Les femmes du Darfour craignent l'aggravation de la crise

Addis Abeba- Ethiopie (PANA) -- Les femmes leaders soudanaises qui participent à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, à un forum de la paix, ont exprimé mardi leur crainte que l'imminente inculpation du président soudanais, Omar El-Bashir, par la Cour pénale internationale, n'ait un impact aggravant sur le bien-être et la sécurité des femmes au Darfour.
Les femmes du Darfour, réunies sous les auspices du Forum des femmes soudanaises sur le Darfour, ont déclaré que la mission hybride des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) est déjà en train de réduire sa présence dans la région.
Le président du Soudan pourrait faire l'objet d'une inculpation par la Cour pénale internationale pour "génocide" au Darfour, province de l'Ouest du Soudan en proie à la guerre civile depuis quatre ans.
Les juges de la CPI devraient se prononcer sur une demande émise en début 2008 par le procureur de la juridiction onusienne, Moreno Ocampo.
"L'impact d'une inculpation de El-Bashir par la CPI devrait être pris en compte.
Si la MINUAD commence déjà à réduire sa présence, que va-t-il arriver aux civils?", s'est interrogé un porte-parole des femmes du Darfour, Mona Elsharif, lors d'une conférence de presse.
Les politiciens soudanais sont opposés à une possible inculpation de leur président par la CPI et soulignent l'effet que cela pourrait avoir sur la situation au Darfour.
Le député soudanais, Mustafa Attiat, a déclaré que le peuple soudanais n'accepterait aucune "distorsion" du processus de paix au Darfour.
"Nous sommes sûrs qu'il n'y aura plus de table de négociation si le mandat d'arrêt contre M.
El-Bashir est délivré.
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Nous ne saurions accepter rien qui puisse créer une distorsion de la paix au Soudan", a déclaré M.
Mustafa.
Le forum des femmes du Darfour a discuté de la crise que connaissent les femmes soudanaises ces dernières années depuis le déclenchement du conflit dans ce pays.
Le groupe Femmes Afrique Solidarité (FAS), basé à Genève, en Suisse, qui plaide pour que la voix des femmes se fasse entendre sur la croisade pour la paix au Darfour, a annoncé avoir pris d'importantes mesures pour que les femmes soient reconnues comme négociatrices.
La directrice exécutive de FAS, Bineta Diop, a déclaré que l'organisation est favorable à toute mesure prise par la communauté internationale pour rétablir la paix au Darfour, ajoutant que sa campagne pour amener les femmes du Darfour à rejoindre la table de médiation a reçu un soutien au niveau régional.
Le gouvernement soudanais a récemment accepté de former un comité inter- ministériel pour examiner les questions essentielles concernant les femmes et la paix au Darfour.
Toutefois, les femmes du Darfour ont exprimé des craintes par rapport à l'impact que l'inculpation de M.
El-Bashir aurait sur la paix et la sécurité, ce qui pourrait les affecter.
"Personne ne nie que ceux qui ont commis des crimes devraient faire l'objet de poursuites, mais il faudrait tenir compte de l'impact que cela pourrait avoir sur la situation sécuritaire.
Nous attendons de voir ce qui se passera si l'inculpation de la CPI est formulée", a dit Mme Elsharif.
Les autorités soudanaises ont averti en septembre qu'elles ne sauraient garantir la sécurité des agents de la MINUAD sur le terrain au Darfour, si le président est jugé coupable des accusations de génocide et crimes contre l'humanité au Darfour.
Au moins 2,7 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays à cause du conflit au Darfour, dont plus de 67% sont des femmes.

06 janvier 2009 20:51:00




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