Un universitaire guinéen accorde son soutien à Kadhafi

Conakry- Guinée (PANA) – Les récentes déclarations- du colonel Mouammar Kadhafi de Libye faisant état d'un "complot" visant à saboter le projet de création d'un gouvernement fédéral africain "sont légitimes et fondées", a estimé dimanche un universitaire guinéen, Raymond Fancinadouno, professeur de Droit constitutionnel à l'Université privée Kofi Annan de Conakry.
Selon M.
Fancinadouno, la réaction du guide de la Révolution libyenne s'inscrit dans la logique des divergences constatées lors du sommet de l'Union africaine tenu en 2007, à Accra, au Ghana.
Ce sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du continent, souligne-t-il, avait clairement mis à nu l'existence de deux tendances, notamment un groupe de leaders qui semblaient soutenir l'idée de Kadhafi "de créer tout de suite" un gouvernement continental et celui des partisans pour "une mise en place graduelle" des instances devant aboutir à ce projet.
"Ces clivages traduisent parfaitement la division du continent africain sur une idée aussi essentielle que la création des Etats unis d'Afrique.
Il est tout à fait légitime, pour Kadhafi, de croire qu'il y a des individus hostiles au projet d'un gouvernement fédéral, déclare M.
Fancinadouno.
Selon lui, il est évident qu'il y a en Afrique des chefs d'Etat qui pensent que le guide de la Révolution libyenne veut imposer son leadership à ses pairs du continent.
Par conséquent, il est fort possible que ceux-ci tentent actuellement de peser de tout leur poids pour bloquer le processus.
"Cela risquera de cristalliser les divisions du continent et d'occasionner encore une fois le retard dans la marche vers les Etats unis d'Afrique", a fait observer l'universitaire guinéen, qui estime qu'en menaçant de publier la liste de ceux qui complotent contre son projet, Kadhafi risque de créer encore plus de problèmes et de contribuer à freiner un élan déjà assez timide.
Des leaders africains comme Kwame Nkrumah du Ghana et Ahmed Sékou Touré de la Guinée ont lancé l'idée de création des Etats unis d'Afrique depuis l'accession de leurs pays respectifs à la souveraineté nationale, a-t-il rappelé, soulignant que les facteurs négatifs qui influent sur ce processus sont en grande partie liés au manque de volonté politique des dirigeants du continent à cause parfois de contradictions internes.
"Je vois mal comment on peut résoudre à l'échelle du continent des problèmes qu'on n'a pas pu résoudre au niveau national", fait-il remarquer.
Le spécialiste du Droit constitutionnel dit partager l'opinion de l'ancien président de la Commission africaine, Alpha Oumar Konaré, selon qui, il ne sert à rien de créer des institutions si on ne leur donne pas les pouvoirs nécessaires de jouer pleinement leur rôle.
Il en a appelé "au bon sens" des dirigeants africains pour qu'ils soient attentifs aux drames que vivent certaines populations africaines, notamment au Darfour (Soudan), au Kenya et au Zimbabwe.
Selon lui, des pays comme le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Egypte et la Libye devraient jouer un rôle plus accru dans la résolution des conflits et dans la recherche de solutions pour le bien-être des Africains.
"Faute de quoi, il serait illusoire de penser à la concrétisation du projet des Etats unis d'Afrique".

29 juin 2008 14:49:00




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