Où aller après le baccalauréat?

Moroni- Comores (PANA) -- Des élèves de terminale, venus des quatre coins de la Grande Comore, ont pris part ce week-end au "forum des métiers et de l'orientation", un évènement qui a regroupé à Moroni des responsables des Universités de l'île de la Réunion et de Madagascar et de hauts fonctionnaires comoriens du secteur de l'éducation.
Aucune statistique fiable n'existe sur le nombre exact de jeunes comoriens admis au baccalauréat depuis plusieurs années et qui attendent une inscription dans une Université ou une école de formation professionnelle.
En l'absence d'une Université dans l'archipel, les jeunes comoriens, qui aspirent à des études supérieures, se rendent à l'étranger.
Mais faute d'une information suffisante au départ sur les différents cursus disponibles dans les pays d'accueil, beaucoup de ces jeunes y perdent à la fois le cap, leur temps et leur argent, souligne M.
Abdoulfatah Boina, responsable de l'orientation au ministère de l'Education.
Et puis, la plupart de ces jeunes candidats au départ ignorent tout des besoins nationaux en matière d'emplois et des secteurs à fort potentiel, notamment le développement rural, le tourisme et les nouvelles technologies.
Ainsi, c'est pour répondre au besoin pressant d'informations et d'orientation que ce "forum des métiers et de l'orientation" a été organisé sous le haut patronage du ministre de l'Education Nationale, M.
Said Abdallah Cheikh Soilih, qui a annoncé à cette occasion la création prochaine dans chaque lycée d'un bureau d'orientation.
Les jeunes participants au forum n'ont pas manqué d'interpeller les responsables de l'éducation sur un autre sujet qui leur tient à coeur, celui des bourses d'études.
"A quoi cela servirait de nous montrer une vitrine de formation, si en réalité on ne peut pas y accéder, faute d'argent?", s'interroge un jeune bâchelier.
Tant que l'Etat octroyait des bourses, tous les enfants, y compris ceux issus des milieux défavorisés, pouvaient rêver d'y accéder, même si elles n'étaient pas en réalité allouées aux plus méritants, ni aux plus nécessiteux.
Mais l'Etat comorien a dû supprimer les bourses à cause de ses problèmes budgétaires.
Avant cette décision, il lui était régulièrement reproché de délivrer plus de bourses qu'il ne pouvait payer, et surtout de traîner les pieds quand il s'agissait de débloquer des crédits.
Ainsi, certaines universités francophones, notamment de France et d'Afrique de l'ouest ont vu arriver pendant plusieurs années des vagues successives de boursiers comoriens sans le moindre sou et se trouvant à la limite dans l'indigence.
Depuis, les jeunes bâcheliers ne peuvent prétendre à aucune bourse d'étude, sauf les offres de prise en charge de certains "pays amis", qui sont loin de pouvoir répondre à la demande.
Ces bourses font l'objet de convoitises impliquant souvent de hautes personnalités de l'appareil d'Etat.
Beaucoup de personnes s'estiment lésées par la répartition des bourses offertes par la coopération étrangère.
Cette situation a été critiquée par des leaders séparatistes qui soutenaient que leur île était exclue de la répartition des bourses.
En dépit de l'absence de toute aide financières aux étudiants et l'extrême pauvreté de la plupart des ménages comoriens, certains élèves n'hésitent pas à "partir à l'aventure chaque année" à Madagascar, en Europe, dans les pays de la côte est de l'Afrique, en Afrique du sud, en Afrique du nord, au Soudan, au Pakistan, dans les pays du Golfe.
Beaucoup d'entre eux se retrouvent dans ces pays dans une situation de dénuement extrême.
D'ailleurs, les services officiels admettent que l'une des explications du faible taux de réussite des étudiants comoriens dans les universités étrangères est principalement lié à la précarité de leurs conditions de vie.
La situation de ces étudiants abandonnés à eux- mêmes à travers le monde est vécu par les familles et par une certaine élite comme "une grave démission" des gouvernements successifs face à leurs responsabilités.
Mais les ministres de l'Education successifs ont toujours soutenu qu'ils ne pouvaient être tenus pour responsables des étudiants partis à l'étranger sur leur propre initiative.
Pour tenter de répondre à cette demande croissante de formation supérieure, l'Etat a créé récemment un institut sensé délivrer un Diplôme d'enseignement unviversitaire général (DEUG).
La question de reconnaissance de ce DEUG à l'extérieur sera débattue au cours des assises.
Il faut signaler que les institutions locales de formation supérieures n'ont pas encore donné la mesure de leur capacité à dispenser un enseignement de qualité et à garantir un emploi à la sortie.
L'école de santé, qui avait fermé ses portes il y a quelques années, faute de perspectives d'embauches des infirmières formées, annonce sa réouverture.
L'Ecole d'enseignement supérieur de Mvouni, qui a formé des professeurs de collèges, des conseillers pédagogiques, des assistants de direction et des gestionnaires, a été fermée, laissant la place à un institut de recherche en éducation.
Quant à l'Ecole nationale d'administration et de commerce, soutenue par la coopération canadienne, elle cherche encore à asseoir la réputation de rigueur nécessaire pour la rendre crédible en tant qu'école d'administration.

24 avril 2001 14:42:00




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