Les producteurs béninois adoptent le Nerica

Cotonou- Bénin(PANA) -- Bien qu'encore en expérimentation au Bénin, le Nouveau riz pour l'Afrique (Nerica) fait déjà des adeptes de plus en plus nombreux dans le département des Collines.
Les paysans de Dassa et Glazoué (zones situées à environ 220 à 230 km de Cotonou) ne pensaient pas, a priori, avoir fait le bon choix en acceptant de tester chacun cinq variétés de ce riz recommandé par l'Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (Adrao), avec le soutien technique de l'Institut national de recherches agricole du Bénin (INRAB).
"Nous n'avons rien à perdre à l'adopter.
Le rendement est double comparé aux autres variétés pluviales, il n'est pas trop haut et son cycle est assez court pour nous permettre la culture d'autres produits.
Il n'est pas du tout exigeant.
Sans engrais, nous avons entre 1,6 et 2 tonnes par ha, ce qui n'est pas évident avec les autres variétés de riz pluvial", estime M.
Agossa, l'un des premiers paysans à avoir expérimenté le Nerica.
Si ses camarades et lui n'en produisent pas encore en grande quantité, ils souhaitent déjà que des dispositions soient prises par les autorités en charge de l'agriculture afin d'en faire une filière génératrice de devises comme le coton.
Sur le plan technique, le docteur Vincent Joseph Mama de la direction scientifique de l'INRAB explique que le Nerica, mis au point par l'Adrao grâce au croisement entre des variétés de riz asiatique et africain, présente des caractéristiques positives, notamment la résistance à la rouille, à la cécidomyie (maladie liée à des parasites des plantes) et au virus du riz.
Il résiste plus à la concurrence des mauvaises herbes, au développement précoce du couvert au niveau du sol de même qu'il bénéficie d'une bonne tolérance aux pressions, à la salinité, à la sécheresse, à la toxicité et au feu.
Assigbé Paulin du Projet riz basé à Bohicon (ville carrefour située à 135 km de Cotonou) explique que les variétés Nerica ont été introduites au Bénin par un processus de sélection variétale participative, c'est-à-dire impliquant des chercheurs, vulgarisateurs et producteurs.
En 1998, 45 variétés ont été produites et les paysans étaient chacun conviés à en choisir cinq qu'ils devaient s'échanger par la suite afin de permettre ainsi à tout le monde de faire l'expérience de toutes les variétés.
Comme mesure d'incitation, le projet continue de prendre en compte les recherches, le suivi et la fourniture des semences.
L'engrais n'a été fourni que la première année.
De toutes les variétés introduites au Bénin, le Nerica 1 et le Nerica 2 sont les plus appréciés parce qu'ayant un cycle beaucoup plus court et une plus forte résistance à la sécheresse.
Le Nerica 2, lui, possède une excroissance appelée barbe qui permet de luttercontre les oiseaux.
Cette barbe pique les volatiles et les fait fuir, permettant ainsi au riz d'aller jusqu'à maturité.
Avec un rendement de deux à trois tonnes chez le paysan, à peine 500 g de Nerica sont cultivés sur un huitième d'hectare par cultivateur et près de 400 à 500 paysans cultivent toutes les variétés de riz pluvial, y compris le Nerica qui prend la plus grande place.
Dans les zones expérimentales du Nerica, tout le monde est emballé.
Si les hommes s'occupent plus de la culture, les femmes, elles, sont toujours à pied d'oeuvre pour la transformation et la vulgarisation.
Au nombre de ces femmes figure en première ligne Agossou Antoinette dite Ina Gogo.
A la tête de l'union "Imora sishè" (Ardeur au travail en langue locale idasha), Ina Gogo, avec ses 25 groupements de femmes, sillonne les villages environnants pour faire découvrir à ses compatriotes les atouts du Nerica.
Les 300 membres de son union s'occupent aussi de la transformation du riz en produits immédiatement consommables.
Sous leurs mains agiles, la pâte de Nerica, appréciée de tous les hameaux environnants, a ravi la vedette aux autres pâtes.
Grâce à l'abondance de son amidon auquel s'ajoutent le goût et l'odeur, le Nerica permet, selon Mme Agossou, de réaliser beaucoup plus de prouesses en art culinaire.
Transformé en boisson locale, le Nerica est une parfaite réussite, reconnaît Batcho Ruffine, une étudiante habitant la même localité.
Moins lourd, il germe avec plus de facilité que les autres riz et mieux que le mil et le maïs.
Depuis la découverte du Nerica, les femmes des villages de Gomè, Sokponta et environs ne gaspillent plus leur argent pour acheter les cacahuètes importées.
Cette variété gonfle plus facilement dans l'huile que les autres qualités de riz pluvial.
En outre, son égrenage est beaucoup plus facile.
Préparé ou non, il comporte moins de brisures.

28 سبتمبر 2003 15:58:00




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