Réouverture de la radio de la Chambre fédérale de commerce du Burundi

Bujumbura, Burundi (PANA) - Le secrétaire général de la Chambre fédérale de commerce et d’industrie du Burundi (Cfcib), Denis Nshimirimana, s’est félicité, mercredi, de la levée de la sanction de fermeture qui pesait, depuis trois mois, sur Radio « Ccib Fm+ » pour un éditorial jugé "contraire à l'éthique professionnelle et à la loi sur la presse » par le Conseil national de la communication (Cnc, organe public de régulation des médias).

Le Cnc venait à peine de décider encore la suspension de la radio communautaire pour jeunes « Ntumbero » (Orientation, en langue nationale, le Kirundi) et d’accorder, d’un autre côté, une autorisation d'exploitation à une nouvelle chaîne de télévision "Buntu-Ijwi ry'impfuvyi n'abapfakazi » (Dignité-Voix des orphelins et des veuves), pour le compte de l’association sans but lucratif « Ubuntu », dirigée par la Première Dame du Burundi, Mme Denise Nkurunziza.

Fondée en 1995, Ccib Fm+ passe pour l’une des premières radios communautaires du Burundi qui revendique un audimat estimé à 4,5 millions d’auditeurs des programmes orientés vers l’autonomisation des entrepreneurs locaux et en particulier les jeunes afin de les encourager à créer leurs propres affaires.

L'éditorial du 18 septembre dernier, qui lui a valu les déboires, fustigeait crument l’indifférence supposée du pouvoir burundais au lendemain d’un massacre de 36 réfugiés burundais sur le sol de la République démocratique du Congo voisin, dans des circonstances non encore élucidées.

Le même éditorial évoquait encore l'absence d'enquêtes sérieuses sur les cadavres qui sont fréquemment retrouvés dans les rues de Bujumbura, la capitale burundais, et à l’intérieur du pays.

Le Burundi tente difficilement de tourner la page de la crise sociopolitique et des droits de l’homme autour des élections controversées et émaillées de violences de 2015.

Les contacts entre le Conseil national de la communication et la Chambre fédérale de commerce et d’industrie ont néanmoins continué, malgré la fermeture de la radio.

Début octobre dernier, le secrétaire général de la Cfcib a présenté formellement des excuses auprès de l’organe étatique de régulation des médias, réitérant en même temps l’engagement de son institution à faire respecter le prescrit de la loi sur la presse ainsi que le strict respect de la ligne éditoriale de la Ccib Fm+.

La Chambre fédérale de commerce et d’industrie a encore sacrifié le directeur et rédacteur en chef de la radio, Eddy-Claude Nininahazwe, en exil à l’étranger depuis son limogeage sans préavis.

D’autres médias audio-visuels privés indépendants ont perdu l’espoir de réémettre un jour proche pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat », toujours à l’ombre de la crise électorale de 2015.

Il s’agit, principalement, de Radio publique africaine, Radio Bonesha, Radio Renaissance et de Télévision Renaissance dont les licences d’exploitation ont été révoquées définitivement le 28 septembre dernier, officiellement pour n’avoir pas honoré leur cahier de charges et pour n’avoir pas réglé leurs dossiers judiciaires dans les délais impartis par le Cnc.

Dix autres radios et télévisions communautaires à peine naissantes ont été frappées de la même mesure de retrait de l’autorisation d’exploitation "pour n’avoir pas démarré leurs activités selon les textes en vigueur".

Les trois plus anciennes radios ainsi que Télé-Renaissance n’avaient cependant grand-chose à perdre pour avoir fait l'objet d'incendies dans la foulée de la tentative de putsch militaire manqué, au plus fort de la crise de 2015.

Les journalistes de ces radios continuent néanmoins de couvrir l'actualité du Burundi depuis leur exil à l’étranger, essentiellement via des sites internet ou des chaînes « YouTube ».

Depuis l’avènement du pluralisme politique, dans les années 1990, ces médias incarnaient la « Voix des sans voix », dont c’était la devise de la plus écoutée d’entre elles, Radio publique africaine (Rpa).

Les médias de la presse écrite qui ne respectent pas l’obligation de dépôt légal, administratif et judiciaire devaient faire l’objet, à leur tour, de "mesures administratives appropriées », à partir du 1er octobre dernier.

Il s’agit d’un parcours de combattant, ces différents dépôts « à effectuer simultanément avec la diffusion » auprès des services des archives nationales, aux cabinets des ministres de la Communication et de l’Intérieur, au parquet de la République près le tribunal de grande instance où se trouve le siège de l’organe de presse et auprès des gouverneurs de provinces.

C’est dans cet environnement médiatique lourd que le Conseil national de la communication vient de voir ses prérogatives renforcées et étendues à des domaines nouveaux.

Le 30 novembre dernier, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi organique qui renforce les missions du Cnc, notamment, le contrôle des contenus en ligne, de la publicité, du cinéma ou encore la prérogative exclusive d’octroi et de retrait de la carte professionnelle de presse.

Le Cnc s’est invité dans les pourparlers inter-burundais de paix en cours depuis bientôt deux semaines à Arusha, en Tanzanie.

« Le Conseil National de la Communication (Cnc) doit s'interdire de toute interférence dans la couverture médiatique des processus électoraux », proposent les partis et acteurs politiques de l'opposition sur le « règlement pacifique » de la crise actuelle au Burundi.

Les mêmes acteurs négocient « l’arrêt immédiat de toute forme de persécutions des leaders politiques, des opposants, des jeunes suspectés d'appartenir à des partis politiques de l'opposition, à des organisations de la société civile et des médias, ainsi qu'aux membres des corps de défense et de sécurité gratuitement suspectés de sympathie envers l'opposition ».

L’un des engagements de principe du Gouvernement et ses alliés, à la session d’Arusha, est de "garantir l’espace politico-médiatique pour toutes les parties prenantes » aux prochaines élections de 2020.
-0- PANA FB/BEH 06déc2017

06 décembre 2017 16:45:06




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