Polémique sur une représentation de "Autant en emporte le vent"

Paris- France (PANA) -- Les acteurs noirs, personnages de la comédie musicale "Autant en emporte le vent", adaptée du roman tristement célèbre de l'Américaine Margaret Mitchell, ont dénoncé jeudi les accusations de racisme dont est victime la pièce depuis sa sortie en salle le 30 septembre dernier.
Les comédiens, qui étaient face à la presse africaine et antillaise à Paris, affirment n'avoir aucunement contribué à faire l'apologie de l'esclavage à travers la comédie musicale du juif Gérard Presgurvic.
"Si le roman de Margaret Mitchell est raciste, la pièce ne l'est pas", s'est défendue la Camerounaise Georgette Kala Lobe.
La trame de la pièce est la passion qui lie Scarlett O'Hara, une jeune femme blanche émancipée, à Rhett Butler, un homme plus âgé.
L'histoire se déroule dans l'Amérique esclavagiste du 19è siècle.
Les détracteurs de la pièce trouvaient indécents de faire l'apologie d'un crime contre l'humanité.
"Imaginez une comédie musicale sur le thème de la Shoa inspiré du livre Mein Kampf, et vous comprendrez la réaction des noirs", indiquaient-ils dans un communiqué.
Les Antillais Joël O'Gangha et Dominique Magloire, ainsi que la Camerounaise Georgette Kala Lobe pensent que cette oeuvre, loin de faire l'éloge de la traite négrière, s'inscrit dans la logique d'un devoir de mémoire.
Il s'agit, selon eux, de la description du monde tel qu'il était à cette époque.
Je suis issue d'une famille dans laquelle les gens se battent pour les droits de l'homme.
S'il y avait eu du racisme dans cette pièce, je ne l'aurais pas jouée", a dit Georgette, danseuse et esclave de Scarlett dans la comédie.
La polémique autour de l'oeuvre de Gérard Presgurvic a conduit à l'insertion, au début de chaque représentation, d'un message d'avertissement rappelant le drame vécu par le peuple noir pendant quatre siècles.
Les producteurs affirment n'avoir pas prévu ces réactions hostiles mais reconnaissent qu'elles ont entraîné une prise de conscience de l'ampleur du drame.
"La tragédie a souffert de l'oubli", a avoué Gérard Presguvic, présent à la conférence de presse.
L'auteur de l'oeuvre en a profité pour indiquer qu'il avait créé de nouveaux personnages tel que le chef des esclaves pour donner la parole aux noirs.
Il pense aussi que la chanson "Etre noir", qui est la plus ovationnée à chaque spectacle, permet aux esclaves de dénoncer leurs conditions.
"Autant en emporte le vent" s'est installé jusqu'en janvier 2004 au Palais des sports de Paris.
Après deux semaines de représentation, la comédie musicale continue d'attirer du monde.
La polémique qu'elle a suscitée y a également contribué.
On rappelle que le roman "Autant en emporte le vent" a été écrit par Margaret Mitchell en 1937.
Deux ans plus tard, l'oeuvre est portée à l'écran par Victor Fleming dans un film qui raffle dix Oscars.
Le roman de Margaret Mitchell est classé oeuvre raciste en France.

17 octobre 2003 08:50:00




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