Les employeurs confrontés au ravage de la pandémie

Dar es Salaam- Tanzanie (PANA) -- Les employeurs tanzaniens sont confrontés aujourd'hui au ravage de la pandémie du VIH/SIDA au sein de leurs agents, avec comme conséquence la baisse de la productivité et l'accroissement des charges indirectes liées à la maladie.
Cette difficulté est accrue d'autant qu'ils ont du mal à convaincre leurs employés à prendre conscience du mal, qui a pris de l'ampleur, et les idées fausses véhiculées.
Les enseignants qui meurent de Sida sont plus nombreux que le nombre d'enseignants diplômés sortant des écoles de formation.
Et ceux qui meurent ne sont pas systématiquement remplacés.
La compagnie nationale d'électricité de Tanzanie, Tanzania Electric Supply Company, a perdu au moins 500 employés victimes de la même maladie en l'espace de 10 ans depuis 1990.
Seul établissement public à briser le silence sur la maladie en son sein, elle révèle que le nombre de personnes mortes du Sida représentait presque neuf pour cent du total de son effectif durant cette période.
Mais la situation n'est pas différente dans les autres organismes publics comme le révèle les statistiques du Fonds de pension.
90 pour cent des décès dans les entreprises contrôlées par l'Etat sont liées à la terrible maladie.
Il en est de même dans le secteur privé.
Une récente enquête anonyme sur le VIH/SIDA menée par la Fondation africaine pour la recherche médicale (AMREF) et d'autres organisations dans plusieurs entreprises tanzaniennes, a montré un taux de prévalence du Sida situé entre 5 et 25 pour cent chez les employés.
"La situation est très grave", a fait observer Justine Mbonde, un des enquêteurs.
Les coûts liés au VIH/SIDA pour une entreprise ou une organisation peuvent être astronomiques.
Que ce soit en termes de baisse de la productivité ou tout simplement en termes d'absentéisme, a-t-elle souligné.
Les entreprises font d'énormes dépenses en matière de soins médicaux, de production et de frais funéraires pour les employés qui ont été affectés par la maladie incurable.
De plus, elles doivent verser des primes d'assurance le cas échéant, et des fonds de pension en cas de retraite anticipée ou du décès des victimes.
Mais la façon dont la question est globalement abordée paraît plus hasardeuse que ses implications sous jacentes, en raison des nombreuses idées fausses qui entourent la maladie dans le pays.
AMREF indique, dans une étude de base menée en 1999 parmi 26 entreprises du secteur privé à Dar es Salaam et à Zanzibar, que malgré la forte sensibilisation sur cette maladie, certains travailleurs avaient toujours des idées fausses au sujet des modes de transmission.
Au cours de cette étude, 38,9 pour cent des personnes interrogées soit 443 travailleurs sur 1.
140 sondés, croyaient que le fait de partager des toilettes avec un séropositif pouvait faciliter la propagation du virus, tandis que 9,7 pour cent des personnes soit 113 individus sur 1.
161 personnes pensaient que le fait de partager le même matériel sur le lieu de travail pouvait transmettre la maladie.
7,2 pour cent soit 85 pour cent sur 1.
178 personnes étaient persuadées que serrer la main à quelqu'un suffisait à se faire inoculer le virus du VIH.
"Pour se débarrasser de telles idées fausses et de tels mythes, les travailleurs doivent être informés sur l'essentiel du VIH/SIDA.
Les employeurs doivent mettre en place des programmes de sensibilisation au Sida à cette fin", a recommandé Mme Mbonde dans un document d'orientation sur le VIH/SIDA.
Malheureusement, les comportements à risque, comme la multiplication de partenaires, une sexualité non protégée, l'usage de drogue ou d'alcool qui aggravent l'expansion du virus, prévalent toujours chez des travailleurs.
Cette étude a découvert que 1,3 pour cent des personnes soit 11 sur 825 enquêtées avaient eu des rapports avec plus de 5 partenaires sexuels différents dans la même semaine, tandis que 7,8 pour cent soit 64 personnes interrogées sur 825 avaient eu entre deux à cinq partenaires différents dans la même période.
L'usage du préservatif est faible.
A peine 40 pour cent soit 560 sur 1.
129 sondés ont déclaré avoir déjà utilisé ce moyen de protection, mais ne s'en servaient pas systématiquement.
Selon Mme Mbonde, "les employeurs doivent s'assurer que leur personnel a des informations relatives à la prévention contre le VIH et les risques encourus, afin d'avoir des effectifs en bonne santé".
Ayant pris conscience de l'impact de la maladie sur l'activité de l'entreprise, les organisations, les entreprises et les employeurs tanzaniens se penchent maintenant sur les défis posés par cette hémorragie persistante dans l'espoir de renverser la tendance.
"Il est donc tout à fait justifié d'investir dans des programmes de prévention, de traitement et de soutien en vue de juguler la baisse de la productivité et de la rentabilité", a dit Mme Mbonde.

22 avril 2001 20:35:00




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