Les vrais pyromanes de la Centrafrique à couvert du secret de polichinelle

> Par Seyena Biava SESHIE
Rédacteur en Chef de la PANA

Bangui, Centrafrique (PANA)
– Il ne se passe plus de semaine sans que la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) ou encore l’une ou l’autre des agences de l'institution onusienne, engagées dans la pacification de la République centrafricaine, ne condamne des violences armées dont la recrudescence fait d’importantes victimes et provoque l’accroissement des déplacés internes.

La dernière en date, c’est  l’embuscade tendue par des anti-Balakas, ce dimanche à Bangassou, dans la préfecture du Mbomou (sud-est de la République centrafricaine) à un convoi militaire de la MINUSCA, tuant un soldat de la paix et faisant trois blessés, deux jours après que des violences ont éclaté dans la même localité, visant les populations civiles.

" Un lieu de culte, la cathédrale,  a subi des vols et d’importantes déprédations,  des membres du personnel d’une organisation caritative et certains de leurs proches, ainsi que des personnes déplacées ont été séquestrés, tandis que des maisons ont été incendiées dans le quartier environnant", précise l'Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires humanitaires (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs - OCHA).

La réaction de la MINUSCA, dans de pareilles circonstances, enchaîne souvent condamnations et mises en garde, sans toutefois décourager d’éventuelles attaques de la part des groupes armés qui font la loi dans de nombreuses localités du pays, à la faveur de la faiblesse des autorités de l'Etat, pourtant issues des législatives et présidentielles de 2016, mais dont l'administration reste malheureusement dépeuplée au profit des groupes d'intérêts parallèles.

« La Mission condamne cette nouvelle attaque des anti-Balakas contre les soldats de la paix » … et « tient à souligner que cette nouvelle agression ne restera pas impunie et ne saurait altérer sa détermination et son ferme engagement à œuvrer pour le retour d’une paix et d’une stabilité durables en RCA », dixit le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République centrafricaine.

Et le Coordonnateur humanitaire en République centrafricaine, Najat Rochdi,  n'aura de cesse de prier les "parties au conflit" à leurs obligations vis-à-vis du droit international, notamment en faveur de la protection des civils: "Elles doivent s’assurer de leur sécurité, du respect de leur intégrité physique, de leur liberté de mouvement et de leur accès sans entrave à l’assistance humanitaire", cite-t-il.

Depuis la signature, le 19 juin  dernier, à Rome (Italie), sous l’égide de Sant' Egidio, de l’Accord pour la pacification de la Centrafrique,  les actes de violence semblent se multiplier, comme pour démentir l’optimisme dont  la MINUSCA revêt cet accord au bas duquel avaient apposé leurs signatures aussi bien les officiels de la République que la douzaine de groupes armés pompeusement désignés sous le vocable «Groupes politico-militaires ».

Les hostilités ouvertes dans la localité de Bria, quelques jours seulement après cet accord, s’étaient poursuivies à Bangassou les 21 et 23 juillet et laissent croire que les vrais pyromanes demeurent inaccessibles, voire insaisissables au travers du langage onusien que le chef de la MINUSCA, Parfait Onanga-Anyanga, avait adopté dans l’interview à laquelle la radio centrafricaine, Ndeke Luka, l’avait convié, vendredi 14 juillet.

Et pourtant l’Accord de Rome, dénommé « Entente de Sant’Egidio » prévoit, entre autres mesures sécuritaires, la réouverture du territoire national à la libre circulation des personnes et des biens (…), la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national (…) et l’insertion des membres des groupes politico-militaires dans les forces nationales de défense (…).  

Les réponses de Parfait Onanga-Anyanga au journaliste de la Radio  Ndeke Luka, qui lui  demande: « A quand la paix dans ce pays? », laissent dubitatif sur l’identité des commanditaires de ces actes de violence ou des « vrais  pyromanes ».

« La vérité est que la MINUSCA, à elle seule, ne pourra pas régler le problème de la paix dans le pays. Il faut que les uns et les autres arrêtent de mettre le feu », affirmait Parfait Onanga-Anyanga.

Invité à décliner les noms de ces pyromanes, le Chef de la Mission onusienne renvoie la balle au journaliste: « Vous les connaissez mieux que moi », indiqua-t-il avant de préciser qu’il y a « encore beaucoup trop de pyromanes dans ce pays ».

Non sans emboucher le cor de l’optimisme, pour promettre, une nouvelle fois, au « camp de ceux qui ont choisi la mort et la violence », qu’ils « auront un jour leur compté », une fois les Forces armées centrafricaines (FACA), toujours en formation, "seront en capacité de se joindre à la MINUSCA, pour renforcer le camp du droit, pour renforcer le camp de la légitimité".

Le camp du droit serait donc en position de faiblesse dans le rapport des forces en présence en Centrafrique, offrant de larges coudées franches aux groupes armés pour imposer aux populations la loi de la terreur, comme pour couvrir les bruits des pelles mécaniques et autres chenilles qui s’activent sur certains des champs miniers de ce pays, l'un des plus pauvres du continent.

La Centrafrique, qui compte du pétrole, de l’uranium, du lithium, du thorium, du zirconium, du manganèse, du diamant, de l’or, du fer, du calcaire et du cuivre dans son sous-sol, pourra difficilement échapper à cette malédiction qui contraint les pays pauvres mais immensément riches en ressources naturelles à troquer leurs trésors et la paix contre la précarité et la guerre.

Et le porte-parole de la MINUSCA, Vladimir Montero, ne pensait pas réaliser qu'il mettait le feu aux poudres, lorsqu’il présentait l’Accord de Sant’Egidio et l’opérationnalisation de la Cour pénale spéciale comme deux  « événements importants qui permettent d’envisager l’avenir avec un certain optimisme ».

Lui, n’entendait pas non plus traduire l’impression profonde de tous ceux qui étaient autour de la table de Sant’Egidio et parmi lesquels un bon nombre ne saurait rester indifférent à la simple évocation d’une Cour pénale spéciale, tout simplement parce que leurs activités, plutôt illégales, prospèrent plus aisément à couvert des écrans de fumées que constituent les violences socio-politiques.
-0- PANA SSB/IBA 24juillet2017

24 يوليو 2017 15:54:22




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