Les leaders traditionnels africains pour une meilleure gestion du foncier (par Thérèse Isszeki)

Addis-Abeba, Ethiopie (PANA) - Les leaders traditionnels africains ont plaidé pour une meilleure implication des tenants du pouvoir traditionnel à la réalisation d’une gouvernance foncière soucieuse du développement et du bien-être de toutes les populations, sans distinction d’âge et de sexe, lors d’un dialogue politique tenu ce jeudi à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Lors de ce dialogue politique qui se tient dans le cadre de la deuxième conférence sur le foncier africain,  plus d’une trentaine de chefs traditionnels représentatifs des différentes zones géographiques du continent, ont entretenu l’assistance sur la conception traditionnelle du foncier, le rôle autrefois joué par les autorités traditionnelles, le règlement des différents conflits et les dispositions prises pour la préservation du patrimoine foncier et une jouissance favorisant le vivre-ensemble.

Ils ont également déploré que depuis l’indépendance, et avec l’avènement des administrations modernes, les autorités traditionnelles et leurs modes de gestion foncière aient été totalement écartés, laissant la place à une gestion basée sur l’individualisme et le pouvoir de l’argent.

Pour la plupart des intervenants, les conflits fonciers connus de nos jours, et qui parfois engendrent des crises beaucoup plus graves, sont dus à cette marginalisation et à une gestion foncière qui ne prend pas en compte les réalités africaines.

Stefen Isakare, autorité traditionnelle ougandaise déclare : «Quand une personne vient s’accaparer de quelque chose qui vous appartient, vous vous en référez au chef qui a pour devoir de protéger tout le monde sans partialité. L’Afrique est un grand continent où ont lieu l’éducation organisée et la civilisation, avec des exemples comme Tombouctou, Alexandrie, et autres. C’est aussi l’endroit qui a inspiré des savants comme Socrate».

« C’est l’endroit où sont nées la civilisation et beaucoup d’autres valeurs au moment où ailleurs, c’était la barbarie», a-t-il indiqué, se désolant de ce que le système de gestion moderne de la cité ne s’inspire pas de la tradition.

«Nous chefs traditionnels, sommes les gardiens et les témoins des terres coutumières plus vastes. Nous ne sommes pas des images à mettre sur des murs, mais nous devons travailler à faire développer le monde. Lorsque nous travaillions, le monde se portait mieux, aujourd’hui beaucoup de maux apparaissent et minent les sociétés organisées», a-t-il fait remarquer.

Il a déploré que l’Afrique soit le continent des valeurs et des richesses, mais où il n’y a pas d’équilibre de pouvoir, où éclatent des catastrophes naturelles dont l’homme est la cause, toutes choses qui entraînent le retard de l’Afrique.

«Nous devons changer cela, nous devons jouer notre rôle et prendre notre responsabilité en ce qui concerne la question foncière, sinon, la révolution qui viendra de la jeunesse jettera l’Afrique dans les abîmes», a-t-il martelé.

Il a invité au partenariat et au leadership, appelant toutes les parties intéressées à prendre en compte l’apport des chefferies traditionnelles pour mettre fin à ces guerres et à cette pauvreté qui freinent l’Afrique.

A sa suite, sa majesté Imfumu Chisatunda XI de la Zambie a invité les autorités traditionnelles à mieux s’impliquer dans les transactions foncières.

Il a déploré que les systèmes coutumiers ne soient pas toujours associés aux investissements et que les gouvernements compromettent de plus en plus le foncier par des contrats dont n’ont souvent pas connaissance les chefs traditionnels.

Quant à sa  majesté Kouakou Atakié du Ghana, il a appelé les gouvernements africains à travailler avec la chefferie traditionnelle pour résorber les conflits fonciers et le chômage des jeunes.

A la suite des chefs traditionnels, Dembé Constant, directeur du foncier rural en Côte d’Ivoire, a suggéré une mise en valeur des terres qui préservent l’environnement et une implication des populations dans les grands investissements par l’actionnariat et l’accès des populations rurales au crédit.

«Personne ne réalise de grands investissements de sa poche, on a recours aux crédits», a-t-il souligné.

Une participante tunisienne qui excelle dans le domaine de la micro-finance a invité à repenser le rôle des autorités traditionnelles dont l’intervention devient timide quand il s’agit d’héritage et de questions touchant à la femme et aux jeunes.
  
Selon une étude récente, la majorité des conflits qui ont entravé le développement de l’Afrique trouvaient leurs racines dans les questions de gouvernance foncière, exacerbées par la politisation et l’ethnicité.

Les terres étant au cœur des moyens de subsistance en Afrique, l’accès, le contrôle et la compétition pour les ressources foncières sont souvent utilisés pour propager les inégalités socio-économiques. Les conflits ethniques liés aux terres en Afrique revêtent différentes formes.

Une analyse des causes de ces conflits met en lumière des liens forts avec les griefs fonciers, qui peuvent être résolus grâce à des politiques foncières inclusives et le renforcement des capacités des spécialistes des questions foncières afin de garantir que des approches  sensibles aux conflits soient appliquées dans la réalisation de leurs activités.

De l’avis des experts, la bonne gouvernance foncière est présentée comme un élément essentiel de la réalisation de l’Agenda 2063, en particulier les objectifs relatifs à la qualité de vie et au bien-être à l’agriculture, à l’environnement, à la paix et à la sécurité et à l’égalité entre les hommes et les femmes.

De même, la réalisation des objectifs de développement durable du programme 2030 passe par la bonne gouvernance foncière, en particulier les objectifs relatifs à l’élimination de la pauvreté, à l’éradication de la faim et à la promotion de l’agriculture durable, à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation des femmes, à la croissance économique inclusive et à l’emploi productif, aux établissements humains et à la promotion de sociétés pacifiques et inclusives.

Démarrée mardi soir, la conférence qui prend fin vendredi, est organisée par l’initiative de politique foncière (Land Policy Initiative -LPI), une initiative conjointe de la Commission de l’Union africaine (CUA), de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et de la Banque africaine de développement (BAD).

Elle se veut un événement de politique et d’apprentissage destiné à approfondir les capacités d’élaboration de politiques foncières en Afrique grâce à un meilleur accès aux connaissances et informations sur l’élaboration des politiques foncières et leur mise en œuvre.

-0- PANA IT/IS/SOC 16nov2017

16 novembre 2017 17:10:37




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