Les prostituées de La Réunion se mettent à l'heure d'Internet

Saint-Denis- La Réunion (PANA) -- Depuis l'entrée en vigueur des nouvelles lois contre le racolage sur la voie publique, les prostituées de La Réunion se sont mises à utiliser des moyens modernes pour attirer leurs clients en délaissant le trottoir, notamment les annonces et les dialogues en direct sur Internet.
La pénalisation du racolage passif suite à l'introduction des nouvelles lois du ministre français de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a considérablement diminué le nombre de prostitués dans les rues de la capitale réunionnaise.
D'habitude très animés et ressemblant à une véritable foire tous les soirs de la semaine et les week-ends, les abords de la gare routière de Saint-Denis sont devenus très calmes et paisibles depuis l'introduction de ces nouvelles lois.
Ces mesures ne font pas le bonheur des filles de joie, qui se retrouvaient parfois à plus d'une centaine tous les soirs pour monnayer leurs charmes.
"Il y a très peu d'étrangères, notamment les Malgaches et les Mauriciennes.
Elles ne viennent plus, elles ont peur", confie au correspondant de la PANA une péripatéticienne réunionnaise, se sentant presque seule dans un recoin de la gare routière.
L'explication est toute simple: les étrangères, majoritairement des ressortissantes de l'île Maurice et de Madagascar, préfèrent ne pas s'exposer dans les rues, de peur des représailles policières contre le racolage passif, puni désormais de 3.
750 euros d'amende et de deux mois de prison.
Les étrangères qui, pour la plupart, viennent sur l'île avec un visa touristique de 15 jours, craignent surtout l'expulsion du territoire et l'interdiction de séjour.
"Quand elles ont assez de moyens, elles passent des annonces dans le journal, mais ce qui est à la mode maintenant c'est le 'chat' (dialogue en direct sur Internet)", avoue cette travailleuse du sexe apparemment bien informée.
"JF donne massage" ou "JF cherche couple ou JH", tels sont quelques-uns des messages que l'on peut lire aujourd'hui sur les sites réunionnais qui font fureur parmi la communauté internaute de l'île.
Un moyen moderne et surtout anonyme de vendre ses prestations en évitant l'insécurité de la rue.
"Je vous propose des massages plutôt sensuels et on se donne rendez-vous à tel hôtel", répond sans gêne cette masseuse d'un genre particulier jointe au téléphone.
Cependant dans les milieux associatifs et médicaux, on souligne que ces nouvelles lois auront des effets "extrêmement graves" sur les personnes et la santé publique.
Une association réunionnaise spécialisée dans l'assistance aux prostituées, notamment sur le plan de la santé, parle d'une "catastrophe" susceptible de compromettre les résultats du travail accompli depuis de longues années.
Pour Léa, une habituée des libres antennes sur les radios de l'île, ces lois auront pour effet de renvoyer la prostitution dans la clandestinité avec les dérives inhérentes à toute prohibition.
Elle ajoute que les violences exercées sur les prostituées par les rôdeurs vont s'accroître, les agresseurs ayant un sentiment d'impunité totale puisque les prostituées en infraction n'oseront plus faire appel à la police.
En outre, "elles se devront de travailler plus longtemps pour payer les amendes", dit-elle.
Dans un souci de se cacher de la police, elles vont avoir des relations sexuelles dans la précipitation, ce qui les empêchera de respecter les règles élémentaires de protection et d'hygiène, explique encore Léa.
Pour cette militante d'une association de lutte contre le sida, les professionnels du sexe se sont affirmés, au fil des années, comme l'un des principaux groupes en mesure de susciter une mobilisation face à la pandémie, tant en matière de soins que de prévention.
"Malheureusement, ajoute-t-elle, ils doivent encore faire face à de nombreux obstacles tels que la stigmatisation et la discrimination, ainsi qu'à des législations qui les traitent en criminels et leur barrent l'accès à l'information et aux services dont ils ont besoin".
Cela dit et malgré ces lois répressives, certains restent quand même fidèles au trottoir.
Elles sont juste légèrement plus vêtues que d'habitude.
"On ne pourra pas mettre un policier derrière tout le monde, ils ont d'autres chats à fouetter", conclut l'une d'entre elles.

07 يوليو 2003 23:06:00




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