Ankara, Turquie (PANA) – Le journaliste nigérien Aboubakar Issoufou a vivement plaidé jeudi devant le "Forum des médias Turquie-Afrique", qui se déroule depuis mercredi à Ankara, la capitale turque, pour l’introduction des langues africaines dans les médias turcs pour bien démarrer la coopération audiovisuelle entre l’Afrique et la Turquie.
"Il faut former une équipe composée des professionnels turcs et africains de la radio qui réfléchira sur le projet de mise en place des Services en langues africaines au sein de la Voix de la Turquie et que ces services soient renforcés, pour un début, par des étudiants africains qui étudient actuellement en Turquie et qui maîtrisent à la fois la langue turque et leurs langues maternelles", a suggéré dans un entretien à la PANA, Aboubakar Issoufou, journaliste et correspondant à Paris depuis une vingtaine d’années du service haoussa de la BBC et de la Voix de l’Allemagne (Deutsche Welle).
Il propose que les professionnels des médias africains qui formeront avec les professionnels turcs les noyaux durs de ces équipes apprennent rapidement la langue turque dans les universités turques et que les professionnels de médias turcs apprennent aussi les langues africaines dans les universités africaines.
Prenant l’exemple de la Radio Chine Internationale, M. Issoufou note qu’elle n’a pas démarré ses programmes en langue haoussa avant que les journalistes chinois n’apprennent cette langue d’abord sur place à Pékin et ensuite dans les universités du Nigeria.
Et la maîtrise du haoussa par les journalistes chinois, ajoute-t-il, leur a permis non seulement d’avoir une certaine connaissance de la culture africaine, mais aussi de pouvoir passer directement à l’antenne pour lire eux-mêmes les informations.
"L'Afrique dispose aussi aujourd’hui d’un personnel qualifié. Malheureusement, malgré son parc audiovisuel et son personnel qualifié, le continent africain est le plus grand consommateur des médias internationaux et celui qui fait entendre le moins sa voix dans le monde. Car s’il est très facile de capter la Radio France Internationale, la BBC, la Voix de l’Allemagne, la Voix de l’Amérique ou la Radio Chine Internationale dans n’importe coin reculé du continent africain, il est très difficile de capter les radios nationales africaines dans les capitales européennes ou Washington et encore moins dans les coins les plus reculés de l’Europe ou des Etats-Unis", regrette Aboubakar Issoufou.
Ainsi, il estime que la coopération audiovisuelle turco-africaine doit s’établir dans un partenariat donnant-donnant, permettant que la Turquie diffuse ses programmes radiophoniques et télévisés en Afrique et qu'elle a aide l’Afrique pour, d’une part, diffuser ses programmes en Turquie et, d’autre part, toucher également l’Europe et les Etats-Unis.
"Car ce n’est que de cette manière à notre avis que la future coopération audiovisuelle turco-africaine se démarquera des coopérations audiovisuelles que l’Afrique entretient actuellement avec les autres moyennes ou grandes puissances", souligne-t-il.
Le premier "Forum des médias Turquie-Afrique", organisé du 9 au 10 mai par la direction générale de la presse et de l’information turque et parrainé par l’Initiative pour les médias d’Afrique, a accueilli plusieurs centaines de journalistes africains, mais également des leaders d’opinion, des experts en médias, des académiciens et des politiciens.
Cette rencontre, selon ses organisateurs, vise à établir un dialogue entre les médias africains et ceux de la Turquie afin de nouer un partenariat solide entre les journalistes turcs et africains.
-0- PANA BM/JSG/IBA 11mai2012