Menaces de censure dans les media au Liberia

Monrovia- Liberia (PANA) -- Plusieurs journalistes indépendants libériens ont exprimé, lundi, leurs craintes que les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement au sujet de la couverture de la guerre dans le nord ne débouchent sur "une véritable censure".
Pour les journalistes libériens, les nouvelles mesures, qui interviennent dans un contexte de faible degré de collaboration entre le gouvernement et la presse indépendante et d'une intolérance de plus en plus marquée de certains responsables, consacrent un durcissement de la politique du gouvernement en la matière.
Le ministère de l'Information a annoncé vendredi que "tous les commentaires, déclarations et informations" relatifs aux combats qui se déroulent dans le nord du Libéria doivent recevoir son "feu vert" avant leur diffusion ou leur publication.
Cette consigne du ministre de l'Information Reginald Goodridge touche également les commentaires et informations relatives à "d'autres questions touchant à la sécurité nationale".
Selon le ministre, ces mesures ont pour but de réduire les risques de propagation d'informations inexactes susceptibles de semer le doute ou la panique au sein des populations.
Elles viseraient aussi à faire en sorte que "le gouvernement s'exprime d'une seule voix sur les questions d'intérêt national", a-t-il affirmé.
Les ministères, organismes, individus ainsi que les organisations civiles et politiques ont été priés d'apporter leur collaboration à "la coordination, à la vérification et à la planification de la diffusion des informations sous l'angle approprié".
Le gouvernement libérien a déclaré que "toute agence ou tout individu "qui s'amuserait à diffuser des informations générant la confusion ou la panique dans le pays, serait tenu pleinement responsable".
Les journalistes maintiennent que ces mesures constituent une violation flagrante de l'article 15 de la Constitution libérienne, qui limite l'imposition de ce genre de restrictions aux situations d'urgence.
"Le gouvernement doit expliquer s'il a été décrété un état d'urgence auquel la presse doit s'adapter, sinon il doit être permis à la presse de travailler librement et d'assumer ses responsabilités pour ce qui est des informations qu'elle diffuse ou publie", relève James King, gérant d'une station de radio FM.
Le président du syndicat de la presse libérienne, James Kiazolu a déclaré, dans un entretien avec la PANA, que le syndicat "envisage de rencontrer le ministre pour obtenir des éclaircissements sur la question".
Selon un journaliste, la décision du ministre a pour conséquence de rendre difficile tout compte rendu des combats qui ont lieu dans le nord du pays.
D'autres journalistes, qui s'étaient regroupés au siège du syndicat de la presse libérienne, dans le centre de Monrovia, ont aussi exprimé leurs préoccupations du fait que l'expression "autres questions qui touchent à la sécurité nationale" constitue une assertion trop vague qui laisse les journalistes sans défense devant l'Etat.

30 avril 2001 20:59:00




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