Les divisions politiques en Libye ont-t-elles ressuscité Daech?

Tripoli, Libye (PANA) - L'attaque meurtrière menée jeudi dernier contre un poste de contrôle de sécurité situé à l'Est de Tripoli ayant fait six morts, revendiquée par l'organisation Daech, a remis sur la scène en Libye, la question de la présence de cellules dormantes et les capacités d'action de ce qui reste des éléments de l'Etat islamique qui profite des divisions dans le pays pour ressusciter.

Chassés en décembre 2016 de son principal bastion en Libye, Syrte (centre), les combattants de l'organisation Daech se sont dispersés dans le désert libyen, notamment à l'Est et au Sud du pays pour survivre et échapper à la traque des troupes fidèles au gouvernement d'union nationale.

En dépit des multiples raids aériens et opérations d'élimination des combattants et dirigeants de Daech menés par les Etats-unis, en collaboration avec les autorités libyennes reconnues par la communauté internationale,  l'organisation terroriste a effectué diverses attaques spectaculaires en Libye, aussi bien dans les villes comme Misrata et Tripoli, que contre les postes de sécurité dans l'Est du pays situés à la périphérie des villes.

Mais ces actions ponctuelles, qui étaient interprétées comme une tentative de l'organisation de se rappeler au mauvais souvenir des Libyens via ces attaques, démontrent la capacité de nuisance dont dispose encore Daech, qui profite des divisions qui minent les rapports entre différents protagonistes en Libye pour se reconstituer et s'imposer comme un acteur incontournable.

Muftah Tarhouni, analyste politique libyen, a estimé dans une déclaration à la PANA, que "l'attaque menée par Daech jeudi est une réponse à l'appel lancé par le chef de l'organisation, Aboubaker al-Baghdadi, pour mener des actions en continuant la lutte contre leurs ennemis".

Expliquant la persistance des attaques terroristes en Libye, M. Tarhouni a souligné que "les divergences entre les  décideurs libyens ont favorisé le renforcement des cellules de Daech dans le pays".

Pour Abdelrahman Fitouri, activiste dans la société civile, l'attaque contre le poste de sécurité de Wadi Kaam prouve que "l'organisation Daech "œuvre à perturber la quiétude en Libye et empêcher l'Etat de progresser vers l'ère où les peuples et les nations conquièrent les technologies de pointe".

Il a appelé "les Libyens qui se battent pour le pouvoir à prendre conscience que leur pays est en danger, et que plus leurs divergences perdurent, plus la Libye sera instable, ce qui favorise des conditions appropriées pour cette organisation d'affaiblir leur pays".

M. Fitouti a déclaré que "ce qui est arrivé à Wadi Kaam rappelle les premiers scénarios ayant permis à l'organisation d'établir des Emirats à Syrte et Derna, et on a payé un lourd tribut pour les déloger de ces deux villes".

De son côté, Adel al-Majabri, employé dans une société pétrolière de la place, a affirmé que l'attaque contre le poste de Wadi Kaam est une réaction de l'organisation Daech après les lourdes pertes subies en Libye.

"Il n'est un secret pour personne que l'organisation de l'Etat islamique en Libye a subi des déroutes face à la résistance populaire dans plusieurs régions du pays, en raison du rejet de cette idéologie extrémiste qui n'a pas sa place parmi les Libyens qui se caractérisent par la modération et l'absence de sectarisme. Ceux qui ont survécu à ces batailles préparent sans aucun doute, des actions pour se venger et ils ont répondu à l'appel de leur chef".

Rebondissant sur le même registre, Abdessalem Mebah, universitaire libyen, a indiqué que "la division des institutions libyennes et la faiblesse du pouvoir exécutif constituent un environnement approprié pour le terrorisme, l'extrémisme et l'ingérence extérieure".

Selon lui, "l'adoption de la loi du référendum et la consolidation des institutions de l'Etat dans une nouvelle autorité exécutive, ainsi que l'organisation des élections présidentielle et législatives, sont la solution vers l'édification de l'Etat, et celui qui s'y oppose assumera la responsabilité de la résurrection de Daech".

De son côté, Faiçal al-Nassiya, étudiant en faculté de droit à Tripoli, a souligné la nécessité de la mise en place d'une armée nationale unifiée ayant foi en la patrie, dépourvue de toute autre appartenance intellectuelle ou idéologique".
Il a indiqué que "sans une armée unifiée dépourvue de toute affiliation intellectuelle ou idéologique, la Libye ne sera pas dotée d'un Etat et son peuple ne savourera pas le goût de la quiétude", ajoutant que "l'état de division entraînera le pays vers les massacres en série".

Ebauchant une solution à la problématique de Daech en Libye, Aboulgacem al-Werfalli, un retraité de la Fonction publique, a indiqué que "les premières mesures de lutte contre le terrorisme consistent à unifier les institutions souveraines et exécutives du pays, en particulier les institutions de sécurité et les institutions militaires".

Il a souligné que "quiconque perturbe l’unification de ces institutions favorise le terrorisme et ses racines dans le pays".

Des réunions entre officiers supérieurs libyens de l'Est et de l'Ouest du pays se sont tenues au Caire, en Egypte, ébauchant une charte et les modalités d'unification de l'armée libyenne en gestation sur le principe d'une armée républicaine soumise à l'autorité civile et défendant la souveraineté et l'indépendance de la Libye.

M. al-Werfalli a souligné que "le terrorisme poursuivra ses opérations pour cibler les régions Est et Ouest et partout dans le pays, aussi longtemps que la seule préoccupation des dirigeants politiques est de rester dans leurs fauteuils, même si c'est sur la déconfiture de la patrie et la misère du citoyen".

Pour sa part, le vice-président du Conseil présidentiel, Ahmed Maitig, a indiqué, en réaction à l'attaque terroriste contre le poste de sécurité de Wadi Kaam, que l'incident ne découragera pas le gouvernement d'union nationale d'aller de l'avant afin d'assurer la sécurité, la stabilité et la réconciliation nationale.

Il a mis l'accent sur la poursuite de l'appui du gouvernement de réconciliation aux organes militaires et de sécurité et la force de lutte contre le terrorisme comme une force de dissuasion contre tout ce qui veut saper la construction de l'État et la nécessité de lutter contre le terrorisme et d'assécher ses sources dans toutes les régions de la Libye.

On rappelle que cette attaque s'est déroulée au moment où le processus politique en Libye est dans l'impasse après sa relance par la rencontre de Paris dont les engagements pour l'organisation d'élections générales semblent compromis en raison des divergences qui sont apparues entre les différents protagonistes.

L'entrée en ligne de l'Italie, ancienne puissance coloniale en Libye, et la France fortement engagée dans le processus politique en Libye, s'opposant ouvertement sur l'organisation de ces élections, a hypothéqué l'agenda de ce scrutin censé doter le pays d'une nouvelle légitimité à travers les urnes.

Preuve de l'apparition des obstacles, les députés n'arrivent pas à adopter la loi référendaire, reportant sans cesse les plénières du vote à cause des divergences.

La conférence internationale prévue prochainement à Rome avec le soutien des Etats-unis destinée à faire prendre l'initiative à l'Italie dans le dossier libyen, débouchera-t-elle sur une issue de nature à solder la crise en Libye et apporter la stabilité et la paix ? une question qui taraude tous les Libyens avides de stabilité et de reconstruction de leur pays.
-0-PANA BY/BEH/SOC 27août2018

27 أغسطس 2018 16:47:48




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