Rencontre à Paris sur la crise libyenne, vers l'adoption d'une nouvelle feuille de route

Tripoli, Libye (PANA) - Le président français Emmanuel Macron a lancé une nouvelle initiative convoquant une rencontre sur la Libye, le mardi 29 mai, destinée à faire adopter par les principaux protagonistes libyens une feuille de route menant à une sortie de crise sanctionnée par des élections générales, afin de doter le pays d'institutions permanentes, l'initiative de l'ONU s'étant engagée dans une impasse.

Contrairement à la rencontre de juillet 2017 qui a regroupé les deux principales parties prenantes libyennes, le président du Conseil présidentiel, Fayez al-Sarraj et le chef de l'armée nationale libyenne basée à l'est, le maréchal Khalifa Haftar, la réunion de mardi est plus élargie.

Les parties libyennes, qui participeront à la réunion et ayant reçu une invitation, sont le président du Parlement, Aguila Saleh, le président du Conseil présidentiel Fayez al-Sarraj, le chef de l'armée, le maréchal Khalifa Haftar et le président du Haut Conseil d'Etat, Khalid al-Mashri.

L'Elysée a également invité à la réunion de mardi, les représentants des 19 pays impliqués dans le dossier libyen, à savoir:  les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, l'Italie et les pays voisins de la Libye: l'Egypte, la Tunisie, le Tchad et les puissances régionales: les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Koweït, la Turquie, l'Algérie et le Maroc.

Participeront également à cette rencontre, le président congolais Denis Sassou-Nguesso, président de la Commission de l'Union africaine de haut niveau sur la Libye et l'Envoyé de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé.

La France présentera au cours de la réunion une initiative portant sur l'organisation d'élections générales en Libye avant la fin de 2018, conformément au Plan d'action de l'Envoyé des Nations unies, Ghassan Salamé et en coordination avec le gouvernement d'union nationale et la Haute Commission électorale pour les élections, ainsi que sur la préparation et la mise en œuvre de la législation nécessaire à la conduite des élections et des lois avant la fin de 2018.

L'initiative stipule que les forces de sécurité libyennes assurent en coopération avec les Nations unies, l'Union africaine, la Ligue des Etats arabes et l'Union européenne la préparation des élections et le processus de vote et avec un suivi international intensif.

L'initiative comprend l'imposition de sanctions internationales contre toute tentative de perturber le processus électoral et l'engagement de soutenir l'unification de l'institution militaire dans les pourparlers du Caire, en insistant sur la subordination des forces armées libyennes à l'autorité civile élue, ainsi que le travail sur la préparation des élections en Libye.

La feuille de route, qui sera élaborée, exhorte les autorités libyennes à œuvrer avec l'aide de la communauté internationale à fournir de meilleurs services pour le citoyen libyen, le plein respect de toutes les dispositions de cet accord et le respect des résultats des prochaines élections en Libye.

Dans le cadre de l'initiative, la communauté internationale veillera à ce que tous les dirigeants libyens assument leurs responsabilités, leurs engagements et obligations; et toute violation par quelconque partie entraînera des sanctions internationales.

L'accent a été mis dans l'initiative sur la confiance de la communauté internationale dans la liste des institutions libyennes actuelles, notamment le Conseil présidentiel du gouvernement de réconciliation,  la Chambre des représentants, le Haut Conseil d'Etat et l'armée libyenne et la participation à un dialogue national inclusif à l'intérieur ou en dehors de la Libye pour suivre la mise en œuvre de cet accord dans les trois mois suivant sa signature.

Les avis des Libyens se son partagés à l'égard de cette initiative. Certains la trouvent judicieuse et représentant un espoir de parvenir à une solution consensuelle, alors que d'autres estiment qu'elle est vouée à l'échec et ne mènera à aucune sortie de crise.

Le membre de la Chambre des représentants, Saleh Afheima, prédit l'échec de l'initiative française organisée à Paris le 29 de ce mois en raison de la marginalisation de certains pays acteurs-clef sur la scène politique libyenne et qui concurrencent la France en Libye comme l'Italie, à titre d'exemple.

Dans un post sur sa page Facebook, il a ajouté que l'initiative n'a pas apporté de nouveauté, mais a pris certaines des revendications et les a placées sous la forme de points d'une initiative, à l'instar du point sur l'unification de l'armée qui représente une exigence de tous les Libyens, ainsi que les militaires eux-mêmes, qui sont en négociations en Egypte afin de le réaliser.

Il a indiqué aussi que l'organisation des élections et le référendum sur la Constitution constituent aussi une demande de tous les Libyens qui cherchent depuis un certain temps à appliquer un mécanisme.

Pour sa part, l'ancien représentant de la Libye aux Nations unies, Ibrahim al-Dabbachi, décrit l'initiative française prévue mardi à Paris comme "une occasion en or pour toutes les parties libyennes afin de confirmer leur sens de la responsabilité et la volonté de faire des concessions pour parvenir à un consensus remettant en scelle le processus politique et son dynamisme pour sortir le pays de la crise".

Dans un post sur sa page Facebook, M. al-Dabbachi s'est demandé si "la France réussira à libérer le dossier libyen de la prise de la Grande-Bretagne et de l'Italie?", ajoutant qu'il semble que "la France a finalement réalisé la gravité d'encourager la procrastination et la durabilité du chaos poursuivi par la Grande-Bretagne et l'Italie dans leurs politiques en Libye, au détriment de ses intérêts sur le continent africain".

De son côté, le membre du Haut Conseil d'Etat, Mohamed Maazab, a révélé les points de désaccord et de consensus sur l'initiative française organisée par Paris mardi prochain.

Selon lui, bien que la France n'ait pas annoncé officiellement les termes et les détails de l'initiative, des indices indiquent que certains éléments seront controversés et d'autres feront l'objet d'un consensus, à l'instar de la conduite des élections qui fera ressortir les divergences, en particulier en ce qui concerne la tenue d'élections sur une base constitutionnelle ou légale, ce qui implique qu'elles seront organisées après le référendum sur la Constitution après la promulgation de la loi à ce sujet.

Il a souligné que les points de consensus concerneront l'unification des institutions militaires et civiles et la question de l'amendement de l'Accord politique et la réduction de la composition du Conseil présidentiel de 9 à 3 membres, d'autant plus que les parties libyennes ont tenu de nombreuses réunions à cet égard lors de la période écoulée et sont presque d'accord sur la question.

En tout cas, cette initiative ne fait pas que des heureux, notamment en Italie qui se sent visée et ses intérêts en Libye menacés.

Dimanche, des journaux italiens cités par la télévision libyenne, ont accusé le président français Emmanuel Macron de tenter de frapper les intérêts italiens en Libye, en particulier sur les champs pétroliers et gaziers.

Pour sa part, l'ambassadeur d'Italie en Libye, Giuseppe Perrone, a mis en garde dimanche, contre les divisions et initiatives hâtives qui contribueront au retour des bateaux de la mort, en allusion à l'initiative française pour résoudre la crise libyenne.

Le diplomate italien a plaidé en faveur du maintien "du plan de travail de l'Envoyé de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, qui est une feuille de route qui doit être poursuivie", ajoutant que: "la Constitution, la loi électorale, la sécurité et la réconciliation viennent en prélude aux élections qui doivent avoir lieu le plus tôt en Libye".
-0- PANA BY/TBM/IBA  27mai2018

27 mai 2018 20:38:47




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