Stupéfaction en Libye après la décision de la BCL de réduire de 50% les transferts aux étudiants à l'étranger

Tripoli, Libye (PANA) - La décision du gouverneur de la Banque centrale de Libye (BCL), Seddick al-Kebir, visant à réduire de moitié le montant des transferts de fonds aux fins des études pour les étudiants établis à leur propre compte à l'étranger, a stupéfié à la fois les parents et les élèves.

Les étudiants libyens poursuivant leurs études universitaires à l'étranger à leur propre compte sont confrontés à d'énormes difficultés remontant à plusieurs dizaines d'années, à l'époque où les "Bureaux populaires" (ambassades- appellation des missions diplomatiques sous l'ère du régime de Kadhafi) leur imposaient une sorte de blocus administratif, les considérant comme représentant "l'opposition" expatriée.

Bien que les conditions de ces étudiants se soient améliorées qualitativement, en particulier sur le plan matériel entre 2012 et 2014, elles se sont détériorées de nouveau en 2015, vu qu'ils ont été surpris cette année en 2016  de la décision du gouverneur de la Banque centrale de Libye, qui fait parler de lui, surtout que la décision ventilée dans une circulaire à toutes les banques libyennes a plafonné le montant du transfert à 7.500 dollars au lieu de 15.000 l'an dernier, sans mentionner encore les lourdes procédures bureaucratiques.

La plupart des parents de ces étudiants ont exprimé le ressentiment à l'égard de la décision qu'ils considèrent comme injuste à l'égard de leurs enfants, qui ont été forcés en raison de l'effondrement de l'éducation dans le pays à la quête du savoir à l'étranger.

Saïd Mohamed Ali Ahmed, 59 ans père de deux étudiants à l'étranger, a confié: "j'ai vendu une partie de ma terre afin d'acquérir les liquidités nécessaires pour assurer la poursuite des études de mes enfants à l'étranger, mais la Banque centrale de la Libye nous a surpris cette année, avec cette décision irréaliste et illogique".

Révolté, M. Ahmed s'est interrogé "est-ce que Monsieur le gouverneur de la Banque centrale de la Libye estime que les frais d'études dans une université à l'étranger coûtent annuellement 7.500 dollars, alors qu'il a passé plusieurs années à travailler à l'étranger et s'est établi à Malte".

Les banques libyennes souffrent depuis le début de l'année 2016 d'une grave crise de liquidités, accompagnée d'un effondrement sans précédent du taux de change du dinar, qui a dépassé le seuil de 5 dinars par rapport au taux officiel par rapport au dollar, qui se situe entre 1,35 et 1,45 dinars.

L'effondrement du dinar par rapport au dollar a provoqué une hausse sans précédent des prix des denrées alimentaires, vu que le prix de quelques matières de base a dépassé, à l'instar de la farine, du riz, de l'huile, et du sucre, les 450% par rapport à l'année 2011.

Pour sa part, Ramadan Massoud El-Merghani, 61 ans, architecte, a indiqué: "j'ai lutté pendant plusieurs années au détriment de ma famille et son confort pour fournir à mon fils aîné une bonne éducation dans une certaine mesure, et je l'ai inscrit depuis ses études primaires à l'école connue sous le nom de  Tripoli College, où il a obtenu le certificat secondaire de l'école irlandaise avec une bonne mention. A partir de là, j'ai estimé nécessaire de continuer sur cette lancée pour assurer un bon enseignement universitaire pour  mon fils, surtout à la lumière de l'effondrement de l'institution d'enseignement supérieur dans le pays".

M. El-Merghani a ajouté que "la décision de Monsieur le gouverneur brisera tous nos rêves et perturbera la continuation des études de mon fils".

Il a ajouté que le coût annuel des études de l'université est d'environ 17.000 dollars, tandis que la banque a délimité dans sa nouvelle résolution  le plafond des transferts à 7.500 dollars, ce qui signifie qu'il va chercher 9,5 mille dollars sur le marché parallèle (noir), ce qui équivaut à 47,5 mille dinars au prix de cinq dinars pour un dollar.

Un montant pour lequel El-Merghani a exprimé son incapacité de le fournir au cours des trois prochaines années, même s'il vend sa maison et déménage pour vivre dans une cabane en zinc, selon son expression.

M. El-Merghani a rejoint ceux qui ont exhorté le gouverneur de la Banque centrale de Libye à se pencher avec "miséricorde" sur la situation de ces élèves et leurs parents, qui n'ont pas pu obtenir des bourses d'études de l'Etat à leurs enfants pour de nombreuses raisons, dont la plus importante est leur méconnaissance des circuits "du népotisme et du favoritisme".

De son côté, le directeur du Bureau d'information de la Banque centrale de Libye, Essam al-Aoul, a indiqué à la PANA, en réponse à ces critiques, que "la circulaire de la Banque centrale de la Libye sur le plafonnement des transferts à des fins des études personnelles à 7.500 dollars, est intervenue à cause de la situation financière du pays, en plus de l'interdiction de la communauté internationale empêchant l'entrée de devises étrangères en Libye en raison de la fracture politique dans le pays. De ce fait, la banque centrale est obligée de compter avec une crise financière réelle".

M. al-Aoul a ajouté que "la banque a mis en place un système de surveillance des devises des individus; il s'agit d'un système récent, à l'égard duquel les programmeurs ont fait face à un problème technique au début, ce qui a provoqué des retards dans certaines actions, mais après le traitement de ces problèmes, il est devenu facile pour le personnel des banques commerciales de l'utiliser rapidement".

"Actuellement, les opérations de mise en œuvre se font continuellement, avec la nécessité de préciser que le transfert de 7.500 spécifié dans la résolution, est consacré au numéro d'immatriculation nationale parce que le système traite le numéro national",  a indiqué le responsable du bureau d'information de la BCL, soulignant que le total des envois de fonds des études réalisé à partir de mars jusqu'à présent  est seulement de 4,4 millions de dollars.

Pour Saleh Omar Massoud, 62 ans, retraité de banque, "aucune des justifications invoquées par la Banque centrale de Libye ne peut amener à pardonner les restrictions que M. le gouverneur impose aux étudiants libyens poursuivant leurs études au détriment de leurs proches".

"Il existe aujourd'hui, selon les statistiques officielles, plus de 25.000 étudiants libyens poursuivant leurs études à la charge de l'Etat à l'étranger, et plus de la moitié de ce nombre, qui sont surtout enregistrés avec un doctorat, sont présents aujourd'hui en Libye, et perçoivent des bourses accordées à l'étranger", a-t-il souligné.

Par ailleurs, le directeur du Fonds libyen d'investissement, Abdelmajid Barrich, a déclaré dans une interview avec le journal al-Wassat dans une édition précédente que "les ressources de la Banque centrale de Libye sont minimes et pourraient ne pas suffire pour la même période de l'année prochaine".

M. Berrich  a indiqué que les ressources et les réserves de la Banque centrale de Libye ont atteint lors de la chute de l'ancien régime en 2011, entre 250 et 300 milliards de dollars, en plus des revenus de pétrole pour les années 2012 et 2013, dont le baril coûtait entre 100 et 105 dollars. Mais il a indiqué que durant les six dernières années, des quantités impressionnantes d'argent ont été dépensées à la folie sans impact sur le terrain, ni dans le domaine de la santé, ni au niveau des infrastructures, ou de l'électricité, les services publics, ou dans quelconque autre domaine.
-0-  PANA  AD/BY/TBM SOC  15août2016

15 août 2016 10:46:00




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