Traite négrière : des conséquences désastreuses pour l'Afrique

Yaoundé- Cameroun (PANA) -- Le dépeuplement du continent noir de ses bras valides est la première et principale conséquence de la traite négrière pour l'Afrique a déclaré à la PANA le Pr Daniel Abwa du Cameroun.
Nombreuses sont les régions de l'Afrique qui ont été dépeuplées, dépossédées de leurs hommes les plus valeureux.
Beaucoup de régions ont ainsi vu leur développement freiné par ce fléau encouragé, il est vrai, par les guerres tribales, estime-t-on.
La seconde conséquence de l'esclavage, et non la moindre selon les historiens, est que "toute une race a été avilie, réduite à sa plus simple expression".
Dans ce phénomène, le Noir, misérable et dans l'état de servitude, a perdu tout ce qui fait sa dignité, ajoutent-ils.
Pour le Pr Abwa, le plus grand danger de l'esclavage est d'avoir conduit des hommes à "agir comme si une partie de l'humanité était tout naturellement supérieure à une autre".
Ainsi, certaines régions d'Afrique étaient devenues le théâtre d'une véritable chasse à l'esclave qui, selon l'historien Jean Meyer, a pris appui sur le racisme pour prospérer.
Des manuscrits anciens rapportent que c'est la région correspondant à l'actuel Nigeria, encore plus à l'Est, qui a payé le plus lourd tribut à l'esclavage.
En raison de son importante densité démographique, elle a attiré les négriers qui préféraient les esclaves originaires de cette zone aux Congolais, réputés très apathiques et belliqueux.
Des tribus menacées de dislocation ont tenté de se défendre, et nombre de villages se sont fortifiés, édifiant des remparts végétaux faits d'arbres et d'arbustes parfois vénéneux.
Bien que l'autorité coloniale en ait ordonné la destruction à la fin du XIXe siècle, quelques-unes de ces fortifications subsistent encore au Cameroun.
Pour obtenir leur soumission absolue, les esclavagistes ont tenté d'inculquer aux Noirs un complexe d'infériorité.
Dans l'opinion occidentale, le Noir, le "nègre", devenu objet de mépris, est considéré, dans le meilleur des cas, comme un objet ou un grand enfant.
La traite négrière se présente d'abord comme un gigantesque trafic.
Très tôt, un commerce triangulaire se met en place entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique.
Il comporte plusieurs variantes : la traite portugaise reliant directement le golfe de Guinée et l'Angola au Brésil.
Cette voie, la plus courte et la plus rapide, se révèle être la moins coûteuse en capitaux et en hommes.
En général, le trafic s'effectue en trois étapes.
La première de l'Europe à l'Afrique.
Les négriers sillonnent ainsi les côtes africaines, de Gorée aux larges du Sénégal, au Mozambique.
Les esclaves sont transportés par bateaux et vendus dans les Antilles, au Brésil et dans le sud des "treize colonies" qui formeront les Etats-Unis actuels.
Quelques-uns arrivent dans l'empire espagnol : Mexique, Pérou, Colombie, Vénézuela.
Les négriers donnent le nom pudique de "bois d'ébène" aux cargaisons d'esclaves qu'ils embarquent, par allusion à la couleur noire des Africains.
Au cours des XVIIe et XVIIIe siècle, la hiérarchie des nations qui pratiquent la traite a évolué.
Ce sont d'abord les Anglais et les Hollandais qui dominent l'ignoble commerce.
La traite française démarre en 1673.
Au XVIIIe siècle, la France dépasse de loin la Hollande et devient, après l'Angleterre, la deuxième nation de traite.
Plusieurs petits pays essaient de prendre leur part du gâteau : Suède, Danemark, Espagne et Portugal.
Le commerce est alors florissant.
Les négociants des différents pays européens qui pratiquent la traite ont divisé l'Afrique en régions ou secteurs pour éviter des conflits entre les différents pays.
De la Mauritanie en Sierra Leone, la France se réserve le monopole de la traite avec sa Compagnie française des Indes.
Dans l'actuelle Côte d'Ivoire, les Hollandais ont la haute main sur le trafic des Noirs, avec, pour premier très grand centre de traite, la Côte de l'Or.
Sur cette côte, s'alignent 23 forts : 13 hollandais, 9 anglais et 1 danois.
Les Français sont exclus de la zone.
La Côte des esclaves qui correspond au Ghana, au Togo et au Bénin, forme le second très grand centre de la traite.
Dans l'actuel Nigeria, l'embouchure entre Ossé et le Cameroun, la partie la plus peuplée de l'Afrique noire, constitue le troisième grand centre de traite que Français et Anglais se disputent.
Enfin, le dernier grand centre qui prend de plus en plus d'importance vers le milieu du XVIIIe siècle est formé par le Zaïre et l'Angola.
Parfois, les négriers sont obligés, pour compléter leur cargaison, de s'approvisionner dans deux ou, plus rarement, trois secteurs.
Au XVIIIe siècle, ils descendent de plus en plus vers le sud car les sites traditionnels s'épuisent.
Certains vont jusqu'au Mozambique, sur la côte orientale de l'Afrique.
La traite n'épargne que les régions inhospitalières ou les déserts (Sahara au nord, Kalahari au sud) et les forêts vierges impénétrables.
Les rivages du Sénégal et de la Gambie sont les premiers visités puis ceux de la Sierra Leone.
Pas assez "productives", ces régions sont délaissées au profit de la Côte d'Ivoire et de la Côte de l'Or, où la savane arbustive, cernée d'une mince bande de forêt littorale, fournit en abondance hommes et poudres d'or.
Sur les "marchés", les esclaves arrivent en longues files et par hordes, tel du bétail humain, le cou emprisonné dans des sortes de fourches en bois, les membres entravés.
La guerre ou les razzias constituent les principales sources d'approvisionnement en esclaves.
A l'improviste, une tribu attaque une autre, sur des villages endormis.
Ceux qui n'ont pas été tués sont faits captifs et emmenés sur la côte pour être vendus.
Les condamnés pour crime, vol, dettes ou les personnes enlevées sont également la cible des négriers.
Pour les historiens, les chiffres de ce trafic parlent d'eux-mêmes : sur douze à quinze millions de Noirs ayant effectué le "grand voyage sans retour", un et demi à deux millions sont morts en cours de route.

20 أغسطس 2001 10:32:00




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