Les limites de la sécurité alimentaire au Burkina Faso

Ouagadougou- Burkina Faso (PANA) -- Le déficit agricole enregistré au Burkina Faso entre 1995 et 1998 a amené le gouvernement à élaborer une stratégie de sécurité alimentaire en 2000, en vue d'améliorer le cadre institutionnel de gestion et de coordination de la sécurité alimentaire au pays.
Financé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la FAO, le dispositif mis en place a permis à l'Etat non seulement d'engranger 13 milliards de FCFA (24,3 millions de dollars) pour faire face à la pénurie, mais aussi de formuler un cadre de stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté.
Cette stratégie a été guidée, selon les économistes, par la situation nutritionnelle, la disponibilité alimentaire ainsi que la stabilité de l'offre alimentaire et l'accessibilité alimentaire dans le pays.
L'insécurité alimentaire, indique-t-on, frappe une grande partie de la population burkinabé.
Selon les statistiques de l'Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), plus de 45 pour cent des Burkinabé vivent au dessous du seuil de pauvreté.
Pour faire face à la situation, le Conseil national de sécurité alimentaire (CNSA) a été créé en 2000 dans le but de superviser la mise en place de la stratégie de sécurité alimentaire.
Il oeuvre à l'implication de tous les acteurs (gouvernement, société civile, partenaires techniques et financiers) et responsabilise les collectivités locales et la population dans la gestion de la sécurité alimentaire.
Selon son secrétaire exécutif, Paul André Yaméogo, le CNSA est également chargé de la mobilisation des ressources et de la coordination de l'information sur les aides alimentaires programmées et mises en oeuvre au Burkina Faso.
Dans cette perspective, un fonds d'appui à la sécurité alimentaire (FASA) a vu le jour pour financer les activités du CNSA avec la mise en place d'un stock alimentaire de 35.
000 tonnes de céréales locales, d'un stock financier représentant la contre valeur de 25.
000 tonnes de céréales et d'un stock d'intervention destiné à lutter contre la pauvreté en milieu rural entièrement financé par l'Etat burkinabè.
Selon un diagnostic de la sécurité alimentaire fait par le CNSA, les capacités de stockage des villages sont très limitées, soulignant que seuls les centres urbains, notamment Ouagadougou et Bobo Dioulasso, ont des capacités de stockage à court et moyen terme.
Quant aux importations céréalières, elles oscillent entre 100.
000 et 180.
000 tonnes par an.
Elles sont surtout constituées de riz et de blé qui représentent 95 pour cent du volume total.
Il ressort des statistiques du ministère de l'Economie que l'aide alimentaire annuelle au Burkina Faso se situe en moyenne à 49.
000 tonnes alors que l'aide d'urgence est estimée à 4.
000 tonnes par an.
Représentant 80 pour cent du total des aides alimentaires, les produits céréaliers dominent largement les volumes d'aide alimentaire reçus par le Burkina Faso.
Quand bien même les autorités burkinabé souhaiteraient l'acquisition des produits alimentaires sur le marché local, les céréales fournies par les partenaires sont en grande partie importées, la part des produits locaux en représente seulement 17 pour cent.
Certaines habitudes alimentaires des populations obligent les structures chargées de la distribution des aides alimentaires à trouver des produits spécifiques.
Dans le nord du pays, selon M.
Yaméogo, les populations peuls troquent souvent mil et maïs contre le petit mil qui fait partie de leur base alimentaire.
En 2003, l'aide de 1.
000 tonnes de dattes de l'Arabie Saoudite aux 3.
000 rapatriés de la Côte d'Ivoire a été troquée dans les régions Sud et Sud-Ouest contre du mil, du sorgho ou du maïs, indique-t-on.
Le CNSA bénéficie de l'appui technique de la Direction générale des prévisions et des statistiques agricoles (DGPSA) chargée de la collecte, du traitement et de la diffusion des informations relatives aux productions alimentaires et à l'alerte rapide en matière de sécurité alimentaire.
Quant à la Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire (SONAGESS), elle est chargée du stock national de sécurité (SNS) et des aides alimentaires ainsi que la gestion de l'information sur les marchés des produits agricoles.
La SONAGESS contribue en outre, à assurer la disponibilité des produits agricoles dans les zones déficitaires.
L'Etat burkinabé est confronté au problème de conservation de ses stocks alimentaires.
Le secrétaire exécutif du CNSA estime que 100 millions de FCFA (186.
870 dollars) sont nécessaires chaque année à l'entretien des 35.
000 tonnes de stocks céréaliers entreposés dans les magasins.
L'autre préoccupation pour l'Etat burkinabè ces dernières années semblent être l'importation hors normes de certains produits alimentaires et la mauvaise qualité des denrées alimentaires qui inondent le marché.
La Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) ne cesse de dénoncer la mauvaise qualité de certaines denrées à grande consommation qui envahissent les super marchés de Ouagadougou.
Dans un rapport publié en juillet, le Laboratoire national de santé publique (LNSP) souligne la circulation d'huiles frelatées, de conserves de tomates, de yaourt, de lait et de pâtes alimentaires impropres à la consommation.
En août 2003, les services de contrôle du ministère des Ressources animales avait saisi 800 tonnes de viande de poulet impropres à la consommation qui ont été frauduleusement importées d'Amérique du Sud.
Une série de textes réglementaires avaient alors été prise pour éviter l'importation et la circulation sur le territoire national de produits nuisibles à la santé humaine.
Mais le phénomène semble perdurer puisque les services de contrôle alimentaire du ministère de la Santé soupçonnent certains importateurs de poisson de déverser sur le marché burkinabè des produits dont les conditions de conservation peuvent compromettre la santé des consommateurs.

22 Setembro 2004 18:08:00




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