Thandika Mkandawire plaide pour un nouveau panafricanisme

Dakar- Sénégal (PANA) -- Les délégués à la conférence des intellectuels d'Afrique et de la diaspora auront du pain sur la planche, avec les six commissions prévues pour débattre, dès jeudi, de douze thèmes dont les communications sont signées par des auteurs triés sur le volet.
Parmi ces thèmes, "La contribution des intellectuels d'Afrique et de la diaspora à la consolidation de l'intégration africaine" retient l'attention, parce qu'elle fait appel à l'une des préoccupations majeures de la conférence et qu'elle évoque également l'épineuse problématique de l'intégration dont la pleine réalisation se fait encore attendre.
A ce sujet, le Malawite Thandika Mkandawire, directeur de l'Institut de recherche des Nations unies pour le développement social, se veut formel dans sa communication sur le thème : "Repenser le panafricanisme".
Selon lui : "le rôle des intellectuels sera de contribuer à la conception d'un nouveau panafricanisme démocratique qui viendra renforcer la capacité du continent à mobiliser les vastes ressources humaines (aux niveaux de la diaspora et du continent), ainsi que les richesses naturelles, afin de supprimer une fois pour toutes les sources de pauvreté et de maladie qui ont hanté l'Afrique pendant si longtemps et pour tisser une toile à partir de sa grande diversité culturelle".
Et ce nouveau panafricanisme, selon l'auteur, devra "adopter un processus plus démocratique et plus participatif, au sein duquel le projet panafricaniste sera un ensemble, même s'il ne s'agit pas d'une somme mathématique des préoccupations des nouveaux mouvements sociaux pour lesquels le panafricanisme fournit un nouveau cadre pour mettre en oeuvre leurs programmes local ou national".
L'auteur de "Repenser le panafricanisme" fonde son appel sur le constat selon lequel "l'unification politique et l'intégration économique du continent ont à ce jour échoué, tout au moins lorsqu'on les juge à l'aune des rêves des principales figures du mouvement panafricain, des documents et programmes préparés pour les conférences panafricaines, ainsi que des déclarations et discours des responsables africains".
"Elles ont échoué lorsqu'on les compare aux autres projets de coopération régionale dans d'autres continents.
Elles ont échoué par rapport aux besoins bien définis et clairement perçus du continent.
Elles ont échoué face à la force émotive du panafricanisme dans les discours africains", soutient-il.
Citant les raisons de cet échec, Thandika Mkandawire met en exergue le manque d'ancrage national de l'intégration régionale, qu'il attribue à l'obstacle que représente le pouvoir autoritaire "qui permettait seulement que toute chose venue de l'extérieur dépende d'une seule personne et de son entourage (toujours le sien)".
"C'est cet environnement politique étouffant du pouvoir autoritaire qui empêche l'existence d'un répondant politique à nos engagements émotionnels.
C'est cet environnement qui a fait de l'Union africaine une affaire de chefs d'Etat et qui explique qu'il est dit dans le préambule de la Charte de l'Organisation de l'union africaine (OUA) "Nous les chefs d'Etat et de gouvernement" et non "Nous les peuples africains".
A ses yeux, c'est cela qui a ramené l'OUA à ce que l'ancien président tanzanien Julius Nyerere a qualifié de "comité de dictateurs".
Ainsi, estime-t-il, "si l'Afrique doit s'unir, le porte-parole des différents éléments constitutifs politiques des panafricains devront obtenir leur pouvoir des populations.
Il est nécessaire que la plate-forme pour l'Union ait une base démocratique.
La leçon pouvant être retenue des trente dernières années est qu'il a été naïf de penser que les dictateurs africains pouvaient unir l'Afrique".
M.
Mkandawire en liste les raisons : "Premièrement, un certain nombre de ces dictateurs ont été la source des forces de déstabilisation et de division qui ont menacé l'intégration nationale.
Quelques-uns sont allés jusqu'à fomenter des conflits ethniques.
Deuxièmement, l'intégration régionale implique un abandon partiel de la souveraineté nationale".
"Habitués à exercer un pouvoir absolu sur les affaires de la nation, la notion d'une instance politique supérieure en Afrique était tout simplement inacceptable.
Les dictateurs, qui ont jusqu'à présent gouverné la région, avaient tendance à confondre la souveraineté nationale avec leur propre pouvoir et considéraient probablement toute réduction de la souveraineté nationale comme une attaque contre leur personne.
Ils avaient donc tendance à bloquer tout transfert d'autorité à une instance régionale supérieure", explique-t-il.
Et, ne devant finalement rendre de compte à personne pour les accords qu'ils avaient signés, vu le mépris pour le droit et l'impunité d'une administration autoritaire, ces accords n'avaient pas force de loi au niveau national ni régional", ajoute-t-il.
L'Union africaine étant née à un moment où la demande pour la démocratisation et la fin du pouvoir autoritaire a été plus forte, Thandika Mkandawire estime que la violation des droits de l'Homme ne saurait plus se justifier au nom des "droits collectifs".
Aussi l'auteur estime-t-il que : "la démocratisation au niveau régional peut être de bon augure pour l'intégration régionale, étant donné que les nouvelles démocraties prennent au sérieux le développement démocratique et considèrent l'intégration régionale comme un outil utile".
Aux yeux du chercheur malawite, les nouveaux régimes partagent un certain nombre de valeurs et sont donc disposés à accepter collectivement un pouvoir régional supérieur sur un certain nombre de questions.

06 octobre 2004 15:33:00




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