Dakar- Sénégal (PANA) -- L'euphorie provoquée par le lancement, le 26 mai, de l'Union africaine pourrait masquer les déficiences économiques chroniques de ce continent marginalisé, qui ne représente que deux pour cent du total des échanges commerciaux mondiaux.
Les indicateurs économiques révèlent les très mauvaises performances de la plupart des pays africains qui laissent très peu de place à l'espoir de l'instauration d'un développement durable.
Les estimations de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), basée à Addis Abéba, montrent que le Produit intérieur brut (PIB) du continent a connu une progression de 3,7 pour cent en 2000.
Cependant, ce taux de croissance "masque des situations très déséquilibrées entre sous-régions et groupes de pays", à telle enseigne que les économies des pays les moins développés enclavés "ont enregistré un recul en 2000, si l'on compare leurs résultats à ceux de l'année 1999.
" De même, si le déficit actuel des comptes courants a considérablement diminué, jusqu'à 2,5 milliards de dollars US, du fait de l'accroissement des recettes d'exportation des pays africains exportateurs de pétrole, il faut noter qu'il a connu une forte augmentation dans les pays importateurs de pétrole.
S'adressant à la 73ème session du Conseil des Ministres de l'OUA, réunie à Tripoli, au mois de mars, le secrétaire général adjoint de la CEA, Lalla Ben Barka, avait déclaré que "la situation générale appelle une réflexion de notre part, car la croissance sur le continent a connu un net ralentissement au cours des dernières années".
En fait, il s'agit là d'un réel euphémisme.
Les chiffres officiels révèlent que le PIB moyen par tête d'habitant a chuté de presque un pour cent en 1998/99 et il s'y ajoute que les investissements directs étrangers et l'aide au développement ont enregistré un recul.
Ce dernier volet a connu une régression dans l'Afrique subsaharienne où il est passé de 32 dollars par tête d'habitant en 1990, à 19 dollars en 1998, "malgré des éléments qui attestent que l'aide a eu les effets escomptés dans les pays dotés d'un environnement social et économique approprié".
Alors que la pauvreté fait des ravages au sein des populations, l'Afrique reste vulnérable aux conflits, à la dégradation des termes de l'échange et aux chocs des marchés extérieurs.
Il convient également de tenir compte du poids d'une dette supérieure à 350 milliards de dollars.
Pour les chantres de l'Union africaine, les tendances préoccupantes font de l'intégration régionale une nécessité, mais les différents acteurs n'arrivent pas encore à s'entendre sur les voies et moyens à mettre en oeuvre pour atteindre les objectifs recherchés.
Certains affirment avec conviction que l'Union africaine et la Communauté économique africaine (AEC), fondées sur les bases jetées par le Traité d'Abuja de 1991, contribueront à réduire la marginalisation de l'Afrique dans le commerce mondial.
Cette situation résulte du fait que la petite taille des marchés africains ne permet pas les économies d'échelle indispensables à toute économie qui souhaite devenir compétitive.
L'intégration permettrait, entre autres avantages, de promouvoir la diversification des économies, ce qui créerait les opportunités nécessaires à la création d'une valeur ajoutée au niveau régional et à l'instauration d'un cadre d'expression favorable à la mise en place d'une infrastructure commune.
C'est pourquoi, bon nombre d'experts recommandent l'adoption, vis-à-vis de l'intégration régionale, d'une approche large et orientée vers l'extérieur.
A leur avis, il conviendrait, pour ce faire, d'élargir les domaines d'intégration au-delà de la coordination des politiques macro-économiques, de la libéralisation commerciale et de l'application de tarifs douaniers communs, pour intégrer la coopération en matière d'investissement dans le secteur des transports et des communications, de l'énergie et des autres ressources naturelles.
Les autres domaines prioritaires sont la sécurité alimentaire, la promotion des marchés régionaux de capitaux, les institutions et programmes d'enseignement et de formation universitaires, l'enseignement de la science et de la technologie, la reconstruction en période de conflit et post- conflit, l'instauration de la paix.
Cependant, malgré les nombreux et longs protocoles et déclarations signés dans l'intention de favoriser l'intégration régionale, les tentatives dans ce domaine ont surtout été marquées par les échecs.
L'Afrique n'a jamais été à court de Communautés économiques régionales (CER) créées dans le but de servir de moteurs à la croissance économique.
Ces institutions ont malheureusement été handicapées par des pesanteurs institutionnelles et opérationnelles qui ont contribué à les rendre inefficaces.
Dans certains cas, la multiplication de ces organisations caractérisées par le chevauchement de leurs objectifs et leurs intérêts conflictuels a eu des résultats décevants.
L'une des questions au sujet de laquelle l'approche africaine a donné des résultats pathétiques est celle de la dette.
Elle continue à absorber tous les profits difficilement réalisés grâce à l'application des douloureux Programmes d'Ajustements structurels (PAS), mis en oeuvre dans le cadre des réformes économiques appliquées au cours des 20 dernières années.
Pendant que les pays et institutions bailleurs de fonds forment des Clubs pour exiger leur dû sans état d'âme, les pays africains débiteurs sont incapables de présenter un front uni pour défendre leur dossier afin d'obtenir une remise de dette.
De nombreux pays africains continuent de consacrer leurs recettes au remboursement d'une dette contractée dans des circonstances peu tranparentes.
Certains experts considèrent que la plupart des PAS ne contribuent pas au développement socio-économique de l'Afrique.
Hassan Sunmonu, secrétaire général de l'Organisation de l'unité syndicale africaine (OUSA), basée à Accra, indique que les programmes se sont rendus tristement célèbres pour les pertes d'emploi et les difficultés auxquelles ils ont soumis les populations africaines.
Sunmonu dont l'organisation regroupe 73 syndicats affiliés dans 50 pays du continent, soutient l'Union africaine qui, espère-t-il, permettra, si elle est bien coordonnée, d'améliorer la situation des travailleurs longtemps maltraités.
Il reste toutefois sceptique en ce qui concerne les prétendus Programmes d'Allègement de la Pauvreté que les pays bailleurs de fonds et les institutions financières internationales tentent de "vendre" au continent.
"Nous avons besoin de créer des richesses et non d'allèger la pauvreté qui devient d'ailleurs une véritable industrie", a regretté le syndicaliste nigérian qui a ensuite déclaré : "il n'est pas possible de créer des richesses dans un pays où les travailleurs ne sont pas bien rémunérés.
" Pour que cette Union africaine aux desseins ambitieux ait un impact positif sur ce continent de plus de 700 millions d'habitants, il convient d'améliorer les indices économiques défavorables, en commençant peut-être par le Forum pour le Développement africain (FDA-2001), afin de faire le point sur les efforts d'intégration précédents et de tracer la nouvelle voie à suivre.
Il importe de prendre conscience que, tant qu'elle ne repose pas sur des bases économiques solides, l'intégration est comme une maison bâtie sur des fondations sans consistance, c'est-à- dire une infrastructure appelée à s'écrouler tôt ou tard.