Problématique des migrations : Du Caire 2000 à Abidjan 2017... la rengaine sans fond

Abidjan, Côte d’Ivoire (PANA) - Lorsque Les continents africain et européen avaient décidé d’unir leurs efforts de développement au profit d’un partenariat plus accentué, l’Afrique, plus précisément à la veille de la tenue du 1er sommet UE-UA, en 2000 au Caire (Egypte), était soumise à de multiples mutations, notamment la relance du processus d’intégration continentale avec la transformation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en Union africaine (UA).

Cette transformation devrait enclencher un programme économique et social mené par le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), tandis que de nouveaux défis internationaux, parmi lesquels les migrations, laissaient apparaitre la nécessité d’une prise en compte d’un monde nouveau de plus en plus interdépendant.

Mais si les sommets UE-UA font la part belle à la migration dite « licite », avec un cortège de promesses alléchées par la consistance des transferts de fonds de la diaspora vers l’Afrique, sans s’en remettre au fait que cette diaspora aux œufs d’or est, elle-même, faite de toutes les migrations, licites comme  illicites.

Du Caire à Abidjan, les dirigeants africains et européens n’ont pas manqué de placer l’Homme au centre des préoccupations de la coopération entre les deux continents. Mais 17 ans après la Déclaration du Caire, l’Europe et l’Afrique ont été rattrapées par l’inconsistance des résultats obtenus, en Afrique surtout, sur les terrains de la gouvernance et des Droits de l’Homme, aussi bien que de la libre circulation des personnes entre les deux continents, qui apparait comme la « grande oubliée » de la Mondialisation.

En effet, si les participants au sommet du Caire s’étaient félicités de la décision adoptée par l'OUA sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique, lors de son sommet tenu à Alger en juillet  1999, la condamnation de « toutes les formes antidémocratiques d’accession au pouvoir… » semble bien simpliste et trop vague pour  ferrer les tripatouillages des Constitutions nationales, aux fins, pour les dirigeants africains, de rester éternellement au pouvoir.

« Nous soulignons la nécessité de coopérer pour s’attaquer aux causes profondes des migrations, tant dans les pays d’origine et de transit, que dans les pays de destination », indiquait la Déclaration du Caire au sujet du problème des migrations auquel les dirigeants comptent s’attaquer par « une approche globale et intégrée ».

Dix-sept ans plus tard, l’on ne semble pas bien avancé, que ce soit dans les pays d’origine, de transit ou d’accueil.
Le second sommet UE-UA, tenu en décembre 2007 à Lisbonne (Portugal), aura marqué l’histoire du partenariat UE-UA, pour avoir permis d’adopter la  « stratégie commune » qui doit permettre aux pays européens et africains de « changer la relation bailleurs de fonds-bénéficiaires, et laisser la place à un véritable partenariat ».

Au titre des migrations dites « légales », la « Stratégie commune » reconnait que la  migration et la mobilité  devraient être traitées comme des phénomènes largement positifs et indique que « l'Afrique et l'UE poursuivront et appliqueront des politiques et des programmes qui s'attaquent à toutes les dimensions pertinentes de la migration », en vue de  « promouvoir et de mieux gérer les migrations et la mobilité légales pour soutenir le développement socio-économique des pays d'origine et des pays de destination ».

Quant aux migrations illégales, elles feront l’objet d’une « lutte conjointe, notamment par la coopération en matière de retour et de réadmission des migrants, ainsi que sur le contrôle des frontières et la traite des êtres humains.
Les deux parties se sont engagées à cet effet,  à « veiller à ce que des ressources financières adéquates soient mises à la disposition de l'application effective des mesures énoncées dans la déclaration de Tripoli » (Sommet Afrique-Union Européenne sur la Migration et le Développement tenu à Tripoli, les 22 et 23 novembre 2006).

A Tripoli (Libye), le troisième sommet, tenu en décembre 2010, accorde une « attention particulière aux flux migratoire illégaux ou irréguliers et la nécessité de les réduire encore, y compris par l’application des dispositions de réadmission existantes », confirmant par ailleurs la volonté de tous les partenaires de « créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, en œuvrant en faveur d’une croissance durable et inclusive ».

Tripoli aura marqué cette année l’objectif d’un débat centré sur l’Homme, en adoptant, dans l’organisation de l’événement, une approche inclusive via une série d’événements parallèles ayant réuni des représentants de la société civile, des jeunes, du secteur privé, des syndicats, des chercheurs et des scientifiques des deux continents.

L’objectif étant de donner un nouvel élan à la stratégie Afrique-UE commune, en plaçant les personnes au cœur du partenariat et en invitant tous les acteurs à contribuer à sa mise en œuvre.

Le focus du thème du quatrième sommet UE-UA tenu en 2014 à Bruxelles, n’aura nullement changé, invitant à  « Investir dans les personnes, pour la prospérité et pour la paix ».

S’agissant cette fois-là des migrations, les promesses sont demeurées intactes et répétitives au regard de la feuille de route 2014-2017 qui stipule néanmoins une action nouvelle, à savoir, « la  promotion  d'alternatives  à  la  migration  irrégulière » aux cotés d’une coopération « sur  la  problématique  de  la migration irrégulière, en abordant tous ses aspects importants, y compris le renforcement de la  gestion  des  migrations  et  des  dispositions  en  matière  de  retour  et  de  réadmission.

Depuis, la situation devient plus préoccupante. Si l’Europe fait désormais face à des menaces persistantes du terrorisme nourri par la radicalisation de sa jeunesse et le phénomène migratoire, la Jeunesse africaine, quant à elle, compte encore ses morts emportés par les flots de la Méditerranée et pleure ses frères et soeurs vendus comme esclaves en Libye, pays de transit.

Les dirigeants africains et européens attendus au sommet UE-UA d’Abidjan devront se rendre plus consistants sur la question des migrations, mais également sur celle des marchands d’esclaves africains, à qui la route de l’émigration africaine livre le fonds inespéré d’un commerce plutôt primitif.
-0- PANA SSB/SOC 28novembre2017

28 novembre 2017 21:03:54




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