Les grands défis pour un gouvernement continental

Accra- Ghana (PANA) -- Qu'est-ce que les Africains vont gagner, en termes concrets, de la formation d'un gouvernement d'union, qui fait l'objet d'un débat des dirigeants africains, à l'occasion de leur second sommet de l'année qui s'est ouvert dimanche à Accra.
Comment le citoyen africain ordinaire a-t-il compris les questions en jeu, alors qu'il lutte pour gagner tout juste sa vie dans un environnement marqué par des opportunités en baisse? Et à quel point le projet des Etats unis-Unis d'Afrique, l'objectif ultime de ce débat, est-il séduisant? "Une Afrique unie dérange énormément ceux qui ont immensément bénéficié du manque d'unité de l'Afrique", a estimé Kwame, un chauffeur de taxi à Accra, en pilotant son Opel Astra en direction d'un célèbre hôtel de la ville, quelques jours avant le début du sommet historique.
"Premièrement, cela va créer plus d'opportunités pour les Africains, qui n'auront plus de problèmes pour voyager de part et d'autre du continent à la recherche de meilleures opportunités".
"Ce qui veut dire que les centaines de jeunes hommes et de jeunes femmes, qui sont en train de mourir juste pour fuir vers l'Europe et l'Amérique, vont cesser de risquer leurs vies", a ajouté Kwame.
En adoptant un point de vue aussi positif sur cette question controversée de création d'un gouvernement continental, ce chauffeur de taxi volubile ne fait que suivre les pas du père fondateur de son pays dont il porte le prénom, Kwame Nkrumah.
Quelque 20 ans avant la naissance de ce chauffeur de taxi en 1983, Nkrumah avait commencé à promouvoir la question de l'unité africaine et à louer les avantages d'un gouvernement continental.
A l'instar de Kwame, plus de la moitié des 800 millions d'Africains n'étaient probablement même pas nés quand Nkrumah, le panafricaniste, abordait l'idée, alors radicale pour l'époque, de formation d'un gouvernement continental.
Mais grâce à l'histoire orale et écrite, les idées de Nkrumah n'ont pas seulement survécu, mais ont été enseignées à des millions d'enfants africains.
"C'est vrai que je n'étais même pas né à la mort de Nkrumah, mais on m'a enseigné son histoire à l'école.
C'était un grand homme et je suis sûr que tous ceux qui l'avaient chassé du pouvoir regrettent aujourd'hui leur acte", a affirmé Kwame.
Apportant une dimension intellectuelle au débat, un célèbre auteur ghanéen, Molefi Kete Asante, a dit qu'une Afrique unie serait la plus grande nation du monde.
Elle aura plus de terres et une plus longue façade maritime que tout autre Etat".
"Une nation si importante, plus grande que la Russie, constituera un véritable pays de rêve, d'ambitions, de découvertes scientifiques, d'éducation et d'initiatives commerciales", a écrit Asante, auteur d'une contribution dans les "Cahiers Panafricains", un magazine spécial publié par la PANA à l'occasion de ce sommet.
Magnifiant de façon plus poussée les avantages de cette union, il a dit: "l'Afrique serait la troisième nation la plus peuplée du monde, après l'Inde et la Chine.
Avec un milliard d'habitants, le continent aura la possibilité d'influer sur les affaires du monde comme aucun autre pays africain n'est actuellement en mesure de le faire".
Mais pour lui, il faudrait pour les hommes et les femmes du continent africain, "faire preuve d'extraordinaires qualités de courage, d'audace et d'humilité", s'ils veulent créer les Etats unis d'Afrique, ajoutant qu'"il s'agira de leaders dont le cher souvenir restera gravé dans les coeurs des populations en tant qu'aînés fondateurs de l'Etat continental".
Le président du Ghana, John Kufuor, qui préside le débat en sa qualité de président en exerice de l'UA, a assuré que les dirigeants africains ne décevront pas leurs peuples, en dépit de la division perçue en leur sein sur les avantages d'un gouvernement continental et son calendrier de mise en route.
"Compte tenu de notre sens des responsabilités pour ce qui est de défendre la cause de l'Afrique, je suis persuadé que ce sommet se montrera à la hauteur de la situation et du défi" a-t-il dit dans son discours d'ouverture qui a donné le ton du débat.
Cette assurance n'est peut-être pas suffisante pour Kwame, le chauffeur de taxi qui, en réponse à une question sur la date de formation du gouvernement continental a dit: "demain, il sera trop tard!".

02 juillet 2007 11:05:00




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