Multiplication des attentats à Benghazi: retour à la violence ou soubresauts des groupes islamistes défaits?

Tripoli, Libye (PANA) - Deuxième attentat meurtrier en moins d'un mois, la double explosion le 9 février dernier dans la mosquée de Saïd Abou Abada, en plein centre de Benghazi, deuxième grande ville de Libye, bien qu'il reflète une montée de tension, après la défaite cuisante des groupes islamistes, est interprété comme un retour à la case départ et au cycle des attentats.

D'autres estiment qu'il s'agit d'actions limitées des restes de groupes armés djihadistes disséminés parmi les populations, se livrant à des coups de semonce pour gâcher la joie des citoyens après la libération totale de leur cité.

Mais, personnes n'a encore oublié la période sombre des séries d'attentats et attaques violents quasi-quotidiens ayant secoué la ville de Benghazi entre 2012 jusqu'en 2014, date de lancement de l'opération militaire "Karama" (Dignité), visant à éradiquer les groupes islamistes extrémistes qui ciblaient  les officiers, de l'armée, les soldats, policiers et autres intellectuels, journalistes, artistes et hommes de culture dans la ville.

En effet, des opérations d'assassinats avec des armes à feu ou par le placement d'engins explosifs sous le châssis des voitures étaient monnaie courante et ont coûté la vie à des centaines de personnes durant ces deux années.

Destinées à semer le chaos total et à décimer la ville de son élite intellectuelle et militaire, en prélude à la prise du pouvoir par les groupes islamistes extrémistes, comme Ansar al-Shariaa et les autres groupuscules djihadistes rassemblés au sein de l'alliance de la Choura des révolutionnaires de Benghazi, ces opérations d'assassinats visaient à créer le chaos et à semer l'incertitude.

En effet, le but d'Ansar al-Shariaa , le groupe le plus puissant et dont les principaux leaders ont été tués lors des combats avec les forces de Khalifa Haftar, était d'instaurer un Emirat islamique.

Mais, leurs plans ont été contrés par l'opération Karama qui a obligé à la fuite la branche fidèle à Daech qui s'est installée à Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli, pour y installer, à partir de 2013, un Califat , le seul en dehors de la Syrie et de l'Irak , berceau de l'organisation de l'Etat islamique.

Pour l'écrivain et analyste politique libyen Fawzi al-Haddad, le ciblage des civils à Benghazi a juste pour "objectif la continuation du cercle vicieux de l'intimidation et de la terreur et donner la preuve que les terroristes sont toujours présents dans la ville".

Il explique que "la spirale croissante de la violence derrière laquelle se cachent des groupes terroristes, surtout après leur défaite à Benghazi, est une amère réalité qui ne peut passer sans représailles, un mode auquel se sont habitués ces groupes".

Selon lui, "les actions de certains officiers de l'armée qui imitent le même travail d'assassinat des terroristes contre des personnes soupçonnées de terrorisme a augmenté les tensions internes et externes et a incité ces groupes à prendre des mesures de représailles en réponse à ces actions irresponsables".

On rappelle qu'après le premier attentat à la double voiture piégée, le 23 janvier dernier contre une mosquée à Benghazi, ayant fait plus de 37 morts et 87 blessés, une opération de représailles a été menée par le commandant de l'unité des forces spéciales Saiqa , Mahmoud al-Werfalli, consistant à l'exécution par balles sur le lieu de l'attentat 10 détenus membres des groupes islamistes emprisonnés par l'armée nationale libyenne.

Le commandant al-Werfalli fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, accusé d'avoir procédé à plusieurs exécutions sommaires de prisonniers islamistes.

M. Haddad souligne que la ville de Benghazi a besoin d'une attention accrue des services de sécurité, et en leur offrant une expertise et des équipements spécifiques pour éviter la répétition de telles opérations d'attentats, en particulier, parce qu'elles visent, désormais, les innocents, dans leurs mosquées, sur les marchés et autres endroits publics.

De son côté, membre de la Chambre des représentants (Parlement), Ali al-Toukabli, indique que ces actes sanglants dans la ville de Benghazi représentent le signe "de la fin du terrorisme, qui a été vaincu au niveau populaire et officiellement défait militairement, donc il a recouru à la guerre des faibles".

Le député précise que les groupes terroristes, qui ont perpétré les attentats, vendredi, à Benghazi, tentent de convaincre le public en tant que groupe luttant au nom de Dieu pour répandre la religion d'Allah, assurant qu'il n'écarte pas l'idée que des parties étrangères soient derrières ces explosions.

"Des pays prétendant être venus pour sauver la Libye de la tragédie, et bénéficiant de la reconnaissance et de l'acceptation des résidus des Frères musulmans, qui ont piétiné le caractère sacré de son sol, sont derrière les attaques terroristes", ajoute le parlementaire, sans les nommer.

Les ingérences des puissances régionales et pays étrangers en Libye sont de mise, selon les divisions entre les deux camps en présence en Libye.

Des pays comme le Qatar, la Turquie, le Soudan soutiennent le camp de la mouvance islamiste en Libye qui contrôle la majeur partie de l'Ouest de la Libye, notamment la ville de Misrata, tandis que l'Egypte, les Emirats arabes unis et la Jordanie soutiennent le camp de l'Est à la tête duquel se trouve la ville de Benghazi.

Ces ingérences directes et indirectes conduisent souvent à l'échec des processus politiques et des négociations entre les protagonistes libyens, chacun possédant une influence et une marge de pression suffisante sur le camp qu'ils appuient.

Pour sa part, un membre du Haut Conseil de l'Etat, Abdelrahman al-Chater, appelle toutes les parties libyennes à travailler à la réunification du pays, soulignant qu'à "chaque fois qu'il y a un acte terroriste les politiciens se précipitent à sa condamnation et demandent de traduire les auteurs en justice, de belles paroles, mais inefficaces".

Il ajoute que la condamnation est une attitude négative comme la présentation des condoléances aux morts, alors qu'on auraient pu les sauver.

Dans cette perspective de préserver les vies humaines et d'anticiper les actes terroristes et dissuader les terroristes de passer à l'action en perpétrant des attaques, le maréchal Khalifa Haftar a ordonné l'installation de caméras de surveillance dans les mosquées.

Deux semaines ont été fixées comme délai à tous les responsables des mosquées de procéder aux nouvelles installations de nature à aider à identifier les auteurs et remonter aux commanditaires pour éliminer définitivement cette menace sournoise.

Toutefois, la persistance de l'impasse dans le processus politique, au point mort ,notamment, le Plan d'action de l'Emissaire des Nations unies en Libye, Ghassan Salamé, pour résoudre la crise, ont contribué à la perpétuation de la violence , selon des analystes qui plaident pour la nécessité de surmonter cette phase afin de parvenir à une solution négociée à l'approche du 7ème anniversaire de la commémoration de la révolution du 17 février 2011, motivée au départ par les desseins de création d'une nouvelle Libye libre et démocratique.
-0- PANA BY/JSG/IBA 12fev2018

12 février 2018 00:00:55




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