Les femmes ignorées dans les études sur l'impact du VIH/SIDA

Abuja- Nigeria (PANA) -- La quasi-totalité des travaux de recherche sur l'impact du VIH/SIDA ignore le rôle des femmes, a estimé, à Abuja, la doyenne de la Faculté de Droit de l'Université de Makerere, en Ouganda, Sylvia Tamale, dans une communication sur le thème "Genre, Travail et VIH/SIDA en Ouganda", lors d'un séminaire dans la capitale fédérale nigériane.
"A un niveau personnel, l'impact émotionnel du VIH/SIDA et la charge de travail supplémentaire assumée par les femmes en conséquence sont largement ignorés.
En Ouganda, le travail d'une femme est en grande partie invisible, non reconnu et sous-estimé, même si elle est responsable de l'entretien du ménage, si elle travaille dans les champs, vend des produits sur le bord de la route et coordonne des activités communautaires et assume souvent deux ou trois rôles, en travaillant également dans le secteur formel", a déploré Mme Tamale.
Selon le professeur de Droit, ce que les études tendent à ignorer est qu'une proportion importante des diverses activités menées par les femmes n'entrent pas dans le cadre de l'économie traditionnelle et ne forment pas une partie du Produit intérieur brut.
Il est important de souligner que cette économie, principalement féminine et en grande partie invisible, subventionne et est à la base de l'efficacité de l'économie visible, a déclaré Mme Tamale.
"Au coeur de la lutte contre le VIH se trouve le concept de la prise en charge - prise en charge physique des malades, prise en charge des personnes en deuil, prise en charge psychologique et soutien apporté aux membres des familles affectées - et les études, qui ignorent l'impact des besoins en matière de prise en charge du VIH/SIDA sur la productivité et l'efficacité du travail des femmes.
"Les femmes sont principalement responsables de la prise en charge des malades, mais l'impact de cette demande émotionnelle, physique et de temps sur leurs ressources n'est pas pris en compte.
Les études ignorent également l'impact de l'infection personnelle au VIH sur la productivité des femmes qui effectuent des travaux non rénumérés qui font vivre les ménages et les familles, a souligné l'expert.
L'infection a souvent des conséquences terribles pour le travail productif des femmes et en fin de compte, tous ces problèmes affectent l'économie au niveau local, national et régional, a expliqué Mme Tamale.
"Tandis que les décès liés au VIH/SIDA affaiblissent progressivement le réseau familial solide qui garantit un soutien familial aux enfants et aux personnes âgées, on assiste à une augmentation des ménages dirigés par des femmes et des enfants, qui impose un fardeau socio-économique aux familles affectées.
"Ceci compromet non seulement le niveau de vie des familles, mais oblige également les grands-mères à redevenir des parents à plein temps et à prendre les ménages en charge", a expliqué Mme Tamale.
La doyenne de la Faculté de Droit a ajouté que puisque les femmes étaient au premier plan de la réaction à la crise du VIH/SIDA, dans les familles affectées par cette maladie elles étaient souvent surchargées de travail.
Cependant, Mme Tamale a souligné que la pandémie avait des effets bénéfiques inattendus, à savoir une nouvelle conscientisation politique des femmes, un renforcement de l'amour-propre des femmes qui sont en mesure d'apporter une aide, la rupture du silence sur le tabou du sexe et un changement des rôles traditionnels des hommes et des femmes.

08 février 2008 15:52:00




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