Une milice tchadienne à la frontière avec le Darfour soudanais

N'Djamena- Tchad (Pana) -- Des officiers tchadiens entreprendraient de créer une milice armée, à la frontière tchado-soudanaise pour donner une réponse active aux attaques et massacres perpétrés sur les populations de souche tchadienne que Khartoum accuserait de soutenir la rébellion du Darfour indiquent des sources autorisées à N'Djamena.
Dans le but de neutraliser des foyers de déstabilisation créés à la suite de la situation confuse qui prévaut à la frontière entre les deux pays depuis la rébellion du Mouvement pour la libération du Soudan (MLS), des officiers de l'armée tchadienne auraient commencé à armer certaines tribus vivant dans cette région, selon ces sources.
Des fusils d'assaut de type AKM auraient été ainsi distribués ces derniers jours aux tribus Rounga et Dagal, dans la sous- préfecture d'Haraze-Mangueigne et aux Mouro qui vivent eux, dans les sous-préfectures de Goz-Beïda et d'Am-Dam, précisent-elles.
Le but de cette opération est, disent-ils, de créer une milice à l'image de celle armée par les Soudanais et surtout, de profiter de la haine que voueraient ces tribus aux Arabes, leurs voisins.
Une milice soudanaise composée en effet, exclusivement d'arabes du Soudan et du Tchad, vivant de part et d'autre de la frontière, s'est signalée plusieurs fois, depuis l'ouverture dans le Darfour d'un front armé par les rebelles du MLS, par des attaques et massacres sur les populations Zaghawa de souche tchadienne qui affluent massivement vers le Tchad où elles sont prises en charge par les organisations humanitaires internationales.
Khartoum qui soupçonne, en effet, la tribu Zaghawa de soutenir activement les rebelles du MLS qu'aideraient ensuite leurs congénères du Tchad, aurait monté et armé cette milice dite des arabes "Djan-Djawid" qui s'illustrerait par des attaques meurtrières dans la région, avec quelques fois, des infiltrations en territoire tchadien, appuyées, selon des sources bien renseignées, par des bombardements de l'aviation soudanaise.
Cette milice se serait notamment signalée, il y a trois semaines, en attaquant la localité tchadienne de Béda, à 7km de la sous- préfecture d'Adré, dans le département du Dar Sila, à la frontière tchado-soudanaise.
Les localités de Koulbous et Tawil, toujours dans la même région, auraient aussi subi des attaques de cette milice des Djan-Djawid, ajoutent-elles.
Les Djan-Djawid auraient fait, au cours de ces attaques, 250 morts parmi les populations massacrées et déploreraient, dans leur rang, 31 personnes tuées, indiquent encore ces sources.
Dans le sillage de cette milice, et dans cette situation confuse favorable aux multiples groupes bandits et armés qui opèrent dans la région, serait né un embryon de rébellion baptisé CDR-Rénové (Conseil démocratique révolutionnaire, NDLR) dirigé par un certain colonel Hassane Saleh Algadam, ancien élève de l'académie militaire de Tripoli, en Libye, indiquent par ailleurs ces sources généralement bien informées.
Le CDR rappelle t-on, a toujours été un mouvement essentiellement composé d'arabes, comme le CDR-Rénové aujourd'hui.
Khartoum qui a toujours suspecté, depuis le début de la rébellion du Darfour, le pouvoir d'Idriss Déby, sinon les officiers zaghawa de l'armée tchadienne, de soutenir leurs congénères du Darfour, se serait résolu à créé la milice des Djan-Djawid pour réduire le MLS, donner un caractère ethnique ou inter-communautaire au conflit et éviter une guerre ouverte avec N'Djaména, notent certains observateurs avertis.
Ce que N'Djamena semble vouloir faire lui aussi, dont l'armée, hésitante, n'a pu jusqu'ici contenir la fulgurance des attaques des miliciens qui rackettent et emportent au passage, des troupeaux de bétail appartenant à certains officiers du clan au pouvoir au Tchad, souligne-t-on.
Ceci expliquerait, sans doute, la tendance de ces officiers à appuyer activement les frères de l'autre côté de la frontière.
Reste que ce conflit du Darfour a créé une situation humanitaire pour le moins préoccupante à l'Est du Tchad où les organisations internationales de secours sont à pied d'oeuvre pour aider les milliers de populations déplacées.

14 décembre 2003 20:27:00




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