Une centaine d'organes de presse privés en dix ans de démocratie

Cotonou- Bénin (PANA) -- Dix ans après la Conférence nationale des forces vives qui a propulsé le Bénin sur la voie de la démocratie, le paysage médiatique béninois compte une centaine d'organes privés, selon les chiffres fournis par le ministère de l'Intérieur et confirmés par la Haute autorité de l'audiovisuel et de la Communication (HAAC).
Avec 18 quotidiens, 41 périodiques, cinq radios rurales locales, 17 radios non commerciales, et 9 commerciales, une chaîne de télévision, le paysage médiatique béninois, qui était la propriété de l'Etat dans les années 80, est presque totalement investi aujourd'hui par les opérateurs privés.
Ces organes, installés par des journalistes, opérateurs économiques ou hommes politiques, absorbent le plus grand nombre d'employés aussi bien parmi les diplômés sortis des facultés de l'Université nationale du Bénin -et qui se professionnalisent sur le tas- que ceux formés dans les écoles professionnelles de la sous-région ou de l'étranger.
Souvent en quête du premier emploi ou craignant d'être remercié, le personnel des médias béninois est le plus souvent sur-employé et sous-traité lorsque le patron décide d'accorder un salaire.
Beaucoup d'employés végètent dans la précarité faute d'une convention collective et de syndicats, la dizaine d'associations professionnelles qui existent s'occupant plus de formation et de recyclage.
Pour Abel Gbètoénonmon, coordonateur du Réseau des journalistes économiques du Bénin, environ 70% des reporters béninois ne sont pas payés par leurs organes de presse.
La situation salariale de ce personnel bon marché constitue, selon lui, la première entrave à la liberté de la presse, puisque la plupart sont exposés aux avances des hommes politiques, source permanente de bâillonnement.
Même s'il reconnaît que la liberté de presse est exercée convenablement au Bénin, à la limite de l'excès, M.
Gbètoénonmon déplore le caractère "liberticide" des textes qui régissent la profession dans ce pays.
M.
Pierre Matchoudo, directeur de publication du quotidien "Le matin" et spécialiste de la liberté de presse en démocratie, estime que la liberté absolue n'existe nulle part dans le monde et qu'on parle partout de liberté relative.
Au Bénin comme partout ailleurs, le journaliste subit quelque part une pression.
Même si elle ne provient pas du pouvoir politique, indique-t-il, les milieux d'affaires exercent sur les médias des pressions qui ne disent pas leur nom.
Un organe de presse qui a un contrat de publicité avec un groupe financier ne peut objectivement pas dans le même temps écrire contre les intérêts de ce partenaire, explique-t- il.
Qu'elle soit prononcée ou pas, politique ou financière, tout organe de presse subi quelque part une pression ou se livre, selon M.
Matchoudo, à une rétention compte tenu de ses intérêts.
L'autre entrave à la liberté de la presse relevée par M.
Gbètoénonmon est le manque de formation de ses animateurs.
Le non respect du code de déontologie et la méconnaissance des textes juridiques font peser de réels dangers sur l'exercice du métier de journaliste, surtout dans un pays où 70% de la population continue de prendre pour vérité absolue tout ce qui est révélé par la presse.
Malgré les problèmes auxquels ils sont confrontés, les organes de la presse privée béninoise, en dehors de ceux affiliés à des partis politiques ou proches des milieux d'affaires, sont comme les seuls contrôleurs du pouvoir, selon des observateurs.
Partout perçue comme un quatrième pouvoir, la presse au Bénin est parfois qualifiée de premier pouvoir en raison de la pertinence de ses analyses, même si elle le fait parfois en foulant au pied les règles de déontologie.
Sa soif effrénée de dossiers brûlants mettant en cause le pouvoir ou les institutions de la République donne l'impression, selon la sociologue Glèlè Gisèle, que c'est la presse qui gouverne le pays.
Les journalistes mettent à nu les données susceptibles de porter atteinte à la démocratie ou au développement et constituent, selon des analystes de la presse béninoise, le seul contre-pouvoir effectif dans un système politique en pleine mutation où l'opposition ne joue pas encore bien son rôle.
L'existence d'un organe de régulation des médias prévu par la Constitution (le HAAC) et la création, par les journalistes, d'un Observatoire de déontologie et d'éthique dans les médias (ODEM), véritable garant du respect des règles de la profession, ont aidé les journalistes béninois à éviter de se retrouver souvent derrière les barreaux.
Le seul cas d'emprisonnement (une semaine au lieu de six mois), intervenu l'année écoulée a confirmé le caractère répressif de la loi 97-01 du 20 août 1997 régissant la presse au Bénin.
Même si l'actuel chef de l'Etat a promis, depuis son retour au pouvoir en 1996, de ne traduire aucun journaliste devant les tribunaux, ce n'est pas le cas de ses ministres dont certains se sont retrouvés devant les juridictions compétentes avec des journalistes qui, pour la plupart, ont écopé de peine d'emprisonnement avec sursis.
Les autorités béninoises, bien qu'encore réticentes à faciliter l'accès à l'information aux professionnels des médias, semblent pour le moment tolérantes à leur égard puisque malgré les révélations les éclaboussant, aucun journal n'a été jusque-là saisi et aucune émission politique censurée.
La presse privée béninoise, que M.
Gbètoénonmon qualifie de "plus dynamique de la sous-région" de par sa floraison et les sujets qu'elle aborde, ne fait pas encore l'affaire des promoteurs, selon Maurice Chabi, directeur de publication du quotidien "Les Echos du jour".
Pour lui, dans aucun pays du monde, les revenus de la vente des journaux ne couvrent les charges de fabrication d'un journal.
"Ils ne représentent que 20 à 25% des charges.
Même dans les cas de forts tirages, c'est la publicité qui permet de réaliser une marge bénéficiaire", explique-t-il.
Au Bénin où le lectorat est très réduit et les tirages relativement faibles, aucun organe de presse ne peut se vanter d'être rentable sans une forte marge publicitaire, conclut M.
Chabi.

27 avril 2001 08:05:00




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