Un expert critique le "syndrome de dépendance" des dirigeants africains

Tokyo- Japon (PANA) – A la veille de l'ouverture, -lundi, de la troisième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD III), un éminent expert japonais du processus de la TICAD a déclaré que le "syndrome de la dépendance" des dirigeants africains était en partie responsable des difficultés du continent par rapport à l'ordre économique internationale.
Shinsuke Horiuchi, spécialiste de la TICAD au ministère des Affaires étrangères du Japon et conseiller spécial du chef de la diplomatie nippone, a demandé aux dirigeants africains d'étudier les voies et moyens pour développer le secteur privé sans avoir recours à des capitaux étrangers, et sans parler de l'aide des bailleurs aujourd'hui en baisse.
Evoquant le concept d'"appropriation" du processus de développement adopté par le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), M.
Horiuchi a affirmé que "les dirigeants africains doivent se débarrasser de leur syndrome de dépendance", ne serait-ce que pour éviter que les investisseurs étrangers ne viennent avec l'idée de réinvestir leurs profits, et donner ainsi un coup de fouet à la croissance.
M.
Horiuchi, un chercheur à l'Institut japonais des Affaires internationales connu pour son franc parler, est célèbre pour avoir contesté le courant dominant de la pensée économique, en disant qu'il serait nécessaire que l'Afrique ait recours à des stratégies alternatives, même peu orthodoxes, pour s'adapter à un système de marché trop fort pour les économies chancelantes du continent.
A l'occasion d'un briefing organisé samedi à Tokyo, il a affirmé que pendant 40 ans, le Japon a évité la dépendance étrangère, en optant pour le savoir-faire technologique et parvenir à la croissance.
L'expert japonais a, en outre, insisté sur le fait qu'il serait illusoire de réclamer l'appropriation du processus de développement d'un pays dans un contexte où l'économie fonctionne grâce aux investisseurs étrangers.
"Nous ne pouvons échapper à la mondialisation, mais si nous la laissons nous plonger dans un système contrôlé par les capitaux étrangers, nous aurons peu de chance de survivre", a prévenu Horiuchi.
Il a rappelé que c'est, après tout, dans un système de marché fermé, protecteur, que la plupart des économies du Sud-Est asiatique, et même les économies précapitalistes d'Occident ont développé la force dont elles avaient besoin pour oser affronter la concurrence.
Concernant la marginalisation de l'Afrique dans le marché global, M.
Hiriuchi a expliqué que le problème réside dans le fait que le marché est dominé par le dollar américain.
Intervenir dans le marché global signifie que le montant de vos profits est fixé à Wall Street, d'où sa réticence par rapport à l'investissmeent étranger, a expliqué ce dernier.
Il s'est appesanti sur les incongruités du système capitaliste mondial, et dénoncé ce qu'il appelle la dynamique "patron-client" dans laquelle l'Afrique, de la période coloniale à nos jours, demeure confinée aux exportations de matières premières qui lui rapportent de (très) faibles recettes.
Dans le marché du café qui représente 60 milliards de dollars, les producteurs gagnent 5 milliards de dollars, tandis que les fabriquants et les distributeurs occidentaux du café traité raflent 55 milliards de dollars, a-t-il souligné.
M.
Horiuchi a cité comme exemple le cas de l'Allemagne, l'un des plus grands exportateurs de café (les produits finis) qui n'a pas un seul plant de café.
Inversement, le Kenya, un producteur traditionnel, ne peut exporter du café traité en raison des tarifs élevés imposés par les importateurs occidentaux, confinant donc ce pays d'Afrique de l'Est à un rôle d'exportation de matière première.
Les préoccupations de M.
Horiuchi sont partagées par l'ancien Premier ministre namibien, M.
Hage Geingob, actuel directeur exécutif de Coalition globale pour l'Afrique (GCA), qui faisait partie des sept membres du comité présents à cette conférence de presse.
"L'Afrique doit être aidée pour accroître la valeur des matières premières qu'elle produit, afin de rendre ses exportations plus compétitives sur le marché mondial", a souligné M.
Geingob.
Selon lui, c'est par ce moyen que le continent pourrait commercer sur un pied d'égalité avec les autres acteurs du marché.

28 Setembro 2003 14:05:00




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