Un sidéen témoigne à visage découvert à la télévision nationale

Abidjan- Côte d'Ivoire (PANA) -- M.
Boua Bi Drigoné, séropositif et président de l'Association ivoirienne des personnes vivant avec le VIH/SIDA, a témoigné dimanche soir sur la deuxième chaîne de la télévision ivoirienne, sur l'ampleur de la pandémie en Côte d'Ivoire et les tracasseries dont son épouse, leurs trois enfants et lui même, font l'objet dans leur environnement social.
"Mes enfants ont été obligés d'abandonner l'école pour se réfugier dans mon village parce que tous leurs camarades se moquaient d'eux en les traitant d'enfants sidéens nés de parents sidéens", a indiqué M.
Drigoné, les yeux larmoyants.
Selon lui, aucun habitant du quartier ne voulait composer avec sa petite famille du fait qu'il ait été déclaré séropositif.
"Même dans le marché et les restaurants, on refusait de les servir.
A l'école, les enseignants ne supportaient plus les palabres causées chaque jour entre mes enfants et leurs petits camarades", a-t-il poursuivi.
Pourtant, les enfants et leur mère Katherine Karpeh, d'origine libérienne sont jusqu'à ce jour séronégatifs malgré un père atteint de SIDA.
Chaque trois mois, Mme Karpeh et ses enfants font le test de dépistage et toujours pas de traces du virus en eux.
"Le VIH est une affaire d'organisme.
Vous pouvez l'avoir sans que votre partenaire ne le contracte.
Mais il faut se protéger par la suite pour ne pas le contaminer à la longue", soutient M.
Drigoné.
C'est en 1994, alors qu'il était professeur de Mathématiques dans un lycée de Nouakchott (Mauritanie) que cet ivoirien d'environ 45 ans a piqué le virus du Sida.
Rentré au pays, le test de dépistage décèle sa séropositivité.
Il prend alors le pari de le déclarer dans son entourage pour, dit-il, "briser la méfiance de ses amis et parents et libérer sa conscience".
C'était pourtant l'erreur à ne pas commettre.
"Aujourd'hui, mes enfants m'en veulent d'avoir brisé leurs études en les exposant à la raillerie de leurs amis".
Sa fille aînée âgée d'environ 10 ans, a aussi fait un témoignage pathétique sur le petit écran.
"Partout où je passe avec mes petits frères, on nous montre du doigt en disant voilà les petits sidéens là.
Pour finir, ça ne me disait plus rien, mais les gens ne veulent pas qu'on approche leurs enfants", dit-elle naïvement.
M.
Drigoné qui dirige aussi une ONG dénommée "Virus Village", a donné des statistiques effrayantes concernant le taux de prévalence de la maladie en Côte d'Ivoire.
Un million deux cent mille personnes vivent avec le virus dans le pays et 600.
000 enfants y sont orphelins du SIDA.
Mais le président Drigoné a tenu à rassurer ses compatriotes, "On peut être séropositif et vivre aussi longtemps que l'on peut", a-t- il dit.
Le responsable de "Virus Village" a aussi justifié le nom de son organisation qui est une invite aux gens pour les exhorter à prendre en compte l'existence de ce virus dans chaque village du continent car il existe bel et bien", conclut-il.

08 octobre 2001 23:04:00




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