Burundi (PANA) - Des invitations ont été déjà lancées par le médiateur de la Communauté d’Afrique de l’Est africain, Benjamin William M’Kapa, pour une rencontre prévue le 16 janvier prochain à Arusha, en Tanzanie, réservée aux opposants politiques en exil, peu de temps après avoir récusé l’ancien président tanzanien pour ses prises de positions jugées «favorables» au pouvoir en place au Burundi, a-t-on appris, jeudi, de source diplomatique à Bujumbura.

Aux dernières nouvelles, le président du Conseil national pour la défense de l’accord d’août 2000, à Arusha, en Tanzanie, sur la paix, la réconciliation et l’Etat de droit (Cnared, principale plate-forme de l’opposition interne et en exil), Jean Minani se trouve marginalisé par son refus catégorique de se rendre à Arusha, exigeant de la sous-région de nommer un nouveau médiateur plus «neutre».

Par contre, au sein des principaux partis membres de cette coalition hétéroclite, comme le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu) et l’Unité pour le progrès national (Uprona), ont laissé entendre qu'on ne cautionne pas la «politique de la chaise vide» prônée par le président du Cnared.

Le vice-président du Frodebu, Léonce Ngendakumana, a accueilli favorablement l'invitation du médiateur, de même que le porte-parole de l'une des ailes rivales de l'Uprona, Thacien Sibomana. Les deux hommes politiques font toutefois partie des rares opposants qui résistent encore au pays.

La lettre d’invitation, dont la PANA s’est procurée une copie, précise que la prochaine «rencontre-test », pour nombre d’observateurs, s’inscrit dans le prolongement de la visite du médiateur à Bujumbura, au mois de décembre dernier, au cours de laquelle il avait rencontré les acteurs politiques vivant au pays.

Dans un premier temps, le Conseil national pour la défense de l’accord d’août 2000, à Arusha, en Tanzanie, sur la paix, la réconciliation et la défense de l’Etat de droit (Cnared, principale plate forme de l’opposition interne et en exil) s’était montrée plutôt soudée dans la récusation du médiateur pour avoir jugé «légal», le troisième mandat controversé de l’actuel chef de l’Etat burundais, Pierre Nkurunziza.

La coalition d’une vingtaine de partis politiques avait déjà décliné, dans un passé récent, une «invitation personnalisée» du médiateur, en exigeant sa reconnaissance en tant qu’entité unique pour se présenter à la table des discussions avec le pouvoir.

Cette fois, le médiateur de la Communauté d’Afrique de l’Est a irrité le Cenared en déclarant que ceux qui doutaient encore de la légitimité du troisième mandat présidentiel et principal élément déclencheur de la crise du moment, étaient tout simplement des «fous».

D’un autre côté, M. M’Kapa avait fâché en soutenant le droit du pouvoir burundais de ne pas s’asseoir à la même table de discussions avec des opposants politiques jugés «radicaux et violents».

Les radicaux en question sont des opposants en exil, poursuivis par des mandats d’arrêt internationaux pour leur rôle présumé dans la tentative de putsch militaire manqué du début du soulèvement populaire contre le troisième mandat présidentiel, en mai 2015.

Les opposants jugés «plus modérés» trouvent qu’il ne faut pas focaliser l’attention sur ce qu’a dit le médiateur, mais sur ce que veulent les Burundais, fatigués par une crise devenue multiforme et complexe à force de s’inscrire dans la durée.

Le Burundi est isolé sur la scène internationale, son économie déjà affaiblie structurellement est au bord de l’asphyxie, tandis que le sort de centaines de milliers de réfugiés reste incertain du fait d’un climat socio-politique toujours délétère et volatile qui continue à faire des victimes humaines.

Plus récemment encore, le ministre burundais de l’Eau, de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, Emmanuel Niyonkuru, a été abattu par un inconnu, le 1er janvier dernier à Bujumbura.

Malgré sa récusation et la radicalisation des positions par une partie au conflit burundais, le médiateur fait montre d’une détermination à arracher un accord global de sortie de crise, au plus tard, le mois de juillet prochain, avait-il indiqué à la veille de sa récente visite de travail de trois jours à Bujumbura.
-0- PANA FB/IS/IBA 12janv2017




12 janvier 2017 15:01:19




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