Pr Pondi: ""des grands intérêts redoutent l'unité du continent""

Yaoundé- Cameroun (PANA) -- "L'Union africaine se fait contre de grands intérêts mondiaux, ce qui explique qu'aucun chef d'Etat n'ait reçu de message de félicitations de l'Occident après le sommet de Lomé", a déclaré à Douala le Pr Jean-Emmanuel Pondi, Directeur de l'Institut camerounais des relations internationales (IRIC).
Ce marché de 700 millions de consommateurs chercherait certainement à imposer ses intérêts propres dans le grand jeu mondial s'il lui arrivait de prendre pleinement conscience de sa force, de ses richesses et de ses potentialités, autrement, selon le professeur camerounais, "on s'expliquerait difficilement pourquoi ce qui est bon pour les autres ne l'est pas pour l'Afrique".
"Pourquoi a-t-on peur que l'Afrique s'unisse ? Qui perdrait dans l'affaire?", s'est demandé le directeur de l'IRIC qui faisait une communication à la mi-avril, à l'occasion d'une table ronde sur l'Union africaine organisée par l'association "Terre des hommes".
Le Pr Pondi a fait un rapprochement entre l'hostilité suspecte que suscite dans certains milieux le seul nom du colonel Kadhafi et l'antipathie qu'avait naguère rencontrée le Dr Kwamé Nkrumah dans ses efforts d'unification du continent.
Aujourd'hui encore, a-t-il relevé, "les promoteurs de l'Union africaine sont aussi pestiférés que ceux qui défendaient, il y a 37 ans, le projet fédéral panafricain".
"En 1963 comme en 2000, il est recommandé volontiers, aux plus influençables, de se méfier de ces valeureux fils du continent".
"De quoi ont véritablement peur ceux qui déclarent, depuis deux ans, malgré le débat contradictoire qui a enrichi l'initiative libyenne, que l'Union africaine n'est pas un projet africain, mais plutôt celui du colonel Mouammar El Kadhafi?" Comment peut-on trouver normal qu'on puisse renforcer l'Union européenne et d'autres espaces économiques comme l'ALENA, le Sud- Est asiatique et qu'on puisse faire état de manipulation et préconiser l'extrême prudence quand il s'agit de l'Afrique"?, s'est demandé le chercheur camerounais.
"La vérité, c'est que les détracteurs de l'Union africaine ont parfaitement conscience que l'Afrique s'est donné un nouveau rendez vous et il leur importe encore une fois de tout faire pour brouiller les pistes et retarder encore, si possible, les échéances".
Jusqu'ici, a dit le chercheur camerounais, on s'est souvent trompé sur ce qui avait finalement motivé la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en 1963.
On a toujours pensé, à tort, que l'OUA était née pour unir l'Afrique, ce qui n'est pas le cas.
C'était plutôt le fruit d'un échec.
La charte de l'Organisation de l'unité africaine a été signée à Addis-Abeba, par défaut, par les véritables panafricanistes, non sur les positions contradictoires des groupes (de Monrovia et de Casablanca), mais dans la seule optique de la libération du continent du colonialisme et de l'apartheid, jusqu'ici les seuls éléments de consensus.
La conséquence pratique c'est que ses textes ont été plutôt adoptés dans la perspective d'empêcher que l'OUA ne soit l'otage d'une des idéologies alors en vogue.
Le secrétaire général de l'OUA, par exemple, s'est octroyé un minimum de pouvoir, un musellement qui a entravé durablement sa liberté d'actgion et d'initiative.
A cette époque, rappelle le directeur de l'IRIC, on disait, comme aujourd'hui, de faire attention à M.
Nkrumah: "il veut être le président de toute l'Afrique et vous n'êtes pas encore mûrs pour une unité africaine, il faut attendre l'an 2000, etc".
"Le temps est peut être venu pour chacun de constater que le monde n'est plus le même.
Parce qu'elle avait écouté d'autres voix que la sienne, l'échec de l'Afrique est sensible dans tous les domaines".
"Sa subordination au système international, pourrait empirer davantage s'il continue à se laisser dicter ce que devrait être sa conduite alors que le continent a tous les atouts pour être acteur et non sujet de ce système", a conclu l'intellectuel camerounais.

21 avril 2001 09:12:00




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