Nuages sur la Conférence mondiale contre le racisme

Dakar- Sénégal (PANA) -- Etant donné son influence sur les relations internationales, la menace de l'Amérique de boycotter la troisième Conférence mondiale contre le racisme à Durban, en Afrique du Sud, en raison d'un désaccord sur son programme, a le potentiel de saper les efforts de l'ONU dans sa lutte contre ce mal qui gangrène le genre humain.
Certes, ce n'est pas la première fois que Washington fera preuve d'indifférence pour une initiative mondiale contre le racisme, si l'on se réfère aux expériences de 1978 et 1983, lors de la tenue des deux dernières conférences de l'ONU contre le racisme à Genève, en Suisse.
Mais à l'orée de la Conférence de 2001, on aurait pu s'attendre à un changement de position de la part des Etats-Unis, une grande nation multiraciale.
Cette conférence va se dérouler après des changements fondamentaux, comme la disparition de l'apartheid en Afrique du Sud, l'effondrement de l'ancienne Union Soviétique mettant fin effectivement à la Guerre froide et les conséquences éloquentes de la mondialisation, qui ont tous eu un impact sur la scène internationale depuis les dernières conférences de l'ONU contre le racisme.
Après qu'elle se soit démarquée sur un certain nombre de questions, particulièrement le Protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre et son initiative controversée de Bouclier anti-missiles, on aurait pu s'attendre que l'administration de George W.
Bush se montre plus accommodante.
Elle a plutôt affiché le même esprit isolationniste sur une question aussi importante que le racisme qui représente une menace contre l'humanité.
Dans la perspective de la Conférence de Durban, du 31 août au 7 septembre, les Etats-Unis ont insisté pour que le sionisme tel qu'il est rattaché à Israël, son principal allié, ne soit pas considéré comme une forme de racisme comme le souhaite le monde arabe.
La question des réparations pour le colonialisme et l'esclavage, posée par l'Afrique, doit aussi être abandonnée avant que les Américains ne puissent donner l'assurance qu'ils enverraient une délégation à Durban.
Les pays arabes accusent Israël de racisme et de discrimination raciale dans sa tentative de justification de l'Etat sioniste, une accusation qu'a réfuté Israël.
Les Africains ainsi que leurs frères de la Diaspora, estiment que les pays européens et les Amériques, qui ont bénéficié du colonialisme et de l'esclavage, leur doivent des réparations tout comme les Juifs ont été indemnisés pour l'Holocauste organisé par l'Allemagne nazie.
Au vu de l'ampleur du racisme et de son impact qui est toujours aussi fort, même après les deux précédentes conférences de l'ONU, le thème de la Conférence de Durban a été élargie pour traiter de toutes les formes de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance.
Comme dans le cadre de toute réunion typique de l'ONU, l'intention est de discuter de ces questions épineuses afin de parvenir à un consensus susceptible de minimiser leur impact sinon de les éliminer complètement.
Il est pertinent de rappeler qu'en 1975, l'ONU a adopté une résolution qualifiant le sionisme de racisme malgré les protestations d'Israël et des Etats-Unis, qui ont refusé de reconnaître cette résolution.
Bien que cette même résolution ait été battue en brèche en 1991 sous les pressions des Etats-Unis, le sionisme est resté un sujet contentieux, exacerbé par l'escalade de la crise du Proche- Orient, au point que les pays arabes estiment qu'elle devrait être revisitée à Durban.
Divers arguments ont également été émis pour et contre les réparations pour le colonialisme et l'esclavage, ce qui indique que ce sont des questions qui passionnent plusieurs franges de la communauté mondiale.
Par la même occasion, une des caractéristiques de la démocratie, que professent et défendent les Etats-Unis, est de faire en sorte que chacun ait les mêmes chances de s'épanouir, quelle que soit la race, la religion, la croyance, la nationalité, la couleur ou les conditions de vie.
Tous et chacun devraient être en mesure d'exprimer leurs opinions sur une question donnée, qu'il s'agisse du racisme ou du terrorisme.
Par exemple, les Etats-Unis recherchent toujours ses soldats "disparus en mission", 27 ans après la fin de la guerre du Vietnam.
Tout comme Washington ne peut se résoudre à abandonner cette cause légitime, les apôtres de la réparation estiment que l'Afrique mérite d'être indemnisée pour ses millions de fils et filles vendus durant les quatre siècles de traite des Noirs.
Eviter la Conférence mondiale sur le racisme ou la menacer de boycott pourrait être interprété comme un refus de soutenir l'effort international visant à résoudre des problèmes pressants qui se posent au plan mondial.
Un groupe qui se sent particulièrement concerné par une question particulière se doit de proposer des arguments supérieurs pour vaincre ses adversaires afin qu'un consensus puisse être trouvé entre les différentes parties.
Le boycott par les Etats-Unis, d'une réunion de l'ONU aussi importante que la Conférence contre le racisme, sera aussi un signal fort pour le reste du monde.
Si par le biais de cette même ONU, Washington a pu rallier l'opinion mondiale contre le terrorisme, il n'y aurait aucun mal à utiliser le même forum pour réconcilier les divergences mondiales sur le racisme et la discrimination raciale.
En suivant certainement les exemples des Etats-Unis et d'Israël, l'Inde a aussi averti qu'elle n'accepterait pas que le système des castes figure au programme de la Conférence de Durban.
Ceci montre qu'il y a plusieurs questions dont l'évocation devrait déranger plus d'un pays.
Mais il y a un plus grand danger à refuser de discuter de ces questions tout simplement parce que cela risquerait de gêner ces pays.
Après tout, si le monde avait écouté ceux qui s'opposaient aux sanctions durant la période de l'apartheid, les Nations Unies n'auraient pas approuvé la série de mesures qui, associées à la lutte interne, ont permis de mettre fin à l'oppression de la population noire par une minorité blanche en Afrique du Sud.
Malgré l'opposition de certains pays membres de l'ONU, des mesures ont été approuvées par le Conseil de Sécurité contre l'Irak, quand il a envahi le Koweït en 1990, permettant ainsi à une trentaine de pays de soutenir l'opération "Tempête du Désert", dirigée par les Etats-Unis, qui a mis fin à cette invasion.
Des sanctions ont aussi été prises par l'ONU contre la Libye suite à l'attentat contre un appareil de la Pan Am au dessus de la ville écossaise de Lockerbie, malgré les appels de certains pays pour que ces sanctions soient levées.
Ce crash avait fait plus de 270 victimes.
En d'autres termes, avec ou sans la participation des Etats- Unis, l'ONU doit préserver son intégrité en s'assurant que rien ne soit fait pour ébranler la Conférence de Durban contre le racisme.
L'organisation mondiale ne devrait pas céder aux menaces de boycott de pays qui ne sont pas satisfaits du programme de cette conférence.

27 août 2001 22:47:00




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