Ouverture mardi à Bamako d'un atelier de plaidoyer sur les consommateurs de drogues injectables

Bamako, Mali (PANA) - Un atelier de plaidoyer pour informer et sensibiliser les décideurs et les forces de l'ordre afin de les amener à mieux comprendre le problème de santé publique des consommateurs de drogues injectables se tient, depuis mardi à Bamako, a appris la PANA de source sanitaire.

Organisé par l’Association de recherche de communication et d’accompagnement à domicile des Personnes vivant avec le Vih/Sida (ARCAD-SIDA), en collaboration avec la Commission santé de l’Assemblée nationale, cet atelier vise à alerter et à interpeller les décideurs sur la propagation du Vih et du Sida liés à la consommation de la drogue, notamment de la drogue injectable.

Il ressort de l’analyse des spécialistes que l’incidence du Vih chez les consommateurs de drogues injectables au niveau mondial est 28 fois plus élevée que chez la population générale. En Afrique, cette prévalence élevée dénote de l’existence d’une forte vulnérabilité associée à cette pratique.

Au Mali, il n’existe pas de données sur la consommation de drogues injectables et ses conséquences sanitaires. La prévalence du Vih dans la population générale est estimée à 1,1% tandis qu’elle est de 5,1% chez les consommateurs de drogues injectables, révèlent les spécialistes de ARCAD-SIDA qui affirment que la consommation de drogues est très fortement stigmatisée.  

Il est à noter, selon les spécialistes, que l’accès aux soins pour les consommateurs de drogues injectables de Bamako est très limité. Ils ne se rendent pas dans les services de dépistage et de prise en charge du Vih parce qu’ils redoutent le regard des autres, la peur d’être jugé par autrui.

A en croire les spécialistes, les enquêtes d’ARCAD-SIDA-Mali ont révélé que sur les 500 personnes qui consomment la drogue, environ 98,2% sont des hommes. Les ¾ consomment la drogue, au moins à l’âge de 10 ans. Ils ont un niveau minimal d’instruction et bénéficient de bonnes conditions d’hébergement, mais 90% vivent en isolement.

Par ailleurs, les produits qu’ils utilisent le plus souvent sont le cannabis, l’héroïne, la cocaïne, entre autres. Ils sont deux fois plus infectés que la population générale, car ils utilisent des seringues communes. Il est aussi avéré que sous l’effet de ces stupéfiants certains usagers ne pensent pas à l’utilisation de préservatif, lors notamment de relations sexuelles à risque. Mais il reste que les personnes qui s’adonnent à ces pratiques néfastes pour la santé ont aussi des droits.

Dans son mot, la directrice exécutive de ARCAD-SIDA, Mme Bocoum, a dit que la solution n’est pas la répression, mais la prévention. Selon elle, il est donc temps que le Mali s’inscrive dans une dynamique de soins de ces malades spécifiques. Elle a reconnu que cette rencontre  interpelle les décideurs, pour trouver une solution définitive à ce problème.

Selon le représentant de la Commission santé du Parlement malien, le Pr Kalilou Ouattara, ce sujet, qui semble tabou, est un réel problème de santé publique aujourd’hui, estimant que ces pratiques, qui ont une répercussion sur la propagation du Vih et du Sida doivent être évoquées au Parlement.

Il soutient la prise de mesures sur le plan sanitaire et préconise le lancement de campagnes de sensibilisation pour circonscrire le phénomène. "Une réflexion doit être menée en vue d’un projet de loi tendant à éradiquer la propagation du Vih et du Sida à travers l’utilisation de drogues injectables", a- t-il conclu.
-0- PANA GT/IS/IBA 31mai2017

31 mai 2017 13:42:53




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