Qu'est devenu l'élégant Papa Camara du Sily National de Guinée ?

Conakry- Guinée (PANA) -- L'élégant milieu offensif de la grande équipe du Hafia Football Club de Conakry et du Sily National des années soixante dix, Papa Camara, est plus ou moins tombé dans l'anonymat dans son pays, où peu de personnes le reconnaissent lorsqu'il arpente les rues de Conakry.
"Quelle classe! Quel joueur intelligent! Ceux qui n'ont pas vu Papa jouer ont commis, malgré eux, un crime de lèse-majesté", répète encore l'un des reporters fétiches de la Voix de la Révolution, Pathé Diallo, qui a sillonné la majorité des stades africains avec ces joueurs.
Ses deux défunts confrères, Boubacar Kanté et Kabiné Kouyaté, n'alignaient que des superlatifs pour "ces dieux africains du ballon rond" que ne connaissent point les jeunes d'aujourd'hui, nés au moment où leur cote était au zénith.
Papa, qui garde encore à l'esprit les harangues de ces reporters, affirme ne point être troublé par la méconnaissance des jeunes d'aujourd'hui.
"Pourquoi chercher à vivre ses années terroir? Je comprends ces jeunes qui ne connaissent rien de ma génération.
Ils n'ont même pas vu de films sur nous", dit-il, l'air boudeur.
Pathé Diallo évoque encore le magnifique but victorieux inscrit par Papa Camara en finale retour de la Coupe des clubs champions d'Afrique à Conakry, en 1977, contre le Hearts of Oak d'Accra.
Camara et ses coéquipiers, qui menaient 2-0 dans un Stade du 28- Septembre surchauffé, croyaient que la cause était entendue.
C'était mal connaître la grande classe du puissant Adolphe Armah, un autre monument du football africain, et ses camarades qui arrivent à mettre les pendules à l'heure.
"Le silence de mort dans le stade, raconte Papa, nous a galvanisés".
L'homme, qui savait user de la résistance et de la charge conjuguées de ses gardes du corps, retrace le film de son départ en trombe depuis la ligne médiane, puis le une-deux avec Mory Condé qui place la balle sur son pied gauche aux abords des 18 mètres.
Les yeux fermés, il catapulte la balle, les filets tremblent.
Le Stade s'enflamme après ce troisième but.
Selon Pathé Diallo, Camara était un attaquant complet.
Adroit des deux pieds, ses tirs canon faisaient peur.
Droitier, mais excellent tireur du gauche, il explique avoir été encouragé à 13 ans par un missionnaire européen, le Père Lecor, qui le voyait jouer dans la cour de la Cathédrale avec son ami Abraham Bangoura tous les samedis.
Le Père l'encouragea à taper le ballon des deux pieds.
Ses tirs puissants, ses dribbles, son agressivité dans les duels et sa présence athlétique lui ont permis d'enrichir son registre de talentueux joueur africain, par ailleurs capitaine du Hafia et du Sily.
La devise de sa bande au Hafia et au Sily, les mêmes acteurs qui se retrouvaient en dehors de la pelouse, reposait sur un jeu pensé et une solidarité de souche.
"Dans chaque compartiment, nous avions des joueurs très doués.
En attaque, par exemple, nous avions Bangaly Sylla, Petit Sory, Chérif Souleymane, (Ballon d'or africain en 1972), Maxime Camara, Mamadou Aliou Kéïta dit Njo Léa, entre autres.
Chacun d'eux pouvait faire la décision", dit-il.
Qui faisait jouer Papa? "Je ne fournissais pas de gros efforts pour récupérer les balles comme le font actuellement les milieux de terrain parce que je jouais avec Ismaël Eusebio Sylla, un élément plein de ressources physiques qui ratissait toutes les ballons".
Joueur au moral d'acier, Camara, aujourd'hui propriétaire d'un magasin de vente d'articles sportifs qui marche tant bien que mal, rappelle qu'il a arboré le maillot national pour la première fois en 1971 quand il avait 21 ans.
C'était contre la Tanzanie, qui effectuait une tournée africaine.
Un an après, il joue et gagne la première finale du Hafia en Coupe des clubs champions contre le Simba Army d'Ouganda, battu 2-0 à Conakry et 4-2 à Kampala.
En 1975, il participe de nouveau au sacre du Hafia 1-0 sur ses terres et 2-1 sur la pelouse des Nigérians d'Enugu Rangers des Christian Chuku, nommé récemment entraîneur des Super Eagles.
Il se souvient de leur défaite de 1976, en finale, contre le Mouloudia d'Alger.
Lui comme certains de ses coéquipiers ne digèrent toujours pas cette défaite qui leur a valu, à leur retour, des explications au chef de l'Etat d'alors, feu le président Ahmed Sékou Touré.
Ils se sont imposés sur leurs terres 3-0 avant d'aller se faire surprendre, 15 jours plus tard, par le Mouloudia qui est parvenu à mettre les pendules à l'heure et à enlever le titre grâce à 3 tirs au but à 2.
Ce furent la désolation et la tristesse au pays.
  Une année de poisse pour le Sily qui a aussi perdu le titre de champion d'Afrique à Addis-Abeba face aux Lions de l'Atlas du Maroc avec lesquels il a fait match nul (1-1).
La Confédération africaine de football (CAF) avait initié une formule de championnat ayant profité aux Marocains qui avaient pris le maximum de points.
En 1977, Papa Camara offre à Conakry le trophée à son club face au Hearts of Oak du Ghana.
Il associe les entraîneurs aux sacres du Hafia.
Il s'agit du Hongrois Buddaï, aujourd'hui décédé, qui dirigeait l'équipe au moment du premier sacre en 1972, du Roumain Moldovian pour celui de 1975 et du Guinéen Me Naby Camara pour celui de 1977.
Camara dit avoir été impressionné par Me Naby, "un homme qui forçait le respect en raison de son sérieux, de sa rigueur et de sa sincérité".
Me Naby, souligne-t-il encore, reste pour lui le meilleur coach que son pays ait connu.
Il lui a du reste emboîté le pas depuis près de deux ans.
Il est l'entraîneur national et secondé par son coéquipier, Abdoulaye Banks Kéïta, un des plus grands gardiens de but du célèbre Hafia et du Sily.
Papa Camara souligne que les nationaux, mal rémunérés, sont assis sur une chaise à bascule.
Entre sa génération et celle d'aujourd'hui, la différence, selon lui, se situe au niveau du mental.
En outre, poursuit-il, les génies sont devenus des denrées rares dans le football africain.
  Ses collègues et lui ont créé une association qui se réunit tous les samedis au Stade du 28-Septembre pour débattre de leurs problèmes, notamment de survie pour certains d'entre eux, et du devenir du football guinéen, "qui ne mérite pas son rang actuel".

23 أغسطس 2002 22:01:00




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