Réactions diverses à l'annonce de la séparation du Sud-Soudan

Khartoum, Soudan (PANA)   - Les Soudanais ont réagi diversement à l'annonce que leur pays ne serait plus le plus grand d'Afrique et du monde arabe avec la sécession du Sud-Soudan décidée par référendum le 15 janvier dernier.

Pour la plupart des Soudanais, la nouvelle que leur pays a perdu un tiers de sa superficie et que le Sud a fait sécession n'a pas été une véritable surprise, "comme à un diabétique à qui l'on annonce qu'on lui a coupé une jambe pour lui sauver la vie; c'est une mauvaise nouvelle mais pas étonnante".

La situation a été saisie par les quotidiens soudanais ce lundi qui ont montré la photo d'une femme en pleurant à l'annonce de la nouvelle.

"Une page a été fermée, une autre s'ouvre. Il n'y a pas de larmes, ni de jubilation. Une époque à pris fin et même si l'on se sent triste, notre consolation est de voir que le processus référendaire s'est bien déroulé et que la séparation s'est faite en douceur", a écrit le rédacteur en chef d'un quotidien pro-sud-soudanais, Fayez Al-Silaik.

En première page du quotidien "Hurrah" (liberté en arabe), sont publiées des photos de sudistes déconcertés et de nordistes contemplant le vide devant eux. Seule une femme emportée par l'émotion pleure.

C'est un trait typiquement soudanais de cacher ses émotions en période de stress et de surprise. La réaction est simple - ne pas montrer d'émotion du tout.

"La séparation existait de fait, mais maintenant elle est de droit. Ce qu'il faut retenir désormais est que les gens vont rester liés les uns aux autres, l'intimité des relations va rester", a déclaré Martin Lado, un étudiant de l'université Two Niles de Khartoum.

Un autre étudiant de cette même université, Basioni Francis, a pour sa part déclaré: "les politiciens doivent se démarquer des relations sociales entre les populations du Nord et du Sud... mais une chose est sûre - la déclaration de sécession n'annulera pas les liens entre le Nord et le Sud".

"Le Soudan a perdu un tiers de sa taille aujourd'hui", a écrit le quotidien indépendant, "Al Tayar", qui  a rapporté la nouvelle sans émotion, en s'en tenant strictement aux faits.

Cependant, le quotidien indépendant séparatiste, "Al Intibaha", ne s'est pas seulement félicité de la sécession mais l'a même célébrée.

Dans un article sur trois pages, le quotidien a publié des photographies de militants séparatistes faisant le V de la victoire et d'autres sacrifiant un boeuf pour fêter la nouvelle.

"Le Sud se détache de la carte du Soudan", a-t-il titré en première page tout en montrant deux femmes du Sud poussant des youyous et jubilant à l'annonce de la nouvelle.

"Nous nous réjouissons le plus de cette nouvelle et de la réaction du gouvernement fédéral. L'histoire de ce pays va désormais dans la bonne direction", a écrit le rédacteur en chef de ce quotidien, Al Sadiq al Rizaigi.

Ces réactions mitigées ont cependant été occultées par l'acclamation internationale. Les diverses agences de l'ONU au Soudan et à l'étranger se félicitant de la nouvelle donne.

"Ce moment est un hommage aux dirigeants du Nord et du Sud-Soudan qui ont rendu possible un processus crédible et pacifique. Je me félicite particulièrement de la réaction positive du gouvernement de Khartoum et de sa déclaration claire sur le fait qu'il va respecter la volonté du Sud de se séparer du Nord et de fonder une nation indépendante", dit ainsi un communiqué du Premier ministre britannique, David Cameron, sur les résultats définitifs du référendum.

Un communiqué similaire a été publié par les Etats-Unis. La Maison-Blanche exprimant son intention de reconnaître pleinement le nouvel état du Sud-Soudan et en même temps de récompenser le Nord pour l'avoir laissé partir.

Ce communiqué a cité le président Obama, qui a promis que son pays continuerait à soutenir les aspirations de tous les Soudanais - du Nord et du Sud, de l'Est et de l'Ouest.

"Nous allons oeuvrer avec les gouvernements du Soudan et du Sud-Soudan à une transition en douceur et pacifique vers l'indépendance. Pour ceux qui vont remplir toutes leurs obligations, il y a une promesse de plus grande prospérité et de relations normales avec les Etats-Unis, y compris d'examiner la désignation du Soudan comme un Etat Sponsor du Terrorisme.

"Même si le parcours qui reste sera difficile, ceux qui aspirent à un avenir de dignité et de paix peuvent être assurés que les Etats-Unis seront un partenaire régulier et un ami", a ajouté le communiqué de la Maison-Blanche.

Les autorités soudanaises se sont montrées sceptiques sur ces promesses.

Le premier vice-président du Soudan et président du Sud-Soudan, Salva Kiir, a déclaré au Nord que les relations existaient toujours.

"Les Britanniques sont partis du Sud en ne faisant rien pour le développer. Vous êtes vous-mêmes venus dans le Sud sans rien faire pour le développer. Maintenant, ne pensez pas qu'avec cette déclaration de séparation, nous n'allons pas revenir vers vous pour solliciter votre aide. Je reviendrai vers vous", a déclaré M. Kiir, tirant une ombre de sourire aux visages défaits qui ont accueilli la nouvelle au Conseil des ministres, lundi.

-0- PANA MO/VAO/FJG/TBM/IBA 08févr2011


08 février 2011 17:05:03




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