Les consommateurs éthiopiens tâtonnent dans l'obscurité

Addis-Abeba- Ethiopie (PANA) -- En raison des caprices de la météo, l'industrie alimentaire éthiopienne peine à se maintenir, au même titre que les consommateurs locaux.
Sur la base de cette réalité, il faut garder un oeil sur ce qui est disponible pour nourrir la population, dont la moitié survit en dessous du seuil de la pauvreté, et sur les consommateurs en général.
Cependant, les écueils abondent dans ce pays où la croissance économique est étouffée, entre autres, par une main d'oeuvre non qualifiée, des infrastructures insuffisantes et un retard technologique dans les secteurs de la communication ainsi que de l'énergie et de l'approvisionnement en eau.
"Nous n'avons pas renforcé les lois sur la protection des consommateurs", a déploré Abebe Asamere, un conseiller juridique et membre du comité exécutif de l'Association pour la protection des consommateurs éthiopiens (ECPA).
Sans une législation adéquate pour soutenir les efforts de l'ECPA, la plupart des consommateurs de ce pays vont continuer à ignorer leurs droits en plus de tâtonner dans le noir toute leur vie durant, pour savoir comment faire face aux défis posés par un environnement qui ne cesse de se moderniser.
Les centres d'information des consommateurs, que l'on trouve partout dans les pays développés et dans plusieurs des pays en développement, ne figurent même pas parmi les projets des décideurs éthiopiens.
Les fabricants, les commerçants et fournisseurs de services se gardent bien d'organiser des émissions comme celle d'Oprah Winfrey aux Etats-Unis pour "booster" leurs ventes ou convaincre les consommateurs d'acheter davantage les fruits en conserve, l'huile de table, les pâtes et autres produits fabriqués localement.
Ils expliquent leur passivité par le fait que le marché est trop petit pour valoir la peine qu'on y consacre un budget publicitaire et pour la promotion des activités commerciales, alors que la population s'élève à plus de 70 millions d'habitants.
Alors que la camelote alimentaire envahit les étals de plusieurs marchés, les boissons frelatées, particulièrement le whisky importé, sont fréquemment citées comme une menace au niveau des bars.
Les consommateurs éthiopiens ne sont pas seulement victimes de transactions douteuses, mais ils ignorent aussi leurs droits et leurs responsabilités concernant ces produits.
L'ECPA a juste quatre ans d'existence et se débat toujours dans des difficultés croissantes.
En 2003, elle s'est enregistrée auprès de l'organisation Consumers International, la voix mondiale des consommateurs, mais son impact tarde toujours à se faire sentir dans le pays.
Jusqu'ici les activités de cette association se limitent à Addis- Abeba.
En tant qu'organisme national de surveillance du respect des droits des consommateurs, il doit étendre son implantation et son influence.
"Il y a tant de lacunes au niveau des services, sur les marchés, dans les secteurs des transports publics et des télécommunications, par exemple.
Les gens, particulièrement les plus démunis et les défavorisés, ont toujours beaucoup de difficultés, car ils n'ont pas accès à une information essentielle qui rendrait leur vie quotidienne plus facile", a déclaré M.
Abebe à la PANA.
Selon lui, il existe beaucoup d'abus en ce qui concerne les pratiques du marché local qui peuvent être évités, si l'on sensibilise le public sur le fait que les entreprises sont là pour être au service des consommateurs.
"Mais, a-t-il ajouté, notre plus gros handicap est la capacité limitée de l'association à faire face à ces problèmes".
Le président fondateur de l'ECPA, Alemu Jotie, lui, est optimiste.
Il se dit convaincu qu'un jour, les consommateurs en Ethiopie pourront compter sur cette association en tant que partenaire fiable, qui prend soin de leur bien-être.
"Nous ne prendrons pas de repos jusqu'à ce que les exigences de qualité des consommateurs éthiopiens soient satisfaites et que les pratiques commerciales saines deviennent la norme dans ce pays", a-t-il affirmé.
"Aucune organisation en Ethiopie ne s'est jamais souciée des problèmes des consommateurs.
C'est une tâche très difficile que de faire passer le message, mais nous prévoyons d'ouvrir au moins trois filiales régionales l'année prochaine".
Les bureaux de ces filiales proposées seront situés à Awassa pour la région des nations, nationalités et populations méridionales, à Bahar Dar pour la région d'Amhara et à Adama pour la région d'Oromiya.
Actuellement, en raison de ses ressources limitées, l'ECPA se concentre sur l'éducation des consommateurs à travers des séminaires et des ateliers pour des groupes sélectionnés de responsables du gouvernement et d'hommes d'affaires.
En même temps, elle s'efforce, avec le soutien de la Chambre de commerce éthiopienne, de promouvoir les droits des consommateurs en faisant pression sur les législateurs et les fonctionnaires municipaux.
"Nous pouvons entreprendre une large série d'activités, mais nous sommes confrontés au problème de nos capacités limitées.
Pour cette même raison, nous n'arrivons pas à diffuser nos idées par le biais de la presse", a souligné M.
Alemu.
La commercialisation des produits alimentaires devrait être un secteur qui se développe rapidement même en Ethiopie, où l'auto- suffisance alimentaire, à plus forte raison la sécurité alimentaire, n'est toujours pas à la portée d'une grande partie de la population.
Inévitablement, l'ECPA sera un jour au premier plan de la protection des consommateurs non seulement en termes de ce qui nourrit le corps, mais aussi concernant les autres produits de première nécessité qui permettent de mener une vie confortable.

22 september 2004 13:06:00




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