Rumeurs et préjugés handicapent les avancées de la Planification familiale au Bénin

Dakar, Sénégal (PANA) – A trois ans de l’échéance (2015) des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), les chances d’atteindre ces objectifs, notamment ceux relatifs à la santé de la sexualité et de la reproduction (SSR), sont minces, particulièrement en Afrique au sud du Sahara.

Le cri d’alarme poussé par les autorités de l’Association béninoise de Promotion de la Famille (ABPF), lors d’un entretien avec des journalistes, le 22 mai dernier à Cotonou, se justifie au regard des études qui enregistrent une baisse significative de la prévalence contraceptive, passant de 7,2 à 6,2%, voire à 3% dans certaines régions, alors que le gouvernement béninois, dans sa Déclaration de Politique en matière de population, prévoyait, depuis 1996, une évolution de cette prévalence de 3 à 40% à l’horizon 2015.

Pourtant l’ABPF, en déployant sur le territoire béninois, avec l’appui d’organismes partenaires parmi lesquels l’ International Planned Parenthood Federation (IPPF) dont elle est membre, six cliniques régionales de référence, six autres centres socio-éducatifs pour adolescents et jeunes, ainsi que cinq zones de services à base communautaire, entendait « rapprocher ses services des populations où qu’elles se trouvent ».

Mais elle se rend à l’évidence que certains comportements « à risques » ont la vie dure, principalement lorsqu’ils sont  conditionnés par les us et coutumes du milieu naturel, les croyances religieuses et … les rumeurs qui finissent toujours, de bouches à oreilles, par installer leurs préjugés sous les manteaux, là où l’information vérifiable fait défaut.

C’est ainsi qu’à Porto-Novo, capitale politique du Bénin, le médecin de l’ABPF, lors d’une tournée dans l’une des cliniques de référence, aura eu tous les maux du monde pour convaincre une jeune dame des fausses évidences que prête la rumeur au stérilet, une des méthodes féminines de contraception parmi les plus sûres.

« Une amie m’a confirmé que le stérilet empêche la menstruation, que l’implant, de son côté, rend stérile… », récite Anastasie, en pointant du doigt une autre dame assise à côté d’elle. Mais lorsque cette dernière est interrogée sur les réelles manifestations de ces effets secondaires dont il est question, elle cite à son tour une autre amie qui aurait été la source de l’information.

Quoique convaincue des avantages que pourrait procurer la contraception à son besoin de se donner le temps de « souffler » après trois accouchements et de « consolider ses activités commerciales », source de revenus et de subsistance pour ses progénitures, Anastasie demeure indécise sur le choix de la méthode contraceptive la plus appropriée, celle, selon elle, qui pourrait tromper la vigilance de son époux.

Car le tout n’est pas d’adopter la contraception, le plus important pour elle, c'est surtout d’éviter de mettre le conjoint dans le secret. « C’est inutile de chercher à le convaincre, je le connais », réplique-t-elle à l’idée d’en parler avec son époux, promettant de revenir à la clinique après mûre  réflexion sur le choix à opérer.

Entre-temps, le risque d’une grossesse non désirée ne saurait être écarté, d’autant plus que le mari, nullement réceptif à toute velléité de planification familiale et de surcroît peu responsable, selon Anastasie,  de la charge que représentent ses enfants, réunit à lui seul tous les facteurs constituant le terreau fertile à cette croyance surannée selon laquelle la femme devrait accoucher autant d’enfants que sa fécondité pourrait autoriser.

Pour cette croyance traditionnelle encore vivace, la femme porterait en permanence en son sein un nombre déterminé d’ovules qui, non fécondées, pourraient nuire à sa santé. Et tout couple qui aurait décidé de limiter ou d’espacer considérablement les naissances, s’expose à l’acerbe critique d’avoir « abandonné des enfants dans le ventre de la femme ».

Face à l’obstination de ces croyances traditionnelles, au blocage que constitue le conjoint et à l’emprise persistante des rumeurs sur les comportements vis-à-vis de la Planification familiale qui, du reste, compte de plus en plus de besoins non satisfaits, l’ABPF a décidé d’adopter la stratégie d’investissement des terrains favorables à la circulation des rumeurs, en sensibilisant les conducteurs de taxi-moto (Zémidjans, en langue locale), un moyen de transport si populaire au Bénin qu’il a indubitablement détrôné les voitures-taxi dans la circulation urbaine.

Il s’agit, pour l’ABPF, de former ces conducteurs aux messages forts de la Planification familiale, avec l’espoir que, dans leur contact quotidien avec la population, ils pourront infléchir les comportements assujettis aux préjugés et servir de relais aux équipes de sensibilisation de l’ABPF.

Certes, une façon originale de noyauter les réseaux de diffusion de « Dame  Rumeur », mais qui gagnerait à s’assurer que ces vecteurs de l’information soient eux-mêmes, non seulement édifiés, mais convaincus des meilleurs pratiques de la Planification familiale qu’ils sont appelés à promouvoir.

La séance de sensibilisation, organisée le 24 mai à la Maison des Jeunes du quartier Agla de Cotonou, s’inscrivait dans le cadre de l’ambitieux programme dénommé « Dialogue social et Persuasion des conducteurs de taxi-moto sur les enjeux et les avantages de la Planification familiale au Bénin et dans le monde ».

Environ 150 conducteurs ont abandonné leurs activités pour répondre à l’appel de l’ABPF, donnant ainsi la preuve que le sujet est tout aussi important que le manque à gagner occasionné dans leurs recettes du jour  par cette séance matinale qui s’est terminée à environ 15h 00.

L’échange entre les agents de sensibilisation de l’ABPF et les conducteurs de taxi-moto a été qualifié de fructueux, d’un côté comme de l’autre. Visiblement, les conducteurs ne se sont pas contentés d’écouter, certains sollicitant des éclaircissements en rapport avec les préjugés véhiculés par les rumeurs, d’autres, relativement mieux informés, n’hésitant pas à verser leurs expériences au titre des contributions en faveur des meilleures pratiques dans le domaine.

Mais l’ABPF, en réalité, aurait besoin de diversifier ses stratégies de sensibilisation, afin de garantir un minimum d’adéquation entre ce qui s’apprend en séances de sensibilisation et le comportement qu’il induit dans le foyer conjugal du conducteur, aussi bien que ce que ce dernier transmet au monde de son milieu professionnel.

Car s’il est prévisible que, hors des séances de sensibilisation, certains apprenants tiennent encore un langage diamétralement opposé à ce qu’ils venaient d’apprendre, l’une des stratégies de coercition pourrait consister à leur demander de se faire accompagner de leurs épouses, pour briser cette glace derrière laquelle se réfugie l’homme, lorsqu’il est question de discuter de Planification familiale en couple.

L’autre garantie reviendrait à emboîter le pas à d’autres organismes de la place qui, convaincus eux aussi du rôle de vecteurs que pourraient jouer les Zémidjans, utilisent leurs uniformes de travail en guise de supports publicitaires.

Aussi, l’idée d’un spot en faveur de la Planification familiale, inscrit sur un brassard que porteraient ces conducteurs, ferait-elle la différence, en même temps qu’elle éviterait à ces derniers d’avoir la tentation de tenir à leurs passagers un langage contradictoire au spot qu’ils arboreraient fièrement.

Car il ne suffit plus de chasser le naturel chez les individus aux comportements à risques, sous peine de voir ce naturel, non seulement revenir au galop, mais surtout enfourcher cette fois-ci, aussi bien le Zémidjan que le passager dont il est supposé changer le comportement.
-0- PANA SSB/IBA  03juin2012

03 june 2012 12:28:10




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