Un parti politique prône l'expulsion des immigrés de France

Paris- France (PANA) -- Le Mouvement national républicain (MNR), parti d'extrême droite français, a proposé le week-end dernier le renvoi de France de tous les immigrés de confession musulmane, rapporte lundi le quotidien Le Monde.
"Il est temps que chacun comprenne que notre pays est infiltré par une cinquième colonne islamique, qu'aujourd'hui le danger vient autant de Kaboul que de Mantes-la-jolie, que nos cités sont devenues des poudrières comme celles de la Palestine et que les attentats contre le Pentagone sont de la même nature que ceux qui sont perpétrés quotidiennement dans nos banlieues", a déclaré dimanche le président du MNR, Bruno Mégret.
Il a qualifié la présence des immigrés sur le territoire français "d'occupation étrangère" et mis en garde contre les dangers de "la civilisation arabo-islamique".
"Le choc des civilisations n'est pas hélas terminé, car l'Islam se réveille aujourd'hui.
Il a trouvé une nouvelle vitalité démographique, politique, religieuse.
Il reprend son offensive de façon sanglante et dramatique", s'inquiète M.
Mégret, précisant que dans une confrontation mettant face à face une nation d'origine européenne et une fraction islamique, le choix de son parti est vite fait.
Aussitôt connus, ces propos ont déclenché une réprobation unanime de la clase politique et de la société civile.
"Il est à craindre que des groupuscules politiques comme le MNR attisent par des déclarations irresponsables la haine raciale et religieuse", a déclaré M.
Pierre-Philippe Rey, spécialiste de l'Islam à l'Université de Paris VIII, dans un entretien avec la PANA.
L'universitaire français redoute que par son effet dévastateur, le discours du président du parti d'extrême droite renforce le malaise de la communauté arabo-musulmane de France dont l'image a, selon lui, trop souffert depuis les attentats de New York et Washington d'amalgame entre Islam et terrorisme.
Plusieurs maires de communes se sont pour leur part inquiétés des conséquences de la position du MNR sur les efforts qu'ils ont entrepris pour éviter un rejet des immigrés d'origine musulmane par la population française de souche.
"Dans une ville comme Versailles, il est important que la communauté musulmane ne se sente pas rejetée", a insisté Mme Anne Nègre, conseillère municipale, tandis que M.
Gaston Viens, maire d'Orly, une petite ville près de Paris qui abrite l'aéroport du même nom, réunissait des responsables juifs, chrétiens et musulmans pour refuser "les dérives et les assimilations hâtives".
Dans les rangs des organisations représentatives des immigrés et des musulmans, on dénonce "cette véritable incitation à la haine raciale, à la xénophobie et à la discrimination".
"Ce qui a été dit par le MNR est une grave menace à la cohésion nationale, c'est pourquoi j'invite les autorités à sévir", a souligné M.
Assani Fassassi, le porte-parole de la Fédération des associations islamiques des Comores et d'Afrique (FAICA).
M.
Tarik Hawtari, encadreur dans un centre éducatif, exprime de son côté une autre préoccupation lorsque qu'il affirme que "les propos de Bruno Mégret vont renforcer davantage le sentiment d'exclusion de la société française des jeunes issus de l'immigration".
Joignant leur voix à la réprobation, de nombreux immigrés ont mis l'accent sur leur apport à la construction de la prospérité de la France, rappelant que dans les années 1960 et 1970, l'économie française, confrontée à une pénurie d'ouvriers, s'était appuyée sur la main d'oeuvre étrangère.
"Ces immigrés sur lesquels le MNR tente de jeter l'anathème ont été par le passé le moteur du redémarrage de l'économie française", souligne M.
Jaffar Issa du Centre de ressources en environnement et développement durable et intelligence économique (CREDDIE).
On rappelle que le MNR est né en 1999 d'une scission du Front national de Jean-Marie Le Pen, dont Bruno Mégret fut pendant de nombreuses années le principal lieutenant.
Même s'il n'a pas une très grande assise électorale, le MNR, qui agite l'épouvantail de l'invasion de la France par les immigrés et dont le slogan politique est "immigration zéro", conserve, estiment les sociologues, un formidable potentiel de nuisance à la cohésion de la société française.

01 octobre 2001 18:59:00




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