Les conséquences du sommet de l'UA sur les résidents d'Addis

Addis-Abeba- Ethiopie (PANA) -- En plus de faire partie des milliers de gens qui maudissaient le sommet lundi soir alors qu'ils parcouraient à pied le trajet de leurs lieux de travail à leurs domiciles, un hôtelier d'Addis-Abeba, Simon Tesfaye, estime avoir d'autres raisons de s'en prendre aux organisateurs du sommet de l'Union africaine (UA), qui s'est du 6 au 8 juillet dans la ville.
Malgré le fait qu'il ne possède qu'un taudis pour hôtel, M.
Tesfaye soutient qu'il aurait pu héberger certains des délégués puisque, dans son entendement, la participation au sommet d'un délégué en particulier -à savoir le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, aurait pu lui profiter.
"Vous voyez Ato ("monsieur", en amharique) le grand monsieur (Kadhafi) aurait pu occuper tout un hôtel, ce qui aurait entraîné un problème au niveau de l'hébergement.
J'ai assez de chambres que personne n'a occupées", déclare M.
Tesfaye, soulignant que le dirigeant libyen est son héros.
Il en veut beaucoup à l'UA de n'avoir pas tout fait pour que le colonel Kadhafi soit présent, ce qui, selon lui, aurait été bénéfique à son auberge, une simple structure à chambres uniques avec toilettes et salles de bain situées à l'arrière.
Le chef de l'Etat libyen, depuis le premier sommet de l'UA à Durban, en Afrique du Sud, occupe d'habitude un hôtel entier pour se loger ainsi que ses adjoints et les membres de sa sécurité.
Pour Tewodros Gebremariam, 46 ans, qui possède une petite boutique le long de l'artère menant au siège de la Commission des Nations unies pour l'Afrique (CEA) -où s'est tenu le sommet- la vie est devenue un enfer avec l'arrivée en Ethiopie des chefs d'Etat et de gouvernement.
A chaque passage d'un cortège, il est obligé de fermer sa boutique et de se tenir dans un coin pour éviter d'avoir des problèmes avec les agents de sécurité postés le long de la route.
Durant ces moments, M.
Gebremariam et ses semblables sont considérés comme un risque pour la sécurité quand leurs boutiques restent ouvertes au passage des cortèges officiels.
Le chauffeur Tedesse Woldegeorgis, lui, est tout sourire en se rendant à sa banque.
"C'était bon tout le temps que cela a duré", déclare-t-il, en souhaitant que le sommet puisse se poursuivre une autre semaine ou deux.
"Vous savez que je souhaitais acheter une autre voiture et cette seule semaine j'ai pu me faire le quart de l'argent qu'il me faut pour cela.
Il faudrait qu'il y ait toujours ce genre de réunions ici (à Addis-Abeba)", ajoute M.
Woldegeorgis qui faisait payer aux délégués 20 birrs pour une course qui, en d'autres circonstances, ne coûterait que la moitié.
"Je n'applique pas de tarifs trop élevés.
Ce qui se passe, c'est qu'il y a une pénurie de taxis, et puisque la demande est forte, les prix flambent aussi", explique-t-il soutenu sans sourciller.
Cependant, comme de nombreux automobilistes, il a dû se garer sur le bord de la route lundi en raison d'un embouteillage monstre causé par les cortèges des dirigeants qui se rendaient de l'aéroport à leurs hôtels respectifs.
Tesfanesh Ayelew possède un restaurant, qui sert des plats de la cuisine traditionnelle éthiopienne, et c'était la ruée, tous les soirs, des délégués qui venaient déguster sous des huttes traditionnelles de l'anjera (un pain sans levain) et du dero (une sauce à base de viande hachée).
La restauratrice accueillait tous les soirs une centaine de clients, le double du nombre qu'elle reçoit habituellement, et certains bravaient même le froid de l'hiver éthiopien pour déguster les trois bières locales (Bati, Meta ou Dasheen).
Cependant, Selamawit Kifle, 25 ans, une des serveuses du restaurant se plaignait plutôt.
Elle s'est retrouvée avec un surplus de travail durant la journée et une partie de la nuit, alors que le matin elle devait servir le petit-déjeuner dans un hôtel appartenant aussi à sa patronne.
"Avec tout cela, on ne m'a même pas payé d'heures supplémentaires ni même un extra pour me dédommager de mon sacrifice", déplore Mlle Kifle, ajoutant qu'elle n'a pas réussi à dormir pendant deux jours.

08 juillet 2004 19:32:00




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