Sommet de Syrte : entre slogans et engagement politique

Syrte- Libye (PANA) -- Les chefs d'Etat africains ont été salués sur le chemin du Centre de conférences "Ouagadougou" de Syrte par des banderoles portant des messages et slogans supposés peser sur les conclusions du sommet de l'Union africaine (UA), qui s'est ouvert lundi pour une durée de deux jours.
Ces slogans vont de ceux qui condamnent la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA) à d'autres prévenant les pays développés que l'Afrique n'est plus leur arrière-cour.
D'autres banderoles préconisent la liberté de circulation et de mouvement pour les personnes et les biens ainsi que la mise en service d'un passeport africain unique.
Les slogans appelant à l'abolition des frontières et de l'Etat national rejettent la balkanisation du continent sous prétexte d'aide et fait également un lien entre l'avenir de l'Afrique et l'émergence des Etats-Unis d'Afrique sur la base de la proposition du leader libyen, Mouammar Kadhafi, qui plaide pour la création de ministères continentaux dans quatre secteurs cruciaux (Affaires étrangères, Défense, Commerce, Communications et Transport).
Cette proposition est considérée comme un défi majeur que le guide libyen a identifié et que l'Union naissante devrait relever pour marquer son degré de maturité et d'engagement politique.
L'épreuve s'avère particulièrement nécessaire au regard du flux relativement faible des ressources vers les coffres de l'UA.
Les Etats membres doivent à l'organisation continentale 88 millions de dollars environ, même si une partie des arriérés de contribution relève de l'héritage de la défunte Organisation de l'unité africaine (OUA).
Cependant dans la réalité, seuls 12 des 53 Etats membres sont à jour de leurs contributions à l'UA.
Par ailleurs les débats sur la réforme des Nations unies, un point sensible de l'ordre du jour de la session du Conseil exécutif de l'UA, a pris un temps considérable, sept prétendants ayant fait connaître leur intention de briguer les deux sièges permanents que l'Afrique envisage d'obtenir au sein du Conseil de sécurité.
Malgré les travaux de la Haute commission spéciale sur la définition des critères et d'autres détails y afférents, le rapport de cette instance n'a pas été très utile pour rapprocher les positions relativement tranchées.
Selon le compromis adopté sur cette question qui soulève les passions, aucun pays africain ne devrait déposer directement ou de manière unilatérale sa candidature à l'un des postes prévus au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.
Pour un diplomate africain chevronné, ces acteurs qui se disputent les sièges des Nations unies ressemblent à "des villageois qui se querellent autour de quartiers de viande auxquels ils prétendraient alors que le mouton n'est même pas encore en vue".
Selon des sources proches de la délégation sénégalaise, la proposition faite par le président Abdoulaye Wade portant sur des sources de financement de rechange pour l'Union africaine rencontre des difficultés d'ordre technique, étant donné que l'une des options retenues privilégie les taxes sur les importations perçues au niveau national, mais elle évite la contradiction avec les dispositions du règlement intérieur de l'OMC relatives à la fixation d'un plafond de taxation sur les biens importés.
Cela veut donc dire que cette option reste ouverte.
Il semble qu'un consensus ait été trouvé sur le ratio de financement du budget annuel de l'UA par les cinq principaux contributeurs, à savoir l'Algérie, l'Egypte, la Libye, le Nigeria et l'Afrique du Sud.
Ces cinq pays verseront 65% du budget annuel de l'UA, la Libye supportant à elle seule 15% tandis que les autres verseront chacun 13%.
Pour certains observateurs, cette proposition s'écarte totalement de la démarche suivie par l'OUA qui a appliqué, pendant plus de 38 ans, un système d'évaluation des contributions fondé sur la zone, l'importance démographique et le produit intérieur brut (PIB) des Etats membres.
De l'avis des analystes, cette méthode, qui légitime pour la première fois dans la politique africaine le concept de "super puissances", pourrait avoir des répercussions négatives.
Même s'il existait auparavant, il n'a jamais été mis en avant pour maintenir l'application du principe du "droit égal et des obligations égales" entre pays membres, a encore noté un analyste.
Mais comme le dit encore un observateur, "l'UA ne peut plus se permettre de continuer à demeurer otage des principes et modèles de la défunte OUA".
La nouvelle proposition pourrait être la seule voie susceptible de permettre à l'UA d'obtenir les ressources nécessaires à son financement et à sa promotion.
Les finances ont toujours constitué le point faible de l'Union africaine depuis sa création, il y a trois ans, et il convient de ne pas donner raison aux critiques qui estiment que le déficit de ressources constitue le principal échec de l'organisation.
Néanmoins, mis à part le problème des finances, la question qui se pose est la suivante: "le cinquième sommet de l'UA, qui se tient à Syrte, va-t-il renoncer à l'ère des slogans pour initier des actions qui réussiront à convaincre les Africains ordinaires que l'OUA a été définitivement enterrée en juillet 2002 à Durban ?"

04 juillet 2005 17:04:00




xhtml CSS