Libye : Frappes aériennes meurtrières contre Derna, l'Egypte pointée du doigt

Tripoli, Libye (PANA) - Des doigts accusateurs ont été pointés, au lendemain des frappes aériennes meurtrières contre la ville de Derna (Est) tuant 16 personnes dont des enfants et des femmes, sur l'Egypte, puissance régionale qui a déjà mené par le passé, plusieurs raids meurtriers contre cette ville, non loin des frontières communes libyo-égyptiennes.

Le décès de civils dont une majorité d'enfants et de femmes a suscité l'émoi dans le pays, et toute la classe politique libyenne dans sa grande diversité, a été unanime à condamner ces frappes aériennes, exigeant que la lumière soit faite sur les circonstances de ces frappes et  l’identification de ses auteurs pour que les mesures idoines soient prises à leur encontre.

Un deuil de trois jours a été décrété sur l'ensemble du territoire par le Conseil présidentiel. Le président du Conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale en Libye reconnu par la communauté internationale, Fayez Al-Sarraj a demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies, l'ouverture d'une enquête pour déterminer l'origine des frappes.

Dans un communiqué, Fayez Al-Sarraj a chargé le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Siala, de faire le suivi de la requête auprès du Conseil de sécurité de l'ONU afin qu'une enquête soit ouverte au plus tôt pour identifier les auteurs de ces frappes.

Contrôlée par le Conseil de la Choura des révolutionnaires de Derna, une coalition de groupes armés islamistes extrémistes affiliés à Al-Qaïda, Derna est assiégée par les troupes du maréchal Khalifa Haftar qui exercent un blocus total, assoupli récemment pour ne laisser entrer que les médicaments et autres produits de première nécessité.

Mais l'armée de l'air de Khalifa Haftar n'a pas revendiqué la paternité de ces frappes.

D'ailleurs, selon des témoins à Derna, la puissance de feu des bombes et la massivité des bombardements au nombre de dix sorties effectuées dans un temps court, dépassent les capacités des forces armées de Haftar.

Confrontée à l'essor de la mouvance djihadiste qui a perpétré des opérations terroristes meurtrières contre les forces de police et de l'armée dans la région du Sinaï, l'Egypte avait déjà, à maintes reprises, mené des frappes aériennes pour se venger des groupes extrémistes basés à Derna.

Ces deux derniers jours, l'armée égyptienne a annoncé avoir ciblé des colonnes de véhicules de djihadistes à la frontière avec la Libye qui tentaient de s'introduire en Egypte.

Le président Abdel Fattah Al-Sissi a indiqué qu'il frappera les groupes terroristes où qu'ils se trouvent et sans en référer à quiconque, estimant que la sécurité de l'Egypte était une "priorité absolue".

Le Parti pour la justice et la construction (PJC), bras politique des Frères musulmans en Libye , a accusé directement l'Egypte d'être derrière les frappes aériennes de lundi soir contre la ville de Derna.

Au-delà de l'animosité que nourrissent les Frères musulmans contre le régime d'Al-Sissi qui a éradiqué la confrérie en Egypte et emprisonné ses dirigeants politiques, le PJC a indiqué que ces frappes égyptiennes sont motivées par un esprit de vengeance à l'égard des groupes d'obédience islamique.

Omar Baioo, un journaliste libyen a accusé, sans détours, les forces armées égyptiennes d'avoir mené des frappes aériennes contre la ville de Derna ayant tué des enfants et des femmes.

"Comment nos officiers réunis au Caire vont nous rencontrer alors que l'aviation égyptienne tue les enfants de Derna", a écrit mardi, le journaliste sur sa page facebook.

Pour se dédouaner, et face au tollé suscité par ces frappes, l'Egypte s'est précipitée à condamner ces raids aériens.

Dans un communiqué, le ministère égyptien des Affaires étrangères a dénoncé les bombardements contre la ville de Derna lundi qui a fait plusieurs morts et un grand nombre de blessés.

"La République arabe d'Egypte a condamné avec la plus grande fermeté les bombardements aériens qui ont frappé la ville libyenne de Derna, lundi 30 octobre, qui ont entraîné la mort de civils innocents", a précisé le communiqué publié par le ministère égyptien des Affaires étrangères.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a ajouté que "l'Egypte a présenté ses condoléances aux familles des victimes, ainsi qu'aux dirigeants politiques et populaires libyens".

De nombreux Libyens ont dénoncé ce qu'ils ont appelé "une violation flagrante de la souveraineté de la Libye", appelant les autorités du pays et la communauté internationale à préserver l'indépendance de la Libye et à protéger ses civils contre "l'hégémonie de puissance régionale" qui profite du chaos dans le pays pour s'immiscer dans les affaires internes de la Libye.

Des pourparlers sous l'auspice de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye, ont parachevé le deuxième round relatif à la mise en œuvre du Plan d'action onusien pour régler la crise dans le pays, sans aboutir à des résultats concrets, notamment en réglant les points de litige relatifs à l'article 8 de l'Accord politique concernant l'attribution des postes de commandements militaires.

La Libye est confrontée depuis 2011 dans le sillage du soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi à des troubles politiques et sécuritaires ponctués par l'effondrement des institutions de l'Etat et la prolifération des armes favorisant un chaos généralisé.

Le Plan d'action de l'Emissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, représente une ultime opportunité pour les Libyens de trouver une solution négociée à la crise, ont estimé les analystes.

Composé de trois phases dont la première est relative à l'amendement de l'Accord politique, le plan d'action qui s'étale sur un an, porte aussi sur l'organisation d'une conférence inclusive, l'adoption d'une Constitution et l'organisation d'élections générales.

Ployant sous le poids des difficultés de la vie avec une crise de liquidités qui perdure, la chute de la valeur du dinar et autres pénuries d'eau, d'électricité et de médicaments, les Libyens n'aspirent qu'à une chose, la paix, la stabilité et le construction d'un Etat de droit et démocratique assurant l'alternance pacifique au pouvoir.
-0- PANA BY/IS/SOC 01nov2017

01 novembre 2017 15:24:39




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