Perspectives révolutionnaires pour la production du riz au Rwanda

Kigali - Rwanda (PANA) -- L'expérimentation au Rwanda du nouveau riz pour l'Afrique (Nerica), débutée fin 2001, s'est achevée cette année par des résultats spectaculaires qui permettent d'envisager, à l'horizon 2010, une véritable révolution agricole dans le domaine de la production rizicole nationale.
L'avènement du Nerica au Rwanda est le fruit de la collaboration entre l'Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO) et l'Institut des sciences agronomiques du Rwanda (ISAR), coopération lancée fin 2001 après la visite du ministre rwandais de l'Agriculture, de l'Elevage et des Forêts, le Dr Ephrem Kabayija, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, siège de l'ADRAO.
Depuis lors, des échanges d'expériences avec l'ADRAO ont permis de lancer, en janvier 2002, l'expérimentation au Rwanda de ces nouvelles variétés de riz associant la hardiesse des espèces de riz africain à la grande productivité du riz asiatique, variétés mises au point en Afrique de l'Ouest.
Deux de ces 25 variétés expérimentées au Rwanda ont présenté une meilleure adaptation au sol des vallées marécageuses des zones rizicoles du Rwanda.
Il s'agit des variétés Wat 1396-B-33-B et Wat 1396-B-33-6, a indiqué à la PANA Elie René Gasore, directeur scientifique de l'ISAR et responsable au Rwanda du programme Nerica.
Soixante paysans ont pris part avec enthousiasme à l'expérimentation du nouveau riz.
Des riziculteurs de la vallée de Bugarama, dans la province de Cyangugu (Sud du pays), de Cyili dans la province de Butare (centre), de Cyabanyaga dans la province de l'Umutara (Nord-Est) et de Rwamagana dans la province de Kibungo (Est).
Ils ont été, selon la méthode participative recommandée par l'ADRAO, étroitement associés aux techniciens de l'ISAR dans tout le processus de l'expérimentation, participant à la sélection des variétés, les plantant sur de petits espaces de dix ares en moyenne et fournissant des indications sur leur croissance.
Leur enthousiasme était fondé sur l'espoir d'une plus grande production et d'une meilleure commercialisation du nouveau riz après avoir reçu des explications sur ses caractéristiques observées en Afrique de l'Ouest.
En effet, les variétés chinoises que produisent les paysans rwandais depuis 1960 ont depuis longtemps montré leur faible niveau de rendement, malgré les efforts de l'ISAR pour améliorer leurs souches de semences: 4 tonnes par hectare de production avec un long cycle de croissance, une production qui couvre moins du tiers des 35.
000 tonnes dont le pays a besoin.
Le riz produit jusqu'ici au Rwanda a des graines courtes et son goût laisse à désirer, ce qui restreint son marché.
"Nous ne pouvons vendre notre riz que dans les camps militaires et les internats pour élèves des écoles secondaires.
Les autres Rwandais préfèrent manger le riz importé de la Tanzanie, du Pakistan ou de la Thaïlande", explique à la PANA Joseph Habyalimana, un des paysans riziculteurs du Bugarama à Cyangugu qui a pris part au programme d'expérimentation du Nerica.
Deux années d'expérimentation ont montré qu'il en était autrement des variétés du Nerica.
Leur cycle de croissance est de 120 jours comparés aux 180 jours des variétés chinoises et leur productivité de cinq à six tonnes au lieu de 4, tandis que leurs plants montrent une forte capacité de tallage, jusqu'à 31 talles par poquet, soit deux à cinq fois plus que pour les variétés connues jusque-là.
Cependant, la taille des plants ne dépasse guère 110 cm.
Leurs graines ont la forme longue du riz importé qu'affectionnent les Rwandais et un goût bien meilleur, selon différentes explications reçue et constats faits par la PANA.
Le rendement maximal est obtenu avec un faible taux d'intrants, 200 kg/ha de NPK 17-17-17 et 100 kg/ha d'urée.
Ce riz résiste parfaitement à la pyriculariose, à la bactériose et autres adventices ainsi qu'aux insectes nuisibles.
"Seuls nous causent du souci les rats et les oiseaux", lance Pierre-Claver Dusabimana, autre paysan riziculteur de Cyili, à Butare, qui a vu une bonne partie de ses plantes expérimentales détruites par ces bêtes.
Après les résultats de l'expérimentation, le programme Nerica est passé, depuis juin dernier, à l'étape de la multiplication des semences qui se déroulera en deux phases: de juin à novembre 2003 et de janvier à juin 2004.
Ainsi obtiendra-t-on des semences suffisantes pour les 5.
000 ha qui seront prêts à la culture pour fin 2004.
Les recherches se poursuivront entre temps sur les variétés de ce riz miracle, indique encore Elie René Gasore, directeur scientifique de l'ISAR et responsable du programme Nerica.
Le gouvernement rwandais, mû par les encourageantes perspectives à la fois agricoles et économiques offertes par ce nouveau riz, a entrepris, cette année 2003, avec le concours financier de la Banque mondiale, de multiplier les espaces rizicoles par l'aménagement de nouveaux marais.
L'objectif visé à travers ce programme est de porter d'ici à 2010 les espaces culturales de 5.
000 à 40.
000 ha, mais aussi de ne plus importer du riz afin d'économiser les 7,5 millions de dollars affectés chaque année à cette importation, apprend-on de sources proches du ministère de l'Economie et des Finances.

29 Setembro 2003 11:28:00




xhtml CSS