Marginalisation des préoccupations africaines

Nairobi- Kenya (PANA) -- Malgré les protestations à grande échelle des agriculteurs africains contre les importantes subventions agricoles accordées à leurs homologues européens et américains, les experts ont indiqué que les consommateurs bénéficient partout dans le monde de la baisse des prix des matières premières.
Les pays africains estiment que ces subventions affectent le commerce des produits agricoles, en appauvrissant leurs agriculteurs, alors que les responsables de l'Union européenne (UE) soutiennent que les pressions pour une baisse radicale des subventions agricoles ont entraîné une baisse des prix des produits.
L'Afrique et les 25 membres de l'UE négocient un Accord de partenariat économique (APE), un nouvel accord commercial qui va garantir un régime commercial réciproque, ce qui signifie que les pays africains vont devoir faire des concessions sous la forme d'ouverture de leurs marchés aux produits industriels de l'UE.
Harvey Rouse, le responsable de la Commission du Tourisme et du Commerce de la délégation de l'UE au Kenya, a déclaré que l'UE ne cherchait pas une entrée commerciale directe en Afrique immédiatement après la signature du nouvel accord commercial qui doit entrer en vigueur en 2008, mais envisageait de pénétrer sur les marchés africains de manière progressive.
Actuellement, les agriculteurs africains vendent leurs produits à l'Europe sans payer les taxes sur les produits importés en raison du pacte de non réciprocité que constitue l'Accord de Cotonou, qui permet à l'Afrique de faire du commerce avec l'UE sans nécessairement faire l'objet de pressions pour ouvrir ses marchés en échange.
«Nous ne disons pas que des produits industriels vont inonder les marchés africains le premier jour des échanges.
Nous allons entrer progressivement sur ces marchés et les pays africains seront autorisés à contrôler ce processus», a déclaré M.
Rouse à la presse lors d'un récent forum.
L'APE, qui a suscité des réactions diverses dans les pays africains, les Nigérians réclamant son rejet, offre aux pays un mélange d'avantages et d'inconvénients, dont la baisse de leurs revenus.
Si les pays africains adoptent les accords de partenariat économique, ils vont renoncer par écrit à leurs droits souverains d'imposer des taxes sur les importations et abandonner leurs pouvoirs d'infliger des taxes de rétorsion sur les produits et les services importés, en appliquant de manière effective une libéralisation totale et la suppression des contrôles aux frontières.
«Les pays africains doivent arrêter de trop dépendre des revenus douaniers et des taxes à l'importation parce que ce ne sont pas des mesures viables à long terme.
Nous devons envisager d'autres moyens de renforcer nos activités commerciales et de rendre nos produits plus compétitifs au plan mondial», a déclaré le ministre kényan du Commerce et de l'Industrie, Mukhisa Tituyi, un négociateur en commerce international de premier plan.
Les négociateurs africains, quelle que soit la représentativité de leurs positions s'agissant des besoins du continent, ont oublié les conséquences des négociations commerciales entre les Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l'UE vont avoir sur les consommateurs locaux.
Le continent a l'intention d'accroître son potentiel d'exportation vers l'Europe et d'augmenter sa part du commerce mondial, qui ne serait que de 1 pour cent, alors que la plupart des pays s'efforcent de sauvegarder leurs créneaux commerciaux dans l'UE.
La lutte pour la prééminence sur le marché européen a traditionnellement entraîné des pénuries aiguës des denrées alors que les pays et les sociétés d'exportation s'efforcent d'obtenir les produits de la meilleure qualité pour les marchés européens où la qualité revêt une importance primordiale.
Le Kenya, par exemple, a été confronté à une pénurie grave du sucre local de mai à juillet, quand le principal producteur de sucre, Mumias Sugar Company, a fermé ses portes et que le pays a dû se résoudre à produire du sucre pour remplir ses obligations dans le cadre d'un contrat d'exportation de 11.
000 tonnes de sucre vers l'UE.
Ce pays d'Afrique de l'Est s'est battu pour une fraction de part de marché en Europe et est autorisé à exporter du sucre vers les marchés européens par l'Accord sur le sucre ACP/UE, dans le cadre duquel les pays européens sont obligés d'acheter le sucre vendu sur le marché par les Etats ACP à des prix plus élevés.
Les analystes estiment que des pays comme Maurice exportent tout leur sucre produit localement vers l'Europe et en importe d'autres pays pour leur consommation locale, une mesure qui rappelle la faible consommation au Kenya de café de qualité car cette denrée est exclusivement réservée à l'exportation.
Mais malgré les difficultés auxquelles sont confrontées les consommateurs africains, les autorités de leurs pays estiment que la négociation des APE est essentielle pour la survie future de l'Afrique alors que le continent a pour objectif de bâtir des économies basées sur les exportations.
"Pour un pays comme le Kenya, vu l'ampleur de ses relations commerciales avec l'UE, où vont 25 pour cent du total de ses exportations, le coût de la renonciation à l'actuel régime commercial risque d'être très élevé", a déclaré le négociateur commercial kényan, Bernard Kagira.
M.
Kagira, un assistant technique auprès de l'Accord Kenya/Union Européenne post-Accord commercial de Lomé (KEPLOTRADE), un projet de l'UE pour former des négociateurs et relancer ses capacités de négociations, a déclaré que l'Afrique cherchait un accès au marché et à commercialiser ses produits agricoles.
L'Afrique veut que l'Europe facilite l'accroissement de sa production et prenne des mesures pour que les produits exportés vers l'Europe soient acceptés.
Les produits africains sont constamment repoussés en raison des normes strictes fixées par les acteurs privés pour assurer la protection des consommateurs européens.
Mais les consommateurs africains ne sont pas aussi bien protégés contre les produits de l'UE, dont certains ont été interdits depuis fort longtemps, mais qui trouvent le moyen d'être écoulés en Afrique en raison du manque de normes adéquates pour la protection des consommateurs et des défaillances des services chargés de faire appliquer ces normes.

31 août 2005 17:17:00




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