Prolifération des "pharmacies par terre" au Niger

Niamey- Niger (PANA) -- Près de dix ans après son introduction dans le pays en raison de la dévaluation du franc CFA en 1994 et de l'aggravation de la situation économique du pays, le phénomène dit des "pharmacies par terre" ou "pharmacies ambulantes" continue d'avoir pignon sur rue au Niger où une grande partie de la population préfère y recourir pour se soigner à moindre coût.
Légalement réservée aux seuls pharmaciens officiellement reconnus, la vente de médicaments se trouve aujourd'hui exercée parallèlement par un nombre considérable de jeunes qui y trouvent leurs comptes.
On les rencontre partout à Niamey, la capitale, et dans les villes et villages du pays, transportant leurs colis de produits pharmaceutiques sur la tête, sur l'épaule ou en bandoulière.
"Les docteurs" - comme on aime les appeler à Niamey - proposent n'importe quelle sorte de produits pharmaceutiques à une population peu regardante, l'essentiel pour elle étant de trouver quelque chose qui soit moins cher que dans les pharmacies officielles.
"Ce produit soigne les maux de tête, celui-là c'est contre la fatigue et pour vous donner du tonus au boulot, quant à l'autre, le tout petit comprimé que vous voyez-là, il est très efficace lors des relations sexuelles, on l'appelle un "coup-démarrer", les hommes en savent quelque chose.
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et les femmes aussi, car souvent ce sont elles-mêmes qui nous le réclament pour doper des maris de moindre performance", confie Djibo pharmacien ambulant à Niamey.
Pour vendre leurs produits, Djibo et ses confrères n'ont pas besoin d'une ordonnance médicale.
"Le client exprime tout simplement sa demande et il est immédiatement servi.
Dans près de 80 pour cent des cas, les gens sont satisfaits de nos services.
Les affections qu'on nous signale sont le plus souvent, la fièvre, le palu, la toux, la grippe, les maux de tête".
Malheureusement, ces produits consommés par une grande partie des Nigériens sont altérés du fait de leur exposition aux intempéries, à la chaleur, au soleil et à la poussière.
"Les médicaments du fait de leur sensibilité, doivent être conservés dans des conditions bien indiquées.
Mal conservés, ils se décomposent et peuvent même être dangereux pour la santé", explique docteur Bonkaney Oumarou, directeur de la pharmacie, des laboratoires et des pharmacopées traditionnelles au ministère de la Santé publique dans un entretien à l'hebdomadaire 'Sahel Dimanche'.
"Moi, je veux bien acheter mes produits en pharmacie, mais voyez- vous, là-bas, les produits sont hors de portée.
C'est la raison pour laquelle je me rabats sur les "pharmacies par terre".
C'est vrai que souvent ce sont des produits périmés et mal conservés, mais que voulez-vous, il faut faire avec", confie avec amertume Issa Hassan, un habitant d'un quartier périphérique de Niamey.
"Les pharmacies par terre" sont partout disponibles à Niamey, en particulier au grand marché où tout un secteur leur est réservé.
Plus de cent échoppes y sont installées et les produits sont vendus au vu et au su des autorités.
En 2000, sur plainte des pharmacies officielles qui s'estiment être illégalement concurrencées, une descente de la police sur les lieux avait permis la saisie de près de sept tonnes de produits pharmaceutiques.
Mais sur instruction des autorités au plus haut niveau, les produits avaient été restitués à leurs propriétaires sous prétexte que ces pharmaciens d'un nouveau genre participent à leur manière à la santé publique.
Les produits vendus sont généralement de provenance asiatique, mais le plus souvent, ce sont des produits de recel en vente dans les pharmacies officielles.
Le phénomène des "pharmacies par terre" a pris de l'ampleur depuis 1992 avec la dévaluation du franc CFA.
A la même période, le principal opérateur pharmaceutique du pays, l'Office national des produits pharmaceutiques (ONPPC), a connu ses premiers problèmes financiers, faisant flamber les prix.
"Cette période de difficulté a favorisé l'importation et la vente de ces médicaments dans notre pays", affirme Alassan N'Fana, directeur-adjoint de l'ONPPC, interrogé par Sahel Dimanche.
Ce trafic s'est développé au point de déborder la douane.
"Les trafiquants profitent de l'importation des produits légaux pour cacher leurs marchandises et alimenter la demande", précise Adamou Salaou directeur des enquêtes douanières à Niamey.
"La douane, à l'aide du dispositif dont elle dispose, essaie toujours de s'opposer à l'entrée de ces produits, mais, comme on peut le constater, le marché est toujours inondé", ajoute-t-il.
L'un des moyens les plus sûrs pour dissuader ou concurrencer la prolifération des "pharmaciens par terre", reste sans aucun doute la promotion des médicaments génériques essentiels (MEG), estime- t-on à l'ONPPC.
"C'est l'un des principaux objectifs de la restructuration de l'ONPPC débutée en 1999 en vue de permettre la disponibilité des médicaments de bonne qualité sur l'ensemble du territoire national", souligne M.
N'Fana.
Mais il faut selon lui que les centrales d'achat interviennent aussi en vue d'une réduction des prix afin de permettre à toutes les couches sociales de s'en procurer.

10 june 2002 20:17:00




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