Taylor, Ben Ali et Mugabe nominés "Tyrans de la presse"

Dakar- Sénégal (PANA) -- Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York a classé trois chefs d'Etat africains parmi les dix dirigeants du monde considérés de nos jours, comme les pires ennemis de la presse.
A l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la Presse, le CPJ cite parmi les 10 pires "bourreaux" de la presse dans le monde les présidents Charles Taylor du Liberia, Robert Mugabe du Zimbabwe et Zine Al-Abidine Ben Ali de la Tunisie (qui figure sur cette liste pour la quatrième année consécutive).
Les autres sont l'Ayatollah Ali Khamenei d'Iran, le président Jiang Zemin de la Chine, le président Vladimir Poutine de la Russie, le dirigeant paramilitaire colombien, Carlos Castaٌo, et le président ukrainien, Leonid Kuchma.
Sont aussi présents sur cette liste, le président Fidel Castro, qualifié par le CPJ de "vétéran de la liste des ennemis de la presse sur laquelle il figure depuis sept ans" et le Premier ministre malaisien, Mahatir Mohamed (sur la liste depuis trois ans).
"Bien que trois des pires ennemis de la presse de l'année dernière (le leader rebelle sierra léonais Foday Sankoh, Alberto Fujimori du Pérou et Slobodan Milosevic de la Yougoslavie) aient été écartés du pouvoir l'année dernière, il n'y a pas eu de pénurie de candidats pour les remplacer", a noté la directrice exécutive du CPJ, Ann Cooper.
"Qu'il soit secret ou flagrant, l'objectif de chacun de ces leaders politiques est de s'accrocher au pouvoir politique en contrôlant l'information et en étouffant la critique", a estimé Mme Cooper.
Elle a ajouté qu'ils espèrent qu'en désignant nommément ces dix "tyrans" de la presse, ils pourront attirer l'attention de la communauté internationale sur eux pour les amener à changer de comportements".
Pour Charles Taylor du Liberia, le CPJ a fait remarquer que depuis qu'il était devenu président en 1997 de cette nation déchirée par une guerre civile, il a concentré tous ses efforts sur la répression de la presse indépendante.
"Il a emprisonné des journalistes connus pour leur franc- parler sur la base d'accusations fabriquées de toutes pièces, censuré certains organes de presse à volonté, et obligé d'autres à abandonner leurs activités par le biais d'audits sur les impôts abusifs", a affirmé le CPJ.
Le comité souligne que la populaire Star Radio avait effectivement été fermée en mars 2000.
"Depuis le mois d'août, au moins huit journalistes ont été emprisonnés au Liberia sur la base d'accusations d'espionnage sans fondement", indique-t-on.
"En septembre, M.
Taylor connu pour ses méthodes déconcertantes et sanglantes, a promis de devenir "féroce" avec la presse locale qui refuserait de se mettre au pas", ajoute-t- on.
Cette déclaration, a indiqué le CPJ, a amené plusieurs journaux à mettre immédiatement la clé sous le paillasson et leur personnel a fui massivement le pays.
En fustigeant le président du Zimbabwe, le CPJ a révélé que le gouvernement de Robert Mugabe "a lancé une guerre totale contre la presse indépendante, en utilisant des armes allant des procès à la violence physique".
Il a souligné que "depuis janvier 1999, deux journalistes locaux ont été torturés et deux correspondants étrangers ont été expulsés, alors que les services secrets filtrent les messages électroniques et les communications par Internet pour préserver la sécurité nationale".
Il a été aussi mentionné le cas de deux attentats à la bombe dirigés contre les locaux du journal indépendant "Daily News".
Le deuxième attentat avait suivi de près un appel du ministre de l'Information de Mugabe, à faire taire ce journal "une bonne fois pour toutes" L'organisation de défense de la presse a fait également remarquer que M.
Mugabe faisait un usage abusif des tribunaux pour poursuivre les journalistes indépendants pour diffamation.
En mettant encore une fois à l'index le président tunisien Zine Al-Abidine Ben Ali, le CPJ a indiqué que depuis plus d'une décennie, celui-ci a pratiquement soumis la presse locale à la censure et à l'intimidation musclée.
L'organisation a fait observer que dans ce pays, des journaux ont été fermés, des journalistes licenciés, ou se sont vus refuser des accréditations, ou encore sont sous surveillance policière et interdits de quitter le pays, alors que certains ont fait l'objet de violences physiques.
"A l'exception de quelques journalistes courageux, les méthodes totalitaires de l'Etat policier de M.
Ben Ali ont produit une des presses les plus censurées de la région, alors que sa machine à propagande rend des hommages incessants aux réalisations supposées du dictateur en matière de démocratie et de droits de l'homme", a affirmé le CPJ.

03 mai 2001 16:23:00




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