Levée de boucliers au nord contre les mariages précoces

Yaoundé- Cameroun (PANA) -- Les femmes du nord Cameroun, qui ont rencontré récemment les autorités administratives et traditionnelles de leurs provinces, ont condamné publiquement les mariages précoces et forcés des jeunes filles.
Le Réseau des mouvements associatifs féminins de cette région estime que cette pratique ancestrale est ancrée dans les coutumes des populations de cette partie du pays.
Les membres de ce mouvement de protestation estiment que les mariages précoces et forcés constituent une barrière pour l'éducation, la scolarisation et la santé des jeunes filles.
Les études sur le phénomène au Cameroun soulignent que 43% des femmes mariées, âgées de 25 à 29 ans, avouent avoir contracté leur premier mariage avant 18 ans.
Les filles, mariées entre 15 et 19 ans, représentent 24% de femmes mariées au Cameroun, selon des statistiques du ministère de la Condition féminine.
Selon une enquête de la démographie et de la santé, réalisée en 1998, ce sont les adolescentes des zones rurales qui sont les plus victimes du phénomène, de même que celles qui ont un niveau d'instruction primaire.
Les régions les plus touchées sont celles du grand nord Cameroun et de l'Est.
Pour ces filles, c'est l'inquiétude au quotidien de ne pouvoir aller au bout de leurs études ou de donner un jour leur coeur à l'homme qu'elles auront choisi.
L'UNICEF estime que la législation camerounaise encourage l'émancipation précoce des jeunes filles en leur permettant de se marier dès 14 ans.
Selon des observateurs, la remarque de l'agence spécialisée des Nations Unies est juste, surtout lorsqu'on constate qu'aucune mesure répressive n'est prise à l'encontre des parents qui offrent - ou vendent simplement - leur enfant à un homme du troisième âge.
A 20 ans, il arrive parfois que ces jeunes filles soient divorcées deux à trois fois.
Certaines jeunes filles, mariées de force, expliquent volontiers qu'elles ont accepté de se marier, à condition de ne pas arrêter leurs études.
Une promesse rapidement oubliée par le mari après la cérémonie.
Elles subissent d'ailleurs des violences physiques quand elles essaient d'insister.
La pauvreté, les difficultés économiques, le niveau d'instruction sont à l'origine de ces agissements.
Seulement, les parents ne voient pas que le mariage précoce d'une fillette suppose une grossesse précoce qui l'expose alors à l'éclampsie, une maladie souvent mortelle.
Selon le Dr André Edou, les filles enceintes, de moins de 16 ans, sont les plus exposées à cette maladie grave.
"L'éclampsie est une pathologie liée à la grossesse, qui se caractérise par une crise d'épilepsie.
La malade est prise par de violentes convulsions, souvent accompagnées d'une crise d'hypertension.
Si l'utérus n'est pas "vidé" rapidement grâce à une césarienne, la maladie sera fatale pour la jeune fille, l'enfant et souvent les deux", a expliqué le Dr Edou à la PANA.
Le médecin affirme que pour une crise d'éclampsie, les taux de mortalité sont élevés en Afrique.
"C'est à Garoua, dans la province du nord que j'ai vu le plus de cas d'éclampsie dans ma vie.
A l'hôpital où je travaillais comme gynécologue, je me retrouvais parfois avec cinq cas simultanément.
Les patientes étaient toutes des filles de moins de 16 ans", a-t-il dit.
En dépit de tous ces désagréments, la législation n'est pas suffisamment rigoureuse.
Elle prévoit seulement des dommages et intérêts pour réparer le préjudice qui, pour la fille, se résume par le temps perdu et les sévices corporels endurés.

20 avril 2001 08:16:00




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