Abidjan- Côte d'Ivoire (PANA) -- Le conflit foncier qui a opposé, lundi dernier, autochtones guérés (ethnie de l'ouest de la Côte d'Ivoire) et exploitants agricoles burkinabé, dans le village de Goya, situé dans le département de Guiglo, a finalement fait six morts (3 burkinabe, 2 guérés et 1 gendarme) et 16 blessés dont 2 gendarmes et 3 militaires.
L'affaire a également provoqué la disparition d'une trentaine d'autochtones guérés dont les parents étaient encore sans nouvelles 48 heures après les affrontements qui ont été finalement circonscrits par des renforts de troupes (gendarmes et militaires) dépêchés de Guiglo, le chef-lieu du département du même nom.
Dans le cadre de ses investigations, la gendarmerie a procédé à l'interpellation de vingt autochtones guérés qui ont tous été déférés au parquet de Man, le chef-lieu de région.
Plusieurs armes ont été saisies dont cinq fusils calibre 12 et de nombreuses machettes.
Pour calmer les esprits, les autorités administratives ont décrété depuis mardi, un couvre-feu dans toute la zone.
De nouveaux renforts de troupes sont arrivés mercredi de Man (à environ une soixantaine de km du lieu des incidents) en vue de prévenir tout nouveau débordement.
Le drame est survenu à la suite d'une banale affaire de location de terre dans cette localité à environ 500 km à l'Ouest d'Abidjan.
Le frère d'un propriétaire qui s'estimait lésé par le contrat liant son aîné à un exploitant agricole burkinabe, a voulu forcer ce dernier à partir en usant d'une arme à feu.
Accompagné de l'ambassadeur du Burkina Faso en Côte d'Ivoire, le ministre d'Etat ivoirien chargé de l'Intérieur et de la Décentralisation Me Emile Boga Doudou se rendra, vendredi, en mission d'apaisement et de conciliation dans la région où prévaut un calme précaire.
Le conflit foncier de Goya est le dernier en date d'une longue série d'incidents liés au problème de la terre entre d'une part, autochtones et étrangers (exploitants agricoles burkinabe surtout) et, d'autre part, autochtones et allogènes ivoiriens (conflits guérés/Baoulés ou Bétés/baoulés).
Les conflits fonciers se sont singulièrement multipliés ces dernières années, précisément à la faveur du développement du concept de "l'ivoirité" qui aura considérablement accentué tous les clivages d'ordre ethnique, tribal, régional et même confessionnel.
C'est le second conflit d'importance après les affrontements sanglants de septembre 1999 dans la région de Tabou (toujours dans l'ouest du pays) qui avaient vu les autochtones kroumen s'opposer aux allogènes burkinabe dont plus de 20.
000 avaient dû regagner en catastrophe leur pays.