Nouvelles ambitions contre veilles moeurs dans la transition UA

Addis-Abeba- Ethiopie (PANA) -- Le rapport soumis au Conseil exécutif de l'Union africaine (UA) dimanche dernier par le président de la Commission, Alpha Oumar Konaré, reflète une vision de la transition des vielles structures de la défunte OUA au nouvel exercice auquel à aboutit l'organisation.
M.
Konaré semblait confiant et optimiste en défendant sa vision du Conseil, allant jusqu'à l'usage de supports visuels et de tableaux.
En même temps, il est apparu pragmatique et réaliste, se gardant de demander l'impossible, sachant la fragilité des économies de la majorité des Etats africains.
Il a plutôt sollicité le minimum de ressources nécessaires, assorties d'options et d'un plan de mise en oeuvre progressive.
Même ainsi, il a été étiqueté de "rêveur".
Mais loin de se quereller avec ses détracteurs, Konaré a stoïquement maintenu que "ce n'est pas un défaut que de rêver, mais que le plus important était de traduire le rêve dans la réalité".
Le problème auquel l'ancien président malien est confronté au sein de l'UA est évident.
La même vielle mentalité qui a pris en otage la défunte OUA pendant près de 40 ans : l'organisation continentale n'était rien qu'une poudre aux yeux.
Rien de sérieux.
Une telle mentalité persiste et, par conséquent est incapable de comprendre les changements qui se sont opérés depuis juillet 2002 à Durban, en Afrique du Sud, où l'OUA a été officiellement enterrée.
Et pour enfoncer le couteau dans la plaie, une mauvaise impression est sortie de la longue période de transition durant laquelle le budget de la Commission de l'UA avait besoin de 12 millions de dollars supplémentaires, en plus des traditionnels 30 millions de dollars, fonds de roulement de l'OUA.
L'impression est que le budget de la Commission de l'UA est fixé à 42 millions de dollars.
Ceci explique pourquoi les chiffres budgétaires qui ont accompagné la vision et la mission de M.
Konaré se sont heurtés à une "réaction" passive de la part des ministres des Affaires étrangères qui forment le conseil exécutif de l'UA.
Aux yeux de tout analyste impartial, ces chiffres représentent le coût réel de la transition de l'OUA à l'UA et le président de la Commission les a fondés sur le principe que toute transition a un coût.
Les ministres semblaient inhibés par les méthodes et modes de l'OUA, parce qu'autant ils étaient impressionnés par la vision et le programme présenté par M.
Konaré, autant ils voyaient que seul la moitié de la coupe était vide, tandis qu'ils étaient supposés voir l'autre moitié pleine.
On doit excuser les ministres parce que qu'ils sont déjà victimes du rapport qui leur a été soumis par le comité permanent des représentants (les ambassadeurs basés à Addis-Abeba), qui ne pouvaient se débarrasser de la mentalité de l'OUA malgré leur conscience des différences entre le passé et le présent.
Les ambassadeurs n'ignorent pas que l'UA, contrairement à l'OUA qui était un simple instrument politique pour l'Afrique, dispose d'un certain nombre de structures de base et institutions telles que le Parlement panafricain, la Banque centrale, le Fonds monétaire et la Cour africaine de justice.
Aucune de ces institutions ne verra ou n'aurait vu le jour si des ressources nécessaires ne sont pas mobilisées pour les faire décoller.
Les représentants permanents basés dans la capitale éthiopienne, siège de la Commission de l'UA, ont une longue tradition de "saucissonnage" des projets de budgets annuels de l'ancienne OUA, un violon d'Ingres qui était entretenu sur la base de la souveraineté et sur le fait qu'il n'y avait vraiment aucun projet d'envergure demandant un financement substantiel.
Cette donne jure d'avec l'UA, dont l'utilité des institutions est évidente.
Dans la marche nouvelle, le recours des ambassadeurs aux vieilles habitudes de réduction, de suppression ou de rejet des estimations budgétaires ne ferait que ramener le continent à la case départ.
Si les dirigeants africains ont accepté d'enterrer l'OUA après 38 ans d'existence, ils devraient savoir que le processus de transition est coûteux et exige certains sacrifices, notamment dans ses premières étapes.
Sans cela, l'Afrique sera perçue comme un continent peu sérieux dans ses décisions.
Il est évident que le Conseil exécutif a choisi la solution de facilité en différant les implications financières de cette vision et de cette mission jusqu'en novembre lors de la tenue de sa session extraordinaire.
Le conseil aurait pu, au moins, examiner les priorités et les étapes proposées par M.
Konaré.
Certains milieux chuchotent dans les coulisses que les pays africains riches devraient se lever et financer le travail préparatoire, mais même cette prise des désirs pour des réalités a également disparu.
Et le président de l'UA de se retrouver dans une situation qui l'oblige à éviter la confrontation.
Il est maintenant pris entre un rêve pour lequel il a des convictions profondes d'une part, et de l'autre, une mentalité d'acteurs hantés par de vieilles habitudes et de visions obsolètes.
Ainsi, l'UA fera ses premiers pas avec un manque significatif de ressources qui pourrait entraver son décollage, et c'est exactement ce scénario qui a été prévu à Durban et contre lequel des mises en garde ont été émises.
Une question demeure : Konaré peut-il espérer un soutien de la part de ses anciens pairs (les actuels dirigeants africains) pour, au moins, sauver la face ?

07 juillet 2004 07:36:00




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