Un expert exige de l'Occident des réparations pour l'esclavage

Addis-Abeba- Ethiopie (PANA) -- A l'occasion de l'ouverture mercredi, à Salvador de Bahia, au Brésil, de la seconde Conférence des Intellectuels d'Afrique et de la Diaspora (CIAD II), un délégué spécialiste des questions de pauvreté, de racisme, de xénophobie et d'autres formes de discrimination a estimé que les pays qui avaient le plus profité de la traite des nègres devaient mobiliser des ressources au profit du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD).
Njunga Mulikita, un expert zambien des questions de démocratie et de gouvernance, a affirmé que la présence de 1.
000 délégués environ choisis parmi les leaders du continent et de la diaspora devrait inciter les dirigeants du continent à solliciter les pays ayant profité du commerce des esclaves africains pour les convaincre de soutenir le NEPAD.
"Mon idée n'est pas que les banques des pays occidentaux qui ont joué un rôle majeur dans la traite des esclaves africains devraient être contraints de procéder au paiement d'importantes sommes d'argent au profit des pays africains", a affirmé M.
Mulikita, dans un entretien accordé à la PANA à Addis-Abeba, alors qu'il était en route pour la conférence.
Appuyant son argumentation sur l'exemple de l'Holocauste juif, il a déclaré que l'Etat d'Israël continue de recevoir des réparations à titre de compensations pour le massacre de six millions de Juifs perpétré sous le régime nazi allemand pendant la seconde Guerre mondiale.
M.
Mulikita a rappelé que, quelques années auparavant, le lobby de la diaspora juive aux Etats-Unis avait exercé des pressions pour amener l'industrie bancaire suisse, réputée pour son culte du secret, à ouvrir ses archives afin que la vérité sur le rôle des banques suisses pendant l'holocauste soit connue.
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"Cette pression avait débouché sur le paiement, par les banques suisses, de compensations aux survivants de l'holocauste et à leurs ayants droit", a-t-il encore indiqué.
Tout en faisant un lien entre les réparations et le NEPAD, il a expliqué que les politiciens et décideurs occidentaux pourraient soulever l'argument, quelque part fondé, selon lequel les politiciens et bureaucrates africains corrompus pourraient s'approprier les sommes payées.
La rencontre du 12-14 juillet 2006, organisée par le gouvernement brésilien en collaboration avec l'Union africaine (UA), se tient autour du thème suivant: "La Diaspora et la Renaissance africaine".
Il a pour but de redynamiser, situer et mettre à profit la contribution des intellectuels africains du continent et de la diaspora en tant que vecteurs d'idées novatrices, de développement et de mutation sociale.
"A mon avis, le CIAD II offre aux intellectuels et décideurs de la diaspora et du continent, un cadre unique pour réexaminer le dossier des réparations à verser à l'Afrique et, ce faisant, compenser les injustices et iniquités telles que l'esclavage et le colonialisme, qui ont eu de graves effets sur le continent et ses populations.
"Ces injustices continuent encore aujourd'hui de faire sentir leurs effets, même si les médias et les grands intellectuels occidentaux minimisent, avec une certaine malice, les très graves conséquences de l'esclavage et du colonialisme sur le développement socio-économique de l'Afrique", a martelé M.
Mulikita.
Anticipant sur le thème de son intervention devant la conférence, il a affirmé que le CIAD II devrait déboucher sur le lancement d'un appel en vue de la mise sur pied, au sein du NEPAD, d'un mécanisme pour lutter contre la xénophobie, le racisme et d'autres formes de discrimination vécues par les membres de la diaspora africaine.
"Les personnes d'origine africaine et les Africains qui vivent à l'extérieur du continent continuent de souffrir des pratiques discriminatoires et de la xénophobie, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la pauvreté et à l'exclusion sociale", a-t-il relevé.
De son point de vue, le mécanisme qu'il propose va non seulement dénoncer publiquement et fustiger les pays qui tolèrent les comportements racistes, mais aussi exercer des pressions auprès d'organismes tels que le Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies et le Bureau du Haut commissaire des Nations unies chargé des Droits de l'Homme afin faire blâmer les coupables en tant que transgresseurs des instruments universels des droits de l'Homme.
"Une telle mesure contribuera dans une très large mesure à atténuer les effets de la triste situation vécue par les populations d'origine africaine du fait du racisme et de la xénophobie institutionnalisés dans ce monde du 21ème siècle", a encore ajouté M.
Mulikita.
La première édition de cette conférence, la CIAD I, qui s'était tenue du 6 au 9 octobre 2004, à Dakar, Sénégal, avait décidé de l'organisation, à l'extérieur du continent, d'une conférence appelée à faire le suivi de la CIAD I.
Le Brésil, pays-hôte de la seconde rencontre, possède, après le Nigeria, la seconde plus importante population d'origine africaine.
Salvador est visiblement la ville la plus africaine de l'Amérique latine, les traditions et coutumes amenées d'Afrique il y a de cela quelques siècles par les esclaves y étant toujours respectées.
Selon le secrétariat de l'UA, certains chefs d'Etat et de gouvernement africains, caribéens et d'Amérique latine prendront part à la CIAD II, une rencontre à laquelle prendront également part des diplomates, des fonctionnaires, des décideurs, des lauréats du Nobel, des représentants de la Société civile et du secteur privé ainsi que des intellectuels de tous les milieux.
Parmi les objectifs fixés par l'UA, la CIAD II aura également pour mission de revisiter l'histoire africaine afin de susciter une nouvelle prise de conscience et de forger l'identité du continent, de telle sorte que l'Afrique puisse organiser son processus d'intégration de manière pragmatique.
La conférence tentera de définir les voies et moyens de projeter l'image et l'identité du continent africain, en tant qu'acteur utile et majeur d'un monde en rapide mutation.

12 juillet 2006 15:23:00




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